L’Erreur fatale

Si la campagne présidentielle a été si médiocre, c’est qu’elle s’est vautrée dans l’erreur fatale : présenter la crise actuelle comme celle du système économique capitaliste alors qu’elle est celle de l’étatisme

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L’Erreur fatale

Publié le 24 avril 2012
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Si la campagne présidentielle a été si médiocre, c’est qu’elle s’est vautrée dans l’erreur fatale : présenter la crise actuelle comme celle du système économique capitaliste alors qu’elle est celle de l’étatisme. 

Par Jacques Garello.
Publié en collaboration avec l’aleps.

Je voudrais, tant qu’il en est temps, tirer les enseignements de la campagne présidentielle à ce jour, et expliquer pourquoi elle a été si médiocre et a plongé tant d’électeurs dans l’incertitude voire la perplexité.

Il y a une première raison, que j’ai souvent évoquée : le flou doctrinal, la surenchère de mesures davantage destinées à piper des voix « ailleurs » qu’à améliorer la situation de la France. C’est le travers de la démocratie française, et le vice d’une classe politique incompétente et surréaliste. Les candidats, mis à part les dinosaures marxistes, ont été pour l’essentiel illisibles pour l’électeur de base.

La deuxième raison est encore plus inquiétante : c’est l’erreur fatale qui a consisté à présenter la crise actuelle comme celle du système économique capitaliste alors qu’elle est celle de l’étatisme.

Quel langage ont donc tenu la gauche, modérée ou extrême, et l’extrême droite ? Il faut changer de système. C’est le capitalisme qui serait la cause du chômage, de la stagnation, des inégalités sociales, de la dette publique. Le capitalisme c’est la mondialisation, c’est la finance, c’est la pollution. Il faut donc s’affranchir des marchés, se protéger contre les concurrents, ou les étrangers, mettre fin à la loi du profit, aux immenses bénéfices des multinationales et aux scandaleux revenus de leurs dirigeants.

Quel langage ont donc tenu les candidats de droite ou du centre ? Il faut réglementer, encadrer le système. C’est le capitalisme sauvage qui est à l’origine de la crise financière, spéculateurs et banquiers ont été laissés trop libres. Il faut taxer, contrôler les transactions financières. Les échanges internationaux sont faussés par la concurrence déloyale de pays qui sous-payent le travail (quand ils ne maltraitent pas les travailleurs), qui créent des paradis fiscaux, qui massacrent l’environnement et gaspillent les ressources naturelles. D’où la nécessité de mettre en place un protectionnisme concerté au niveau européen. Dans l’entreprise capitaliste, la répartition de l’effort collectif est favorable au capital, aux actionnaires, et défavorable aux salariés : la justice sociale n’est pas assurée. Il faut protéger les uns contre les autres, limiter les plus values. Vive la réglementation !

La réglementation s’accompagne naturellement de la régulation : le capitalisme non encadré est sujet à des fluctuations conjoncturelles. L’État a pour mission d’harmoniser la croissance, de relancer en cas de dépression et de freiner en cas de surchauffe. La monnaie et le budget sont des armes privilégiées pour mener les politiques conjoncturelles. Vive la régulation !

Voilà donc ce que l’on a entendu, de façon plus ou moins véhémente. Il a souvent fallu faire le grand écart entre les électeurs entreprenants et les électeurs assistés, entre ceux qui possèdent un patrimoine et ceux qui n’en ont pas, entre ceux qui ont la sécurité de l’emploi et ceux qui s’inquiètent pour leur situation professionnelle. Mais qu’importe : l’essentiel est de changer de système ou de changer le système.

C’est l’erreur fatale.

Erreur car la crise n’a pas pour origine le capitalisme, mais l’étatisme.

Origine lointaine, car voilà plusieurs décennies que les États vivent au-dessus de leurs moyens. Voilà plusieurs décennies que les États Providences ont donné une prime à l’incurie, à la tricherie. Voilà bien longtemps que les services publics ne sont plus au service du public. Qui va nous faire croire que c’est la mondialisation ou le krach boursier qui aurait tout déclenché un beau jour de 2008 ? Il est vrai que la vigueur et la longueur de la crise ont pour origines immédiates les faillites bancaires et l’envolée de la dette publique. Mais les faillites sont à mettre au passif de la politique de la FED, et aux subprimes inventées par l’administration américaine. Quant à la ruine complète des finances publiques, elle a été due à la politique de « stimulus » et de relance pratiquée avec une belle unanimité sur les conseils du G20. On a soutenu des pans entiers de l’industrie et du secteur bancaire, on a encouragé la consommation et épuisé l’épargne par de nouveaux emprunts, par de nouveaux impôts, on a déployé toutes les mauvaises armes pour lutter contre le chômage. L’erreur a consisté à ne pas comprendre les dégâts causés par des politiques qui aboutissaient à vider le capitalisme dans ce qu’il a d’efficace et de juste : l’initiative, la responsabilité, le respect des conventions, l’état de droit.

Erreur fatale, et doublement fatale. D’une part, elle prolonge à coup sûr la crise, car la France et certains pays européens n’ont pas compris que le reste du monde est à l’heure de l’adaptation et de la compétitivité. Donc le chômage et les dettes continueront à s’accroître.

D’autre part, elle dresse les gens les uns contre les autres, ravive la lutte des classes et la lutte des races, et prépare une explosion sociale destructrice de l’économie, nous privant des effets apaisants du capitalisme, car la libre entreprise et le libre échange, débarrassés de l’État providence, crée une communauté d’intérêts et engendre le progrès social. L’économie de libertés n’est pas affrontement, elle est harmonie.

Fatale dans ses effets, l’erreur peut être salvatrice quand on en prend conscience. Je souhaite qu’il en soit ainsi dans les prochains mois, peut-être hélas à la lumière des nouvelles épreuves que la France va rencontrer. Je conseille même au Président candidat, s’il veut l’emporter, de la reconnaître entre les deux tours et de tenir un discours plus lucide et plus mobilisateur parce que plus libéral.

—-
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  • Même si les propos sont pertinents et relativement justes, il faudrait voir aussi à ne pas toujours trouver des excuses à tout le monde. La faute à l’étatisme, pourquoi pas. Le système capitaliste est le système ultime, admettons. Mais, les banques, un des piliers du capitalisme s’il en est, c’est bien elles qui choisissent les placements qu’elles font… on leur met pas le couteau sous la gorge que je sache !

    Donc au lieu de trouver vous aussi un seul et unique coupable à toute cette crise, il faudrait peut être admettre que même si « en face » c’est loin d’être ce qui se fait de mieux, on devrait commencer par balayer devant notre porte.

    • M.Mélenchon en chevalier brayard espéront de le voir bientôt en connétable du déclain…

    • Sauf que les banques se sont vues imposer le principe des subprimes par l’état américain. C’est bien l’état qui a imposé des quotas de pauvres pour les crédits.
      Après, c’est encore l’état qui a donné son support à Freddy Mac et Fanny Mae, en garantissant ces banques, elles-mêmes censées apporter le leur aux banques privées.
      C’est encore l’état qui a créé la Fed et la dirige en sous-main. C’est bien la Fed qui a trafiqué pendant des années les taux d’intérêts, ce qui a incité tout plein de monde à emprunter pour pas cher. Et c’est encore la Fed qui a brusquement relevé ces taux, déclenchant la crise des subprimes.
      Une fois que l’état a créé les conditions du problème, incité le privé à venir manger à la gamelle via la dé-responsabilisation vis-à-vis des conséquences (too big to fail, vous connaissez ?), il a beau jeu de dire que c’est de la faute du privé, hein…

      • Quand on parle ici d’état, il s’agit de l’état américain, hors, nous en France… Quand vous dites que c’est l’état qui a créé la Fed, c’est faux! Entièrement faux! Ne pas se fier à son nom (FEDERAL) qui est une tromperie voulue car la FED est 100% privée. Quand il est dit que l’état américain a imposé les subprimes, encore que ça soit vrai, qui gouverne aux USA? le président élu? vous plaisantez j’espère. Rassurez vous, c’est la même chose chez nous. Exemples : qui a imposé l’ANI? : le MEDEF (très représentatif des citoyens travailleurs français), quel est le premier « partenaire social » que l’état a reçu dans le cadre des réformes des retraites. : le MEDEF (tiens, encore?, comme « partenaire social » on a déja vu beaucoup mieux, non?
        Qui se gave d’argent aujourd’hui? : les multinationales, les banques, les actionnaires, la plupart réfugiés dans des paradis fiscaux ou négociant leur impôt avec l’état.
        Qui s’appauvrit aujourd’hui? : les salariés des tous poils que l’on taxe de plus en plus (pendant qu’on allège les charges des entreprises), qu’on licencie pour un oui mais surtout pour un non et surtout pour délocaliser car ça coûte moins cher et forcément ça rapporte plus.
        Alors on peut lire ici et là, les banques sont surveillées, le capital va s’auto- réguler en limitant les très indécent salaires ou dividendes ou bonus en tous genres… vous vivez chez les bisounours ma parole, vous ne vous êtes pas encore rendu compte de la situation actuelle et du chemin que prend la vie quotidienne des salariés?
        Alors s’il vous plait, arrêter de mettre en opposition les états et le privé, car aujourd’hui, le privé commande les états, réveillez vous!

  • Oui mais les banques contrairement a ce que beaucoup de monde semble croire ne font pas ce qu’elles veulent. Elles sont surveillées. C’est un défaut de surveillance qui a permis à quelques banques de venir diluer des emprunts toxiques dans des emprunts sains pour pouvoir récupérer la bonne note qui vas avec. Quand la bulle immobilière a éclaté….badaboum…..le binzzzz.
    Cette surveillance est faites par tout un tas d’organisme (en france AMF, au usa la SEC), qui sont me semble t’il des institutions publiques …donc l’état…… .

  • ce sont les Etats qui ont poussé les banques et les assureurs à se goinfrer d’obligations publiques en les décrétant sans risque, et rendu plus difficiles leurs prêts aux PME
    C’est l’Etat US qui à cause du CRA a initié le mécanisme des subprimes et déclenché la bulle immobilière dont l’éclatement a été ravageur

  • J’ai tout de même une question dans ce cas.
    Si j’investi de l’argent parce que mon banquier m’a dit que c’était fiable à 100% et que le placement se révèle foireux, tout le monde me dira que c’est de ma faute… fallait pas mettre tous mes oeufs dans le même panier. Or, maintenant que c’est ce qui est arrivé aux banques, c’est de la faute de l’état. Un peu facile, admettez-le quand même.

    @Gollem
    Vous semblez dire que les banques ne font pas ce qu’elles veulent (à regret ou pas, je l’ignore) mais vous imputez la crise au manque de surveillance des banques… un brin contradictoire

    @yvesdemars
    « ce sont les Etats qui ont poussé les banques et les assureurs à se goinfrer d’obligations publiques en les décrétant sans risque »
    Euh, je vous annonce que l’immolation par le feu est sans risques… vous vous ruez sur le premier bidon d’essence venu ?

    Ce que j’essaye de dire (peut etre de façon maladroite) c’est que même si la cause de la crise vient des législations adoptées par les états, c’est bien la recherche, par les banques, d’une façon discrète de récupérer les fonds qu’ils avaient investis, qui a conduit à la situation actuelle.
    S’ils avaient rendu public le problème dès qu’ils en ont eu connaissance, on aurait peut etre pu sauver quelques meubles… mais pas les dividendes c’est vrai…

    • Lorsque l’état biaise un marché (celui des banques en l’occurrence), souvent au premier abord, les conséquences sont positives pour les acteurs du marchés (« ce qu’on voit »).

      Prenons un exemple: la prime à la casse. De prime abord, c’est super pour les grands groupes auto et pour les particuliers. Du coup tout le monde se rue dessus (c’est humain). Seulement lorsque cette prime à la casse cesse: c’est le drame, le marché se casse la gueule parce qu’on a entretenu artificiellement bas le prix des voitures (c’est « ce qu’on a pas vu » au début).

      Mais on ne peut pas blâmer les grands groupe d’avoir joué le jeu. S’ils ne l’avaient pas fait, leurs concurrents auraient eux joué la prime à la casse et se seraient attribués tous les bénéfices. Ils ont donc été « forcés » de jouer le jeu dicté par le gouvernement.

      C’est exactement pareil avec les banques. Certes elles n’ont pas agit avec le couteau sous la gorge, mais le gouv US ne leur a pas laissé beaucoup de choix dans les faits.

    • Ce que dit Rey64 est exact. Mais ce n’est pas tout.
      Une fois que les banques ont profité de l’argent facile et que la crise est survenue, c’est encore l’état qui a aggravé celle-ci en voulant sauver les banques. C’est ce que les libéraux ont dénoncé en qualifiant ce système de « privatisation des gains » (la partie « dividendes » qui vous gène) et de « collectivisation des pertes » (la partie « renflouement des banques pour les sauver », qui gène les libéraux).
      Il faut bien comprendre qu’il est indispensable, pour qu’un système fonctionne correctement, que les acteurs soient rendus responsables des conséquences de leurs actes, que celles-ci soient positives ou négatives : Les bons choix sont récompensés, les mauvais punis.
      C’est au marché de récompenser et punir. Dès que l’état s’en mêle, l’indicateur qu’est le prix perd de sa pertinence, et les mauvaises incitations (mauvaises car artificielles) dirigent les marchés vers les mauvais choix. Et c’est ainsi qu’on se prépare des crises en cascade.

  • @DOM-P
    « C’est encore l’état qui a créé la Fed et la dirige en sous-main ».
    Faux !La FED est une banque privée dont il faut chercher les racines en 1913,
    Pour en savoir plus :
    http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/sommaire_textes.html

    • Jamais de la vie!

      C’est au début du XXè siècle que le Congrès élabore le projet de « Federal Reserve Bank » et une loi (« Act ») est votée puis promulguée par le Président Wilson en 1913. L’organisation est la même que celle d’aujourd’hui, et le gouvernement conserve l’institution sous son autorité (elle y nomme comme membres le Secrétaire au Trésor).

      Son but est à sa création de favoriser la gestion de la monnaie et l’économie du pays, de permettre l’escompte des effets de commerce et, de manière plus générale, de surveiller le bon fonctionnement des autres banques américaines.

      Et autant que ma mémoire ne me fasse pas défaut, c’est Andrew Jackson (hostile aux banquiers qui n’étaient, et pour cause, pas responsables devant le peuple américain) qui est à l’origine du mouvement (on est au XIXè siècle). Jackson était opposé au système monétaire de l’époque, complexe, il est vrai, car reposant sur un système de différentes monnaies régionales, les greenpapers, qui rendait toute régulation impossible.

      Alors la FED, privée, oui éventuellement par une entourloupe juridique – jamais dans les faits.

      • En fait, on a de nombreux exemples de constructions de type privé qui ont pour origine l’état. Lequel garde la main sur leur fonctionnement.
        La Fed en est un exemple, Freddy Mac et Fanny Mae de même. En France, on a la CPAM.

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