Pourquoi Nicolas Sarkozy a perdu (ses soutiens libéraux)

Pourquoi et comment Nicolas Sarkozy a-t-il réussi à perdre les libéraux qui avaient voté pour lui en 2007, et ainsi à perdre probablement la présidentielle ?

90% des lecteurs de Contrepoints qui nous ont contacté avaient exprimé leur intention de s’abstenir. Pourquoi et comment Nicolas Sarkozy a-t-il réussi à perdre ainsi les libéraux qui avaient voté pour lui en 2007, et ainsi à perdre probablement la présidentielle ? Le bilan libéral d’un quinquennat.

Par PLG, de la rédaction de Contrepoints.

Nicolas Sarkozy le 1er février 2012

Comme beaucoup d’entre vous, la rédaction de Contrepoints a suivi la campagne présidentielle de 2012 avec un intérêt très relatif. Doux euphémisme. Au-delà de l’absence attendue d’un candidat authentiquement libéral, c’est plutôt le déluge de propositions au mieux démagogiques, au pire totalitaires, entre les deux souvent dangereuses, qui aura marqué la fin du premier, et peut-être unique, quinquennat de Nicolas Sarkozy. Comment en est-on arrivé là ?

« On pourrait qualifier votre programme de libéral (sic) », disait un journaliste au candidat Sarkozy en 2007. « Est-ce une insulte ? » avait répondu celui-ci. À cet instant, nombre d’entre nous espérions secrètement que, ça y est, cette fois-ci enfin, après douze années d’apathie neurasthénique chiraquienne, enfin un libéral allait entrer à l’Élysée, et mener de front les si nombreuses réformes nécessaires. Bien sûr, son action passée et certaines de ses « réussites » mises en avant laissaient poindre un doute, inquiétude sourde, comme la hausse des impôts et le « sauvetage » d’Alstom en tant que Ministre de l’économie. Mais bon, après tout, tout dogmatiques que nous étions, nous acceptions le fait que pour prétendre diriger la France, il fallait bien faire quelques concessions aux interventionnistes, rasséréner les partisans de l’État fort. C’était il y a cinq ans.

Aujourd’hui, que reste-t-il ? Que reste-t-il du bouclier fiscal, « mesure de bon sens », qui devait faire que « chaque individu travaille au maximum la moitié du temps pour l’État » ? Certes, dès le début de son mandat, N. Sarkozy fit preuve de l’imagination qu’on lui connait en créant des dizaines de taxes inconnues du grand public. Cela n’intéressait personne, mais concernait tout le monde. Mais enfin le « bouclier » demeurait, symbole des limites à donner à l’État-providence (État-dépense ?) pour les uns, symptomatique des mesures inégalitaires, donc forcément injustes, du « Président des riches » pour les autres. Cinq ans plus tard, le bouclier s’est fissuré, transpercé d’impôts et de taxes dont la lame toujours affûtée a fini, après avoir fait couler beaucoup d’encre, par tuer les derniers espoirs des plus optimistes.

Que reste-t-il, aussi, de la réforme du marché du travail tant de fois annoncée, et tant de fois abandonnée ? « Il faut absolument simplifier le code du travail » nous disait Nicolas. Nous applaudissions, au moins pour le principe. Cinq ans après, rien. Ou si peu. Il est toujours aussi difficile et désincitatif pour un employeur de se lancer dans la bataille pour l’emploi. Bataille contre une armée bureaucratique parfaitement organisée pour massacrer l’initiative privée. Quant au fameux contrat de travail unique, ce fut une balle à blanc. À noter, quand même, de rares rescapés : les auto-entrepreneurs. Mais pour combien de temps ?

Que reste-t-il, encore, de la grande transformation du système universitaire ? Certes, les Universités sont dorénavant à peu près autonomes. Mais à quoi bon choisir son budget et ses professeurs, organiser ses cours, si l’on ne peut choisir son public ? La sélection à l’entrée a été abandonnée avant même d’être annoncée. Pourquoi ? Par crainte des blocages dus aux démocratiques (sic) et tolérants (re sic) syndicats étudiants de gauche et d’extrême gauche, entre autres. N. Sarkozy, prêt à nettoyer la « racaille au Karcher » s’est trouvé impuissant devant une bande d’étudiants lobotomisés par les discours propagandistes antilibéraux. Proposition 1 du programme : mettre fin à l’impuissance publique. Aïe.

Et la crise dans tout ça ? C’est vrai, il restera toujours difficile de mesurer les résultats du quinquennat de manière objective. En statistique, une perturbation est appelée un bruit. Là, c’est une tornade. Pour autant, la crise ne peut tout excuser. Un vrai libéral aurait compris qu’on ne répond pas à des déficits par plus de déficits. Réduire la taille de l’État, couper dans les dépenses en commençant par supprimer les gaspillages que nous dénonçons à longueur d’articles ici même aurait été bien plus efficace que de lancer un grand emprunt, substituant encore un peu plus à l’initiative privée la mauvaise gestion publique. Le résultat ne s’est pas fait attendre. 66%. C’est la part de la dépense publique dans l’économie. 56% de dépenses, +10% de capital emprunté à rembourser chaque année. Schématiquement, deux tiers de nos décisions ne nous appartiennent plus. Au-delà de 40% on tombe dans une économie administrée, prévenait Valéry Giscard d’Estaing. Seuil qu’il avait lui-même dépassé, comme quoi… Aujourd’hui Sarkozy fustige les « drogués de la dépense publique ». Que n’a-t-il fait une cure de désintox plus tôt ?

Et maintenant ? Cinq an après, on ne prend pas les mêmes et on recommence. L’aveuglement des étatistes atteint son comble, le probable futur Président peut déclarer sans choquer qu’il taxera marginalement les plus hauts revenus à 75% et l’ancien espoir des libéraux fustige les marchés, coupables de « folie ». Taxation des expatriés dont on ne sait d’ailleurs pas très bien qui ils sont, remise en cause de la libre circulation en Europe, surtaxation des entreprises du CAC40, coupables certainement d’avoir trop contribué à créer des richesses… N’en jetez plus !

Nous vous avons donc demandé cette semaine de nous transmettre vos intentions de vote pour cette nouvelle élection. Sans surprise, peu d’entre vous ont affirmé vouloir revoter N. Sarkozy, et pour ceux qui ont déclaré vouloir le faire quand même, généralement à contrecœur. Aucun ou presque n’a appelé à voter Hollande, jugé pire que Sarkozy. Parmi les plus désespérés, certains ont déclaré vouloir voter J.-L. Mélenchon, pour « accélérer la chute ». Pourquoi pas ? Quand on est au fond du trou, on ne peut que remonter ! Nous soupçonnons pour le lecteur en question que son prénom, Jean-Luc, n’est pas anodin, allez savoir… De même, certains d’entre vous, exaspérés, ont choisi Marine le Pen. Nous ne jugeons évidemment personne ; être libéral c’est, par nature, être tolérant et respecter les choix de chacun. Cela montre en tout cas un sentiment d’exaspération teinté de désillusion. Nombreux sont les orphelins de cette triste campagne. D’autres encore ont affirmé, non sans humour, que dès Dimanche ils deviendraient Suisses. Raclette pour les uns, raclée pour Sarkozy. Mais d’une manière générale, l’abstention s’est très largement affirmée comme le « vote » majoritaire (plus de 90% des mails). Le changement, c’est maintenant, mais le libéralisme, c’est pour plus tard !