M. Melenchon, rendez-moi le pouvoir de gagner plus !

Jean-Luc Mélenchon (Crédits Pierre Selim, licence Creative Commons)

360.000 euros par an, pas un kopeck de plus. Ça m’embête un peu Jean-Luc. Non pas que j’ai pu jamais profiter du tiers de la somme en question, non. Mais j’eus souhaité avoir la liberté de l’envisager. J’ai bien dit envisager.

360.000 euros par an, pas un kopeck de plus. Ça m’embête un peu Jean-Luc. Non pas que j’ai pu jamais profiter du tiers de la somme en question, non. Mais j’eus souhaité avoir la liberté de l’envisager. J’ai bien dit envisager.

Par Eric Eymard.

Cher Jean-Luc,

Si vous êtes élu Président de la République dans les jours qui viennent, la différence entre les plus bas et les plus hauts salaires ne dépassera pas un rapport de 1 à 20. Pourquoi pas de 1 à 30 voire de 1 à 10 ? Je n’en sais fichtrement rien. D’ailleurs si vous pouviez éclairer ma lanterne sur ce point…

Votre proposition est assortie d’une autre, complémentaire, qui tend à fixer « un revenu maximum autorisé ». Au-delà de 30.000 euros par mois, que je sois le génial inventeur d’un remède contre Alzheimer, l’artiste-peintre qu’on s’arrache ou le dirigeant inspiré d’une multinationale qui rapporte des milliards à l’Etat, fermeture des vannes.

360.000 euros par an, pas un kopeck de plus.

Ça m’embête un peu Jean-Luc. Je ne vous le cache pas.

Non pas que j’ai pu jamais profiter du tiers de la somme en question, non. Mais j’eus souhaité avoir la liberté de l’envisager. J’ai bien dit envisager. Garder l’infime espoir de parvenir un jour à gagner beaucoup plus sans risquer de perdre tout eut pu être une motivation. Un but, une ambition, un choix personnel. Las, je crains que la perspective de cette opulence espérée susceptible de faciliter mes tentations dépensières soit aujourd’hui gravement compromise, car jugée indécente par vous Monsieur Mélenchon. Adieu mes rêves de luxe, d’abus ostentatoires, de shopping compulsif. Adieu les Hermès, Chanel et autre Cartier. Le bonheur exclusif, quasi intime, d’un désir superfétatoire risque de disparaître par votre faute. Demain peut-être, les Peugeot 508 avec sièges en « Mi cuir Tramontane » peupleront mes songes en lieu et place des courbes élégantes et racées d’une Aston Martin roulant à vivre allure sur une route déserte de Toscane.

Je sens poindre une vive érection.

Bon mais soit : admettons ! Admettons que l’objectif visant à réduire l’écart grandissant entre les plus modestes et les plus riches justifie la limitation de mes revenus et la perte concomitante de mes rêves de consommation immodérées dont j’ose dire qu’ils confinent à l’utopie vu l’état de mes finances. Acceptons que l’implication laborieuse que certains ont mis, parfois sans compter, soit dans de longues études, soit pour l’essor de leurs activités professionnelles, n’offre d’autre alternative que ce seuil de 30.000 euros dont les critères restent pour moi aussi mystérieux qu’arbitraires. Comprenons que cette appropriation de la liberté de rêver par l’Etat s’inscrit dans la volonté louable de tendre vers une société plus juste et plus égalitaire.

Mais alors moi je dis : « allons plus loin Jean-Luc ! ». Attaquons-nous à toutes les formes d’inégalités ! Pourquoi devrais-je tolérer la supériorité esthétique d’un Guillaume Canet ou d’un Gaspard Ulliel qu’une insupportable jeunesse contribue à renforcer ? Exigeons l’intervention des meilleurs chirurgiens plastiques pour gommer cette insolente et flagrante injustice. Sollicitons les compétences avérées de Geneviève de Fontenay afin d’établir un coefficient multiplicateur maximum de beauté.

Et l’intelligence ? Enfin Jean-Luc, s’il y a bien une faculté qui soit source d’inégalité n’est-ce pas celle qui permet à certains de comprendre les subtilités des obligations convertibles et des actifs sous-jacents tandis que les autres se ruent vers l’Euro Millions avec la mine réjouie et confiante de spermatozoïdes prêts à se farcir un ovule ? Je vous en conjure : faisons en sorte que les individus dont les QI dépassent 100 paient un impôt forfaitaire supplémentaire ! Et que ces mécréants prétentieux soient contraints de regarder chaque jour un épisode de Top Chef sur M6. Voire de La Belle et ses princes pour ceux qui dépasseraient les 120. Je gage qu’un tel dispositif émousserait la perfide arrogance des plus futés, sans changer sensiblement l’existence des plus cons.

Qu’en pensez-vous Jean-Luc ?