Vers une nécessaire adaptation de l’enseignement aux besoins de l’Afrique

Le système éducatif de la majeure partie des pays africains fait la part belle à un enseignement général qui produit des individus à la culture générale variée, aptes aux tâches bureaucratiques mais inaptes quant à accomplir les tâches de spécialisation

Le système éducatif de la majeure partie des pays africains fait la part belle à un enseignement général qui se veut purement théorique. Dans le contexte socioéconomique africain actuel, ce type d’instruction produit des individus à la culture générale variée, aptes aux tâches bureaucratiques mais se révélant surtout inaptes quant à accomplir les tâches de spécialisation.

Par Ernest Kouadio (*), depuis Abidjan, Côte d’Ivoire.
Publié en collaboration avec Audace Institut Afrique.

L’instruction joue un rôle prépondérant dans le progrès d’une Nation. Ce fait est une vérité reconnue même par les religions au point que le christianisme dans son livre fondateur affirme : « Mon peuple périt parce qu’il lui manque la connaissance ». Cette vérité est d’autant plus évidente pour l’Afrique qu’elle explique en grande partie son état actuel de sous développement chronique. En d’autres mots, l’instruction telle qu’elle est organisée et diffusée actuellement sur le continent ne saurait booster son développement.

La part belle à l’enseignement généraliste

Le système éducatif de la majeure partie des pays africains fait la part belle à un enseignement général qui se veut purement théorique. Dans le contexte socioéconomique africain actuel, ce type d’instruction produit des individus à la culture générale variée, aptes aux tâches bureaucratiques mais se révélant surtout inaptes quant à accomplir les tâches de spécialisation. À l’origine, cette part belle accordée à l’enseignement général se justifiait vue que les États africains venaient d’accéder à l’indépendance. Il fallait à nos pays un système éducatif qui produise rapidement et en grand nombre des individus lettrés capables d’une part de remplacer les expatriés dans les administrations publiques et d’autre part d’aider celles-ci à s’étendre aux contrées les plus reculées. Selon ces besoins du moment, le type d’enseignement qui s’imposait pour satisfaire le premier employeur de l’époque qu’était l’administration publique était bien évidemment l’enseignement généraliste.

Les besoins et réalités véritables de l’Afrique

Toute éducation qui se veut efficiente se doit d’être en adéquation avec les défis et aspirations du moment et du milieu. Le cas qui nous préoccupe étant l’Afrique, voyons à présent quels sont les besoins actuels du continent ? Notre continent a plus que jamais besoin de développement. En clair, il lui faut en masse des hommes capables de créer des affaires et des entreprises, prendre des décisions éclairées, faire des inventions, etc.

Des indépendances à ce jour, cela fait plusieurs décennies. Et beaucoup de choses ont changé entre temps. De fait, l’administration publique n’est plus le premier employeur. Plus grave : le chômage est quasi omniprésent. Dans ce contexte délétère où les individus qui parachèvent leurs études doivent eux-mêmes se prendre en charge, une véritable reforme à divers niveaux de l’école africaine s’impose pour espérer remplir cette exigence.

Des contenus éducatifs adaptés aux besoins de l’Afrique

Cette reforme devra mettre l’accent sur les formations techniques et professionnelles qui ont l’avantage d’être pratiques, puisque les individus qui en sortent sont instantanément opérationnels. Bien plus, à défaut d’être tout de suite embauchés, ils peuvent soit effectuer, moyennant rémunération, quelques petits boulots ou créer leurs propres entreprises ; devenant du coup des créateurs de richesse. Toutes choses qui contribuent à la croissance économique de leurs pays respectifs.

En outre, il faut donner aux apprenants la possibilité d’alterner entre enseignement général d’une part et formation technique et professionnelle d’autre part. En d’autres mots, permettre aux individus d’avoir deux formations leur offrant une double chance dans la vie. Dans ce cas, ils pourront à souhait, selon les réalités du moment, se rabattre sur l’une ou l’autre pour trouver leur voie dans la vie.

Par ailleurs, il importe d’insérer des instruments d’entrepreneuriat et de management dans tout type de formation, sans distinction aucune. Cela, dans l’optique de susciter un esprit d’entreprise dans la conscience des apprenants afin que ces derniers soient capables plus tard de créer leurs propres entreprises.

De même, lorsqu’on connait le rapport à la morale, à la démocratie et à la corruption des Africains en général et des dirigeants politiques africains en particulier, il est également nécessaire d’insérer en tant que matières obligatoires dans les différentes filières, des éléments de formation civique, morale et démocratique afin de produire pour l’avenir des citoyens et des dirigeants de valeur.

Des moyens de diffusions adaptés aux réalités, des États et des individus

D’autre part, certains ajustements relatifs aux moyens de diffusion s’imposent. En vérité, il faudra bâtir plus d’écoles de formation technique et professionnelle que d’écoles d’enseignement général. Il faudra au besoin transformer un bon nombre d’écoles d’enseignement général déjà existantes en écoles d’enseignement technique et professionnel.
En outre, il faudrait veiller à utiliser les pleines capacités des écoles d’enseignement technique et professionnel existantes. Cela, en utilisant le système de double vacation à tel point que chaque élève ait seulement une demi-journée de cours par jour. Ainsi chaque école pourra ainsi accueillir deux fois plus d’apprenants qu’elle en a l’habitude.

Par ailleurs, il est indispensable de vulgariser la formation technique et professionnelle à travers des moyens tels que : les cours du soir et les cours par correspondance. Ceci dans le souci de prendre en compte les nombreuses personnes qui ont l’envie d’apprendre mais sont dans l’incapacité de le faire soit parce qu’elles manquent de moyens, soit parce qu’elles manquent de temps, ou parce qu’elles sont d’un certain âge et donc exclues du circuit académique normal.

En somme, il faut instruire le peuple, mais dans le bon sens. Voila entre autres, les actions qui s’imposent. Et, c’est seulement au prix de ces actions que le continent pourra accumuler les hommes de valeur qui feront son développement. Car, comme le disait Jean Bodin : « Il n’y a de richesse que d’hommes ». En d’autres mots, la richesse des Nations, ce sont leurs hommes. Et, la richesse des hommes, c’est leur formation.

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Sur le web.

(*) Ernest Kouadio est un Ivoirien, diplômé en anglais option communication d’entreprise, titulaire d’un DESS en management de la culture et de la communication.

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