De l’antilibéralisme primaire chez les intellectuels et certains catholiques

Le malheur des intellectuels français, disait Aron, c’est qu’ils n’ont jamais lu une ligne d’économie digne de ce nom, sont déconnectés des réalités concrètes et rêvent d’une solution totale des problèmes sociaux

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De l’antilibéralisme primaire chez les intellectuels et certains catholiques

Publié le 2 avril 2012
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Le malheur des intellectuels français, disait Aron, c’est qu’ils n’ont jamais lu une ligne d’économie digne de ce nom, sont déconnectés des réalités concrètes et rêvent d’une solution totale des problèmes sociaux.

Par Damien Theillier.

Mon cher ami Kaplan, avec qui j’ai eu d’excellents échanges, vient de publier un article auquel je suis particulièrement sensible. Il rappelle utilement à tous les ayatollahs qui se réclament de l’abbé Lacordaire (XIXe siècle), sans l’avoir lu et en s’appuyant sur wikipedia, que celui-ci ne fut pas l’antilibéral qu’ils se plaisent à décrire. Je cite Kaplan :

Le Révérend-Père Lacordaire se méfiait des gouvernements humains… il considérait que la propriété privée des moyens de production était un droit consacré par l’Évangile et qu’en priver un homme revenait à le réduire à l’état d’esclave… il s’opposait vigoureusement aux idées collectivistes dont il pressentait déjà le potentiel de dérive autocratique… il se prononçait contre toutes formes de redistribution autoritaire des richesses, plaidait pour une société fondée sur le libre-consentement et fut un ardent défenseur de la liberté religieuse, de la liberté de l’enseignement et de la liberté de la presse. »

Il faut aussi revenir sur un mot célèbre du philosophe Donoso Cortès au Parlement espagnol (30 janvier 1850) : « Le socialisme est fils de l’économie politique, comme le vipereau de la vipère, lequel, à peine né, dévore celle qui vient de lui donner la vie » (Œuvres, Paris, 1862, t. I, p.386).

Cette thèse, selon laquelle l’économie politique serait inconciliable avec la morale chrétienne et aurait engendré le socialisme revient constamment sous la plume des antilibéraux de droite, souvent catholiques. Ces derniers ignorent tout des réalités économiques et se complaisent dans un moralisme purement incantatoire, exactement comme Sartre, Bourdieu et les intellectuels marxistes des années 60.

C’est le cas par exemple récemment dans le n°3928 de Valeurs Actuelles, sous la plume de F.-X. Bellamy, normalien agrégé de philosophie et adjoint au maire de Versailles. Il écrit : « Cet ultralibéralisme nous a entraînés dans la crise écologique et économique que nous traversons. Il a écrasé les plus faibles et produit des injustices inouïes. Il nous a conduits à détruire notre propre environnement, dans l’aveuglement consumériste qui nous saisissait. » Bref, à l’entendre le libéralisme serait la cause de tous nos maux.

Mais de quel libéralisme parle-t-il ? Je le cite : « Son credo était la consommation, son obsession, la dérégulation, sa référence, l’individualisme ».

Une petite leçon d’économie s’impose :

1° La consommation est un thème typiquement keynésien (étatisme pur jus). C’est l’influence de Keynes qui a poussé les gouvernements à augmenter toujours plus la masse monétaire et les dépenses publiques, dans l’espoir de relancer la consommation. Résultat : l’inflation, les bulles économiques à répétition, le copinage des banques avec le pouvoir, l’épargnant spolié et finalement les États ruinés par leur dette abyssale.

2° La dérégulation est un mythe. L’augmentation des réglementations est au contraire le fait massif de ces 40 dernière années dans nos démocraties. Cette inflation législative a une cause : la volonté des politiques d’assurer leur réélection, de satisfaire les intérêts de groupes de pression bien organisés. Les économistes de l’École du Public Choice l’ont bien montré.

3° Enfin l’individualisme irresponsable est une pure production de l’égalitarisme démocratique, comme l’a bien montré Tocqueville. Plus les hommes sont égaux, plus ils se replient sur eux-mêmes, demandant à l’État toujours plus d’assistance et de protection sociale. Relisez vos classiques mon cher collègue, avant de nous ressortir vos poncifs à la Bourdieu.

Le malheur des intellectuels français, disait Aron dans cette vidéo (voir à partir de 0.48 mn), c’est qu’ils n’ont jamais lu une ligne d’économie digne de ce nom, ils sont déconnectés des réalités concrètes et ils rêvent d’une solution totale des problèmes sociaux… c’est un normalien qui le dit et un ancien ami de Sartre ! (Cf. aussi ce magnifique extrait de J.F. Revel, sur les « piètres truismes » et les « âneries » de ses collègues).

Heureusement, tous les catholiques ne sont pas d’incurables ignares en économie ! En réponse à Cortès, l’économiste catholique Daniel Villey (frère de Michel Villey, grand historien du droit), écrivait dans les années 50 :

Nous estimons, quant à nous, que la question est mal posée. Démontrez, si vous pouvez, que l’économie politique est une prétendue science qui n’a découvert que des erreurs, et alors nous vous l’abandonnerons : mais si elle est une science véritable, s’il faut tenir pour exactes des relations qu’elle découvre ou des propositions qu’elle formule, nous ne pouvons pas admettre l’antagonisme prétendu de la vérité scientifique et de la vérité religieuse, parce que la contradiction de deux vérités serait un monstre logique dont la simple hypothèse révolte le bon sens. » (D. Villey, L’économie de marché devant la pensée catholique, 1954)

Comme l’affirmait constamment Bastiat, si l’économie politique est une science, c’est-a-dire si elle découvre et possède des vérités, ces vérités doivent avoir leur place dans l’ordre divin et les lois naturelles qui les coordonnent entre elles doivent être quelqu’une des innombrables manifestations de l’éternelle Sagesse qui a disposé le monde.

Un économiste libéral catholique du XIXe siècle, Alexandre de Metz-Noblat, ajoutait : « En y regardant de plus près, les publicistes catholiques eussent reconnu que, loin d’être en contradiction avec l’esprit de l’Évangile, l’économie politique en prouve à sa manière l’origine divine. Elle montre, en effet, que (…) par la pratique des vertus chrétiennes, toutes les questions économiques intéressant l’humanité reçoivent, de fait, la solution la plus favorable aux faibles et aux malheureux » (A. de Metz-Noblat, Lois économiques, préface, p. XXXIX).

À voir pour se former aux réalités économiques : http://www.youtube.com/user/Icoppet

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  • L’économie est-elle une science de type mathématique ? Ne relève-t-elle pas plutôt de la prudence, auquel cas les débats et les différentes options peuvent peut-être se justifier. Ne s’agit-il pas de comprendre et organiser l’agir humain, libre et par conséquent contingent ? Question naïve peut-être à laquelle un grand spécialiste comme vous n’aura aucun mal à répondre pour éviter aux ignorants de dire des stupidités?

    • Vous soulevez un vrai problème. Si l’économie n’est pas une science exacte (prédictive), elle n’est pas pour autant incapable de dégager de vraies lois à partir de l’action humaine. Nous parlons ici de micro-économie bien sûr.

  • Le catholicisme a montré une certaine réticence face au libéralisme, mais une résistance certaine aux alternatives, aux « solution totale des problèmes sociaux. »

    L’Histoire laisse peu de doutes quant au penchant libéral du catholicisme, sans doute un peu moindre que celui du protestantisme, mais néanmoins comment douter que le christianisme se classe à part des autres cultures et religions sur ce plan-là ?
    Parmi les autres cultures, il convient de placer l’athéisme moderne, dont nos intellectuels ont amplement démontré qu’il rejette avec la même brutalité le christianisme et le libéralisme.
    Car ce problème dépasse le cercle des intellectuels, il est de portée générale: La libéralisme va-t-il survivre à la déchristianisation ?
    À écouter les campagnes française et étatsunienne, je me prends à souhaiter une nouvelle évangélisation …

    • Votre remarque n’est que trop juste : l’ athéisme va historiquement de pair,sous le prétexte de la liberté, avec
      le collectivisme étatique,donc le totalitarisme. Le Dieu a été remplacé par l’Etat, plus exactement encore,le Dieu est devenu Etat,donc l’Etat devenu Dieu, seul décideur du Bien et du Mal !
      On en revient à la thèse autoritaire de Chirac et de Neiertz : il n’y a plus aucune loi morale naturelle,(pas plus que de nature humaine), la seule loi est celle édictée textuellement par un Parlement !
      Quid des catholiques de gauche ?

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