Hollande veut être « au plus haut »

Lors du débat télévisé, François Hollande est passé au banc d’essai. Montrant une certaine propension à louvoyer.

Lors du débat télévisé, François Hollande est passé au banc d’essai. Montrant une certaine propension à louvoyer.

Par Marc Crapez.
Au départ, il a du mal à chauffer sa voix. On le sent éprouvé par les meetings. Puis le rhéteur reprend le dessus. Déploie l’art de ne pas répondre en esquivant les questions. Préconise « une autre façon de faire de la politique ». Agacé par une comparaison factuelle entre la France et d’autres pays européens, il botte en touche, feignant de vouloir « répondre aux Français avant de faire des comparaisons ».

Soucieux de marqueurs de gauche, il annonce le rétablissement de l’ISF et préfère prendre des ministres communistes plutôt que centristes. Il veut créer de la croissance en Europe. Mais « ça ne dépend pas de nous », objecte un journaliste. Un autre journaliste revient à la charge : « ça veut dire quoi rajouter de la croissance ? »

Réponse de Hollande : des eurobonds, une Banque publique d’investissement en France et le financement d’entreprises innovantes par la Banque Européenne d’Investissement. Et le candidat le répète sur l’air des lampions, il entend « aller chercher des capacités de croissance », « rallumer les feux de la croissance ». Mâle résolution digne de Tartarin de Tarascon.

Une journaliste le confronte à ses déclarations passées où il préconisait tour à tour table ronde, concertation, négociation, dialogue, conférence… N’a-t-il pas un peu tendance à louvoyer, à tourner autour du pot, à contourner les difficultés, à renvoyer la réponse et la décision aux calendes grecques ?

Des louvoiements continuels

Impossible de lui faire dire s’il pense, comme Sarkozy, qu’il y a trop d’immigrés légaux ou pas. Il semblerait que oui, mais sans le dire. Réponse indécise de Normand. Escompte-t-il être en tête au soir du 1er tour ? Plutôt « au plus haut », répète-t-il trois fois. La question de l’euthanasie ? Elle n’existe plus, puisqu’il éradique le mot. Lui est partisan de la « mort dans la dignité ». C’est déjà dans la loi Leonetti.

Quant au dilemme expulsions/régularisations des immigrés clandestins : « je ne fixe pas de chiffres puisque c’est par rapport à des critères », objecte-t-il. Repoussant toujours le moment fatidique de la décision, il ne se rend même plus compte qu’il emploie un sophisme. Car c’est toujours par rapport à des critères. Simplement, on demande à un chef d’État de se prononcer, de donner au moins une fourchette ou une tendance, de dire si c’est trop ou pas assez, de fixer un objectif.

Compte-tenu du clientélisme de la gauche, la question de la baisse de la dépense publique équivaut à marcher sur des œufs. Mieux vaut ne pas être pressé d’obtenir une réponse. « Nous stabiliserons les effectifs de la fonction publique », s’enhardit-il. Des fonctionnaires, il en enlèverait partout un petit peu sauf à l’Éducation, la Justice et l’Intérieur. Donc par exemple au ministère des Finances, demande le journaliste ? « Ne polarisons pas », s’effraie Hollande. Halte-là, ne prenons pas le risque de déplaire ! Restons évasifs.

Le problème est qu’à ne jamais vouloir trancher, les contradictions se multiplient. Hollande affiche un souci de réformer sans avoir, comme Sarkozy pour la réforme des retraites, des manifestants dans la rue. Bref, « sans brusquer, sans brutaliser ». De réformer comme Gerhart Schröder, qui l’aurait fait « dans le consensus ».

Sauf que c’est faux. Le leader social-démocrate allemand affronta des manifestants et même une scission dans son propre parti. En France, il sera impossible de réformer l’État sans heurts, d’autant plus que la vie politique y est déportée vers la gauche par rapport à ses voisins, comme l’atteste, par exemple, le fait que le chef du parti travailliste britannique, surnommé « le Rouge » serait en France, dixit Hollande, le « Rose pâle ».

Autre contradiction, son changement d’avis sur le taux d’imposition maximal, qu’il avait jugé contre-productif d’augmenter. Il justifia cette « mesure morale » du fait de l’augmentation de 34% des revenus du CAC 40. N’ayant jamais été de sa vie ne serait-ce que secrétaire d’État, Hollande a tenu à placer que, sous Jospin, il aurait paraît-il été « associé au gouvernement de la France ».

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Article publié initialement sur Le Cercle – Les Échos, reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.
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