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Faut-il haïr les traders ?

Publié le 15 mars 2012
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Si, comme moi, vous n’êtes pas un familier du monde du trading, vous êtes forcément exposé aux stéréotypes véhiculés par les médias et notre brillantissime classe potiticarde sur “les traders”, ces spéculateurs “sans coeur ni scrupule”, qui “ne pensent qu’à l’argent”, une “finance sans visage” qui “détruit l’économie”. Et encore, je ne vous livre que la version “soft”. Avec le PDG du CAC40, le trader est celui que la bien-pensance aime haïr. Je viens de m’immerger au milieu d’une bande de ces affreux requins. Et bien vous savez quoi ? Aucun ne m’a mordu !

Par Vincent Bénard

 

Traders, le terrifiant visage humain de la finance sans visage

J’ai eu la chance de pouvoir côtoyer (à Budapest) pendant quelques jours, les meilleurs traders-auteurs d’Objectif Eco.com Quand je dis « top traders », je veux parler de gens capables, sur leur track record, de vendre à des investisseurs leurs conseils, et ce sans interruption depuis plusieurs années. L’occasion de confronter les préjugés bien en cour avec la réalité.

Première surprise : aucun n’est passionné par l’argent. Tous sont passionnés par le trading. Cette nuance est absolument fondamentale. De même que des pianistes de concert peuvent gagner beaucoup d’argent, ils sont d’abord passionnés par la musique avant de penser à leur cachet. Les bons traders sont passionnés des marchés, pas par l’argent, qui n’est “que” l’instrument de mesure de leur succès. Ceux qui n’y vont que pour l’argent ont, en général, une durée de vie assez courte dans ce hobby.

Je dis bien hobby, car pour plus de la moitié des traders du team objectif Eco, le trading n’est pas un métier. Mais cela n’empêche pas que ce soient, à leur manière, des stars, même s’ils restent discrets.

Il n'y a pas que le trading dans la vie.

Le bon trader et le mauvais trader…

Il nous a été très difficile de distinguer l’avantage compétitif des traders qui durent sur ceux qui ne durent pas. Je vous décris notre cheminement intellectuel, façon “sketch des inconnus” :

— Quelle est la différence entre un bon trader et un mauvais trader ?

— Ben, le mauvais trader, il voit une tendance sur une courbe, et pan, il prend une position, et là, plouf, il fume son compte. Alors que le bon trader, lui, bon, eh bien, il voit une tendance sur une courbe, et pan, il prend une position, mais lui, c’est un bon trader, tu vois ?

Plus des ¾ des amateurs self-traders improvisés rentrent dans le trading parce que c’est facile (Internet a cassé toutes les barrières à l’entrée), et parce qu’après avoir lu un ou deux bouquins sur la bourse, ils croient qu’ils vont devenir riches. Ceux là, en général, « fument » leur compte en quelques mois (les métaphores tabacologiques sont bien en cour au sein des traders…). Ils commencent petit, perdent petit au début, gagnent un peu au bout de quelques semaines lorsqu’ils ont appris quelques trucs, mais n’ont pas de bons fondamentaux et ne savent pas reconnaître de façon fiable quand ils doivent couper une position (c’est-à-dire cloturer un trade), en gain ou en perte, et se font ramasser par un renversement de tendance imprévu qui, avec un peu d’effet de levier, ne pardonne pas.

The Artists

Les traders que j’ai côtoyés ont su éviter cet écueil sur plusieurs années. Ce n’est pas une assurance tout risque pour la suite, mais c’est un signe de maturité qui ne trompe pas. Pourquoi ? Là encore, parce qu’ils ont une vraie sensibilité de marché, pas une sensibilité d’argent. Dans ce langage raffiné tout d’élégance et de subtilité qui n’appartient qu’à lui, Charles Dereeper, Monsieur Objectif Eco, affirme que la première qualité du trader, ce sont des “couilles en titane” : être capable de rester sur une position qui débute mal (en contre-tendance) parce qu’on “sait” qu’elle va se retourner, savoir ne pas couper un gros gain trop tôt (parce que seuls les gros gains amortissent les petites pertes !), et conserver assez de cervelle pour savoir quand il faut sortir parce qu’on s’est planté.

Au reste, la plupart ont d’autres passions auxquelles ils consacrent bien plus de temps que le trading. L’un est un fan de vieilles pierres, l’autre est un photographe semi-professionnel référencé par des agents artistiques de Londres, le troisième est fou de sports nature et est prévisionniste météo pour des organisateurs de compétition de parapente, tel autre est un dessinateur peintre qui a déjà vécu de son art, etc. La gamme des émotions véhiculées par les passions de chacun est assez large, et aucun n’est un “boursicoteur monocolore”.

Tous ont développé une technique de trading qui leur est personnelle. Inutile d’essayer de les copier : le feeling, ça ne se duplique pas. Tout au plus, grâce à leurs conseils éclairés, et si ces conseils conviennent à votre propre feeling, parviendrez-vous à répliquer une partie de leur performance. Tous n’opèrent pas de la même façon, sur les mêmes marchés. Certains ne font que de l’Intraday (parier sur des mouvements le matin, et finir un trade la même journée, avec un fort effet de levier), d’autres jouent le long terme en pariant sur la capacité d’une entreprise à créer de la valeur. Certains analysent des bilans d’entreprise pendant des jours, d’autres ne regardent que les formes prises par les courbes de certains indices, et déduisent de leurs variations le “sentiment” du marché. Certains ont étudié à fond un secteur et n’opèrent que sur ce secteur. Certains prennent des risques et acceptent de prendre de grosses pertes qu’ils compensent par des gains encore plus élevés. D’autres préfèrent viser 10 à 15% annuels mais avec un niveau de risque qu’ils ont ramené à presque rien. J’ai bien dit : presque. Le risque zéro n’existe jamais, comme les détenteurs de certaines obligations souveraines viennent de l’apprendre.

Aucun ne “touche à tout”. Ils ont UN domaine d’excellence et s’y tiennent. Tous savent qu’en dehors de leur domaine de spécialité, ils sont morts. On ne demande pas à un violoniste de concert de jouer de la harpe ! Tous ont mis plusieurs années pour devenir bons. Leur force est d’avoir su encaisser leurs premiers échecs sans se griller, tout en tirant les bonnes leçons de leurs premières “paumes”. Et pourvu que ça dure.

Pour conclure*, cet échantillon de très bons traders, dont j’ignore s’il est représentatif, est composé de personnes dont la rencontre vous enrichit d’abord intellectuellement, et dont la façon d’opérer est plus proche de celle d’un artiste que de celle d’un comptable : mettre une maîtrise technique de haut niveau au service d’une passion, celle du commerce et des marchés, et rechercher la performance bien plus par esprit de dépassement et de challenge que par pur appât du gain.

—-
Sur le web

Note :
* Je garde pour une prochaine fois la démolition des préjugés sur l’impact économique de la spéculation.

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  • on va pleurer d’émotion après cette article a la gloire des traders.c’est sur c’est un boulot passionant de faire monter l’action peugeot a 13h20 tous les jours,puis de la revendre a 16h21.les traders c’est le degré intellectuel zéro.ils aiment les grosses voitures et les putes.bref le meilleur exemple a donner a notre jeunesse

    • Alors, pourquoi ne le faites-vous pas ?

      • « les traders c’est le degré intellectuel zéro » Parce le quotient intellectuel de COCO est assez élevé, mais en valeur absolue!

      • j’aime pas les grosses voitures

        • « j’aime pas les grosses voitures »

          Si on en avait quelque chose à f… de toi ce serait marrant de te donner pleins de tunes et de te voir péter dans la soie et sur tes principes trois semaine plus tard.

          La haine contre la réussite c’est la haine des médiocres et des envieux.

          • ah bon ,etre trader c’est une réussite?ah oui j’oubliais,pour un libéral l’argent est le critère le plus important de réussite sociale.pauvre llmryn ,si t’avais quelques neurones ,d’abord tu changerais ton pseudo(il est moche j’y peux rien)et ensuite tu commencerais a envisager la réussite sociale sous d’autres angles que l’argent.mais je comprends,c’est parfois trop demander.

          • La force des arguments…

            Ne manquez pas le prochain numéro de la Coco’s encyclopédie :

            « les femme cé des putes, les riches aussi mais les pandas c’est bien sauf que l’homme il ai très méchant avec et pis l’argen cé pas bien et pis en plus ton pseudo il est caca na ! »

  • Coco, expert en connerie, écrit sur de sujets qu’il ne connait pas. Ce n’est pas la 1ère fois sur Contrepoints, et ça nous amuse !

    • j’adore faire réagir les vieux libéraux enkystés.si je n’étais pas la auriez vous encore la force de hair le marxisme?

      • Mais oui Coco, continuez à nous amuser !

        La force de haïr le communisme ne me vient pas de vous mais de la mémoire des millions de morts que le communisme a provoqué et des millions de personnes qui ce système politique a réduit en esclavage. J’ai connu les pays de l’Europe de l’Est au temps du communisme et la misère et la soumission dans laquelle ces peuples vivaient ainsi que leur envie de liberté sont bien plus importants que les bavardages de quelques illuminés occidentaux.
        Comme disait un de mes profs à la fac dans les années 70, il y avait plus de communistes dans les universités américaines que dans tous les pays d’Europe de l’Est…

  • Puisque les traders sont des artistes désintéressés, je m’interroge: est-ce qu’ils profitent du régime des intermittents du spectacle?

    A vouloir renverser la pression sur les préjugés anti-finance, j’ai peur que vous ayez poussé le bouchon un peu trop loin! Quant à Charles Dereeper, je me contenterai de souligner qu’il n’écrit pas que des conseils de trading sur Objectif Eco:

    http://www.objectifeco.com/argent/s-enrichir/article/charles-dereeper-de-l-audit-tt-a-l-audi-r8-histoires-d-amour

    • « Puisque les traders sont des artistes désintéressés »

      Homme de paille.

    • En 2009, 105 826 intermittents du spectacle ont été indemnisés par l’Unedic qui leur a versé 1,276 milliard d’euros pour 223 millions de cotisations versées. Le déficit s’élèvait ainsi à 1,054 milliard d’euros.
      10 000 euros par tête.
      Le rapport 2012 de la Cour des comptes souligne que le déficit du régime des intermittents du spectacle représente « un tiers du déficit total de l’assurance chômage, alors même que seules 100.000 personnes en bénéficient »
      Il y a 3 millions de chômeurs en France. Une population 30 fois supérieurs.
      Mais heureusement les intermittent sont DÉSINTÉRESSÉ.

  • A Benkebab

    Non, non, les traders ne sont pas du tout désintéressés. C’est pour cette raison qu’ils aiment gagner de l’argent (parfois ils perdent comme dans toutes les activités économiques), ce qui leur permet de créer de la valeur ajoutée et cette valeur ajoutée permet – entre autres finalités – de financer les Etats par l’intermédiaire des impôts.

    A propos de votre phrase  » A vouloir renverser la pression sur les préjugés anti-finance, j’ai peur que vous ayez poussé le bouchon un peu trop loin!  » je vous remercie d’apporter des précisions afin de me permettre de comprendre votre raisonnement.

  • Le problème pour moi et je ne pense pas être le seul, c’est de comprendre à quoi sert les trader ? C’est une vrai question, et si quelqu’un peut m’expliquer ou me donner un lien, ça me serai utile . Merci.

    • @senn: l’auteur écrit:

      « * Je garde pour une prochaine fois la démolition des préjugés sur l’impact économique de la spéculation ». Si il ne traine pas, il devrait vous répondre à ce moment là

    • les traders ne servent a rien,contrairement a ce que la finance ou les libéraux prétendent.ce sont de simples intermédiaires .ils ne créent aucune valeur .c’estl’entreprise non financière seule qui peut créer de la valeur réelle

      • Ce n’est pas parce que vous n’avez aucune culture, aucune connaissance du milieu, ni aucune imagination, que vous devez absolument l’étaler ainsi dans les commentaires. Maintenant, tout le monde le sait.

        • bon,je vois comme d’habitude que dès qu’on argumente on nous prend pour des culs terreux ici.qu’est ce que t’attends pour progresser intellectuellement h16?que chaque personne qui lit tes articles te donne du »excellent article »a chaque fois?ben mon pauvre,tu vas pas progresser très loin.c’est vraiment de l’infantilisme de vous sentir agressés en permanence.vous avez si peur d’avoir tort ?eh h16,prends quelques cours d’humour ,tu seras moin coincé!(et encore je ne me sens pas trop agressé par rapport a certains de vos contradicteurs sur ce blog)

      • C’est bien connu, un intermédiaire ne créé jamais de richesse.
        Lorsqu’un marchand amène un bien d’un endroit ou il est produit à l’endroit ou il est demandé, cela ne change rien.
        On imagine sans mal la situation sans l’intermédiaire : des producteurs avec plein de produits et personne pour les acheter, et des consommateurs avec de l’argent mais rien a acheter.

        Mais oui en fait quand on y pense, c’est bien ce qu’ils ont réussit a faire en URSS.

        Avant, dans la rue on pouvait passer devant une échoppe avec écrit sur l’enseigne « Joseph, boucher » et a l’intérieur il y avait de la viande.
        Après, sur l’enseigne il y avait écrit « viande » et à l’intérieur il y avait Joseph le boucher.

  • A COCO

    Si vous connaissez le métier de trader, vous savez que votre affirmation est fausse et, dans ce cas, j’ignore les raisons qui vous ont amené à pondre de telles âneries.

    Si vous ne connaissez pas le métier de trader, vous ne faites que débiter – tel un perroquet – les phrases toutes faites que vous avez appris chez France Inter, l’Humanité, Le Monde, etc.

    Dans ce dernier cas, je vous conseille le lien suivant pour apprendre les bases de la spéculation financière :
    http://www.wikiberal.org/wiki/Sp%C3%A9culation

    Une fois que vous aurez assimilé ces bases, reprenez contact avec moi afin que je vous indique d’autres sites où vous pourrez perfectionner vos connaissances au sujet de la spéculation et du trading.

    • pagerfi:j’ai été un des premiers a l’epoque de la fin du minitel a acheter et vendre des actions pour mon compte .j’avais un compte dans une société de bourse qui s’appelait ferri,rachetée par barclays.et c’est le chef d’agence ferri qui m’avait montré qu’a une heure bien précise des investisseurs travaillaient l’action peugeot.pareil pour les analyses techniques:le gars savait que c’etait bidon mais il avait un argument imparable:elles ne valaient rien mais comme tout le monde les suivait,il valait mieux en tenir compte.j’ai vu après avec les révelations de kerviel que rien n’avait changé sauf que ça se passait a plus grosse échelle.voila j’espère que tes certitudes ne se sont pas écroulées,j’en serais chagrinée

  • La Finance s’est muée en Tumeur.

  • Les commentaires sont fermés.

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