Chávez : vers une réélection entachée de fraudes ?

On peut douter que la prochaine élection présidentielle au Venezuela se déroule de façon équitable pour l’opposition.

On connaît depuis une semaine le nom du candidat de l’opposition qui va défier Hugo Chávez lors de la prochaine élection présidentielle du Venezuela en octobre. Mais on peut douter que cette élection se déroule de façon équitable pour l’opposition.

Par Juan Carlos Hidalgo, États-Unis

L’assaut des médias publics vénézuéliens contre Henrique Capriles Radonski a commencé après sa victoire décisive dans les primaires présidentielles de dimanche passé. Capriles est maintenant le candidat de la coalition de l’opposition et il devra affronter Hugo Chávez lors de l’élection présidentielle d’octobre. Comme le Wall Street Journal le rapporte, les attaques pernicieuses contre Capriles comprennent, entre autres, les insinuations qu’il serait homosexuel ou un agent sioniste.

Cette élection ne sera pas équitable. Non seulement Chávez contrôle la plupart des médias vénézuéliens, mais son gouvernement augmente également considérablement les dépenses de programmes sociaux populaires. Environ 8,5 millions de Vénézuéliens reçoivent déjà une sorte de revenu permanent ou une aide de l’État (4 millions d’entre eux sont employés dans le secteur public). Le régime de Chávez menace et intimide ceux qui reçoivent des aides gouvernementales et qui seraient tentés de soutenir l’opposition. En outre, puisque le vote est électronique au Venezuela, beaucoup de gens craignent – sans doute avec raison –, que leurs votes ne soient pas secrets. Et il est dans l’intérêt du gouvernement d’encourager implicitement ces craintes.

Mais ce n’est pas tout. Chávez contrôle également le Conseil national électoral du Venezuela. En raison de l’incapacité pour l’opposition de surveiller chaque bureau de vote du pays, la déclaration des résultats des élections pourrait être entachée d’irrégularités. Le Conseil électoral a pris l’habitude de prendre plus de temps que nécessaire pour compiler les résultats à partir des systèmes électroniques, ce qui a soulevé des suspicions d’activités frauduleuses.

La principale préoccupation est le registre électoral, telle que documentée par Gustavo Coronel dans une étude du Cato Institute de 2006. Coronel rapporte qu’une analyse indépendante du registre électoral a décelé de nombreuses irrégularités :

… telles que l’existence de 39 000 électeurs de plus de cent ans. Il s’agit d’un nombre équivalent à celui du même groupe d’âge aux États-Unis, où la population est 10 fois plus grande. Parmi ces 39 000 personnes, 17 000 sont nées au 19ème siècle, et l’une d’entre elles a même 175 ans et travaille encore ! Dix-neuf mille électeurs sont nés le même jour de la même année dans l’État de Zulia. Il y a des milliers de personnes partageant la même adresse.

Henrique Capriles Radonski

Donc, en plus de l’appui de ses partisans (certains enthousiastes, d’autres intimidés), soit environ 45% de la population, Chavez peut aussi compter sur une marge d’erreur due à la fraude électorale s’il n’obtient pas suffisamment de voix pour sa réélection. J’ai parlé à certains Vénézuéliens qui disent que cette marge pourrait atteindre jusqu’à huit points de pourcentage. Autrement dit, si l’élection décide de résultats inférieurs à ce qu’il souhaite (ce qui pourrait être le cas), Chávez peut les truquer en sa faveur.

L’opposition promet de placer des gens dans chacun des bureaux de vote du pays pour surveiller le scrutin. Le Conseil national électoral empêchera probablement les observateurs internationaux de contrôler les élections. On peut donc s’attendre à un conflit sur l’issue des élections entre l’opposition et le Conseil national électoral. Que se passera-t-il ensuite ? Je vous laisse deviner.

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Publié le 15.02.2012 sur Cato@Liberty sous le titre « Chávez’s Electoral Fraud Cushion », repris avec l’aimable autorisation du Cato Institute.
Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.