Le Plan de Mario Monti et l’austérité

Le plan d’austérité de l’Italie ne se limite pas à une hausse d’impôts mais consiste à amorcer une réduction de la dépense publique et à libéraliser des pans de l’économie

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Le Plan de Mario Monti et l’austérité

Publié le 15 février 2012
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Le plan de redressement de l’Italie concocté par Mario Monti ne se limite pas à une austérité par la hausse d’impôts mais consiste à amorcer une réduction de la dépense publique et à libéraliser des pans de l’économie.

Par Le Minarchiste

Un immense débat fait présentement rage entre les économistes à propos de l’impact des plans d’austérité. D’un côté, certains prétendent que le rétablissement de l’équilibre budgétaire sera bon pour les économies concernées et contribuera à les remettre sur pieds. De l’autre côté, les keynésiens affirment que ceux-ci amplifieront la récession et ne feront qu’empirer les choses.

Je pense qu’il y a énormément de confusion dans ce débat. En fait, les deux camps ont tort, dépendamment de l’horizon observé et du contenu des plans d’austérité.

À cet égard, l’augmentation des taxes et impôts n’est certainement pas une bonne chose pour l’économie, tant à court qu’à long terme. Les plans d’austérité axés sur la taxation sont donc voués à l’échec.

Puis, il y a les réductions de dépense. Est-ce que couper aveuglement dans les dépenses de soins de santé, d’éducation et de services sociaux permet vraiment d’améliorer la situation économique d’un pays ? J’en doute fort. En revanche, réduire la bureaucratie, amenuiser la règlementation et privatiser les entreprises d’État peut avoir des impacts très positifs à moyen et long terme.

Cela ne va pas sans rappeler l’étude réalisée en 2009 par deux économistes de l’université Harvard, laquelle analysait 107 réformes fiscales réalisées dans 21 pays de l’OCDE sur une période de 37 ans. Leurs résultats montrent que les réformes qui ont été axées sur la réduction des dépenses ont connu plus de succès que celles axées sur les hausses de taxation.

En ce qui concerne les PIGS, ce qu’on remarque est que ces pays ont de graves problèmes structurels. Leurs économies sont paralysées par l’interventionnisme étatique, la règlementation et la bureaucratie. La fonction publique est trop massive et corrompue. La compétitivité de ces pays est médiocre. Conséquemment, les plans d’austérité qui ne proposent pas de réformes structurelles libérales n’ont selon moi aucune chance de mener les PIGS vers une solution viable.

À ce sujet, je trouve le plan de Mario Monti, le nouveau chef d’État de l’Italie, bien intéressant.

C’est le 29 juillet 2010 que fut adopté le premier plan d’austérité de Berlusconi, totalisant 25 milliards d’euros. Celui-ci prévoyait le gel de trois ans des salaires des fonctionnaires, une baisse de 10% des budgets des ministères et le renforcement de la lutte contre l’évasion fiscale. Ces mesures portaient sur les années 2011 et 2012.

Voyant le taux d’intérêt sur sa dette augmenter significativement à l’été 2011, le gouvernement Italien se devait de réagir de façon plus ponctuée alors que la dette de l’Italie atteint 120% de son PIB. Le second plan d’austérité Italien se chiffrait à 47 milliards d’euros et fut adopté le 30 juin 2011. Cette réduction du déficit devait se matérialiser entre 2011 et 2014. Ce plan prolongeait le gel des salaires et des embauches de fonctionnaires et réduisait les budgets des collectivités locales, de la santé, ainsi que le train de vie des ministres. On parla entre autres d’un « ticket forfaitaire » pour certaines prestations médicales, d’une taxe de 0,05% sur les transactions financières ainsi que d’une hausse d’un point de la TVA à 21%.

Puis, à l’automne, Berlusconi cède sa place à une nouvelle administration technocratique menée par Mario Monti. Alors que les plans d’austérités observés jusqu’à maintenant en Europe consistent essentiellement à augmenter les taxes et impôts, nuisant grandement à l’économie, puis à couper dans les dépenses, causant beaucoup de soucis aux plus démunis, Monti arrive avec une approche différente. Il est conscient que l’économie Italienne (voire Européenne) est paralysée par la bureaucratie, la règlementation et l’interventionnisme étatique. Il entreprend donc de réformer cet aspect, lequel est beaucoup plus important que de réduire le budget de la santé.

Ainsi, le 22 décembre 2011, le Sénat Italien a définitivement adopté le plan d’austérité du gouvernement de Mario Monti. Ce plan a été adopté par une écrasante majorité de 257 voix, tandis que 41 sénateurs ont voté contre, lors d’un vote de confiance sur le même texte que celui approuvé auparavant par les députés.

Ce plan durcit le régime des retraites et prévoit de nombreuses hausses d’impôts, en particulier sur les biens immobiliers et autres capitaux cachés au fisc, ainsi que sur les produits de luxe. S’ajoutant aux deux cures d’austérité décrites précédemment, ce nouveau plan de 20 milliards d’euros devrait permettre à l’Italie d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2013.

Au chapitre des économies, les régions et établissements publics devront sauver 5 milliards d’euros en 2012. La santé et la prévoyance sociale couperont de 2,5 milliards. Les conseils départementaux seront supprimés, les conseillers régionaux réduits en nombre, ce qui réduira la bureaucratie.

L’âge minimum de départ à la retraite des femmes dans le secteur privé va passer de 60 à 62 ans en 2012 et même 66 ans en 2018, comme pour les hommes. Le calcul du montant des retraites ne se fera plus sur les derniers salaires perçus mais sur l’ensemble de la carrière.

Mais ce qui est encore plus important que de réduire les dépenses est la réforme structurelle proposée par Monti. Cette réforme vise en premier lieu les corporations dont la « sur‑réglementation » empêche le développement et maintient les prix élevés. Elle porte aussi sur l’ouverture à la concurrence des services d’État ou proches de l’État. Mario Monti veut libéraliser touts azimuts. Transports publics, taxis, pharmacies, distribution d’essence et de gaz naturel, avocats, notaires, services postaux, etc. Toutes les professions réglementées sont concernées.

Le gouvernement va aussi simplifier les procédures administratives. Une nouvelle forme d’entreprise fut créée pour les jeunes de moins de 35 ans : la société simplifiée à responsabilité limitée. Il suffira de verser un euro dans le capital et il n’y aura plus besoin d’aller chez un notaire. Par ailleurs, depuis le 1er janvier, les commerces ont obtenu une totale liberté d’ouverture sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Les réformes ont également pour objectif de créer plus de flexibilité et d’égalité sur le marché du travail. En Italie, certains salariés sont particulièrement protégés tandis que d’autres travaillent dans des conditions précaires. Monti veut réformer le marché du travail pour aller vers une “flexisécurité” inspirée du modèle danois, où le taux de chômage est très bas.

Malgré les protestations de la part de ceux qui perdront des privilèges dans ces réformes, les sondages montrent que la population soutient M. Monti. Il le faut, car ce plan prendra plusieurs années avant de porter ses fruits. Par ailleurs, le marché obligataire a récompensé le plan Monti, faisant chuter le coût d’emprunt du pays de plus de 1% depuis l’annonce.

Voici un résumé des changements :

Taxis : l’autorité de régulation des transports sera dorénavant chargée d’attribuer les licences à la place des communes. Les numerus clausus vont être relevés et une compensation financière sera versée aux taxis déjà en circulation.

Pharmacies : la limitation à une officine pour 3.000 habitants va disparaître pour permettre l’ouverture de 5.000 nouvelles enseignes. Les pharmaciens seront libres de fixer leurs horaires d’ouverture, leurs tours de garde et leurs promotions tarifaires. Les médecins auront l’obligation de prescrire les médicaments génériques.

Notaires et avocats : l’encadrement des honoraires va être aboli, sauf pour les procédures de liquidation judiciaire et pour celles qui concernent les rapports avec l’administration. Les étudiants des professions libérales auront la possibilité d’exercer dès leurs deux dernières années de formation.

Stations essence : dans un contexte de flambée des prix des carburants (1,674 euro le litre en moyenne, contre 1,491 en France), il sera mis fin, au 1er juillet, aux contrats d’exclusivité liant les compagnies pétrolières aux distributeurs, lorsque ces derniers sont propriétaires de leur installation, et ce pour la partie excédant 50% de la fourniture.

Assurance-auto : beaucoup plus chères qu’en France, les polices d’assurance-automobile devront faire l’objet d’une mise en concurrence systématique de la part des intermédiaires. Quand un particulier installe une boîte noire dans sa voiture, l’assureur devra désormais en assumer le coût et accorder une ristourne sur la prime annuelle.

Énergie : pour faire baisser la facture énergétique des Italiens, le réseau national de distribution de gaz Snam sortira d’ici 2014 du giron du pétrolier ENI. Les tarifs fixés par le régulateur diminueront dès cette année pour les ménages à bas revenus.

Presse : les magasins qui vendent journaux et périodiques (à l’exclusion des kiosques) n’auront plus de surface minimale à respecter. Les aides d’État aux distributeurs seront en fonction de l’activité de chaque point de vente.

Création d’entreprise : pour les moins de 35 ans, il suffira maintenant de 1 euro pour créer une société simplifiée à responsabilité limitée.

Il sera intéressant de suivre l’évolution de l’Italie sous Mario Monti afin de voir si ce pays réussira à mieux s’en sortir.

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  • une politique de brader tout le sevice public au priver,plus d etat…la liberte pour le liberalisme,tout le monde patron…c est l economiste mario monti,la bce,le fmi,c est leurs vues pas forcement les bonnes
    ne sont ils pas ,ceux par qui la faillite est arrivee,c est leurs programme jusqu ici qui est appliquer ,le programe cee,…plus de social,des bas salaires,hausses des prix,…c est pas un programe
    pour sauver un pays,c est un programe pour faire du casch….
    cosa nostra,elle est la,presente au coeur de la cee,c est sa politique

    • Il s’agit de permettre de redonner du dynamisme à un pays presque aussi sclérosé que le notre. Un service public confié au privé n’est intéressant que si l’on permet la concurrence totalement libre.

      « tout le monde patron »
      En quoi cet article proclame tout le monde patron?

      « c est un programe pour faire du casch »
      Effectivement, c’est pour renflouer les caisses de l’Etat sans pour autant augmenter massivement les impôts ou baisser les dépenses « utiles » (santé, éducation…). Quel est le mal?

      « ne sont ils pas ,ceux par qui la faillite est arrivee »
      Je pense plutôt que c’est le copinage patrons/politiciens qui est à l’origine de tout ce bordel; sans compter également la formidable prétention des politiciens à croire qu’ils peuvent contrôler l’économie comme bon leur semble. Enfin, c’est de la faute des citoyens pour avoir laissé faire et surtout laissé croire que l’on peut vivre éternellement à crédit.

  • La « solution Monti » serait certainement la meilleure solution pour la France, afin d’éviter que ce pays continue à s’engouffrer dans la spirale de la faillite de l’Etat.
    Si Sarkozy gagne les présidentielles, rien ne changera et la France continuera à s’approcher petit à petit du bord de la falaise.
    Par contre, si Hollande gagne et met en oeuvre son programme, la France sera beaucoup plus vite en situation de faillite (et d’éventuelle mise sous tutelle) et un nouveau gouvernement de techniciens (et pas de politiciens incompétents et bavards) pourra enfin redresser le pays. Voilà pourquoi il faut voter Hollande.

    La situation actuelle de l’Italie ressemble un peu à celle du Portugal à la fin des années 1920 : après le chaos et la gabegie républicaine des années 1910-26, le nouveau gouvernement, dirigé plus tard par Salazar, a redressé les finances publiques et créé les bases de développement du pays qui a atteint les sommets de la croissance en Europe dans les années 50-60.

  • Ca reste plutôt « light » comme réforme…pas de mise en concurrence de la sécurité sociale d’état avec le privé, pas de cession de grosses entreprises publiques pour accélérer le désendettement, pas d’abrogation de la durée maximale du travail…même si ces réformettes vont dans le bon sens.

  • Monti fait un boulot à la fois courageux et formidable.

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