Le petit chaperon rouge politiquement correct

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Voici une version enfin politiquement correcte du conte du Petit Chaperon Rouge.

Voici une version enfin politiquement correcte du conte du Petit Chaperon Rouge.

Jim Garner

Petit chaperon rouge, politiquement peu correctIl était une fois une jeune personne appelée le Petit Chaperon Rouge, qui vivait à la lisière d’une énorme forêt, remplie de hiboux menacés de disparition et de plantes rares qui pourraient probablement fournir des médicaments contre le cancer, si seulement quelqu’un prenait le temps de les étudier.

Le Petit Chaperon Rouge vivait avec un distributeur de nourriture, qu’elle appelait parfois “mère”, terme qui n’impliquait nullement qu’elle aurait moins pensé à cette personne si un lien héréditaire n’avait pas existé entre elles.

Elle ne voulait surtout pas non plus dénigrer les foyers “différents” (ou non traditionnels), bien qu’elle fut désolée d’avoir pu laisser une telle impression.

Un jour, sa mère lui demanda d’apporter un panier de fruits biologiques de saison, produits localement et achetés à l’AMAP du village et de l’eau minérale dans une bouteille, en verre recyclable, à la maison de sa grand-mère.

« Mais, mère, ne serait-ce pas prendre le travail des gens syndiqués qui ont combattu des années pour gagner le droit de transporter toutes sortes de paquets de par les bois ? »

La mère du Petit Chaperon Rouge la rassura en montrant qu’elle avait appelé le responsable syndical et qu’elle avait obtenu une dérogation spéciale et compatissante signée par ses soins, après une discussion en commission spéciale.

« Mais, mère, ne m’opprimes-tu pas en m’ordonnant de faire cela ? »

La mère du Petit Chaperon Rouge lui démontra qu’il était impossible pour une faômme (Womyn) d’opprimer une autre faômme, puisque toutes les faômmes sont également opprimées jusqu’à ce qu’elles soient toutes libérées.

« Mais, mère, ne serait-ce pas mieux que mon frère porte ce panier, puisqu’il est un oppresseur, et qu’il devrait apprendre ce que c’est que d’être opprimé ? »

Et la mère du Petit Chaperon Rouge expliqua que son frère était à un rassemblement éco-festif pour les droits des animaux, et de plus, ce n’était pas un travail typiquement féminin, mais un travail libérateur du carcan machiste et qui lui permettra de se sentir pleinement intégrée dans la communauté.

« Mais ne vais-je pas opprimer Mère Grand, en insinuant ainsi qu’elle est malade et qu’elle ne peut plus s’occuper d’elle de manière autonome ? »

Mais la mère du Petit Chaperon Rouge expliqua que sa grand-mère n’était en fait ni malade ni diminuée, ni handicapée mentale d’aucune manière, bien que ces conditions ne soient, en aucune manière, inférieures à celles des personnes en « bonne santé ».

Ainsi, le Petit Chaperon Rouge ressentit qu’elle pouvait se laisser aller à livrer ce panier à sa Mère Grand, et elle se mit en route.

Beaucoup de gens pensaient, de manière irrationnelle, que la forêt était dangereuse. Mais le Petit Chaperon Rouge savait que cette peur irrationnelle était basée sur un paradigme culturel développé par une société patriarcale, qui considérait la nature comme une ressource à exploiter, voyant dans les prédateurs naturels des concurrents inacceptables.

Les autres évitaient de se rendre dans les bois, par peur d’y rencontrer des pervers et des voleurs, mais pour le Petit Chaperon Rouge dans une vraie société sans classe tous les marginaux pourraient « sortir du bois » et être acceptés comme des modèles valides de style de vie.

Sur le chemin de la maison de Mère Grand, le Petit Chaperon Rouge passa à côté d’un bûcheron et elle s’éloigna du sentier pour cueillir quelques fleurs.

Elle fut très surprise de se trouver en face du Loup, qui lui demanda ce qu’il y avait dans son panier.

Le professeur du Petit Chaperon Rouge l’avait prévenue de ne jamais parler aux étrangers, mais elle avait confiance dans sa maîtrise de sa sexualité bourgeonnante, et décida de discuter avec le Loup.

Elle répondit : « J’emmène à Mère Grand des collations, sans matières grasses ajoutées, et ce dans un geste de solidarité. »

Le Loup dit : « Tu sais, ma chérie, il est dangereux pour une petite fille de traverser ces bois seule. »

Le Petit Chaperon Rouge répliqua : « Je trouve votre remarque sexiste extrêmement grossière, mais je vais l’ignorer parce que le stress d’être considéré comme un paria vous a obligé à développer une autre façon de voir le monde, bien que votre opinion soit valide. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je vais reprendre ma route. »

Le Petit Chaperon Rouge retourna sur le sentier principal, et poursuivit son trajet vers la maison de Mère Grand.

Mais parce que son statut de marginal lui avait permis de se libérer du mode de pensée occidental, avilissant et linéaire, le Loup connaissait un raccourci vers la maison de Mère Grand. Il entra de force dans la maison et mangea Mère Grand, un comportement bien affirmatif de sa nature profonde de prédateur.

Ensuite, sans être gêné par des conceptions rigides et traditionalistes sur le rôle des genres, il s’habilla des vêtements de Mère Grand, se glissa sous les draps, pour attendre la suite des événements.

Le Petit Chaperon Rouge entra dans la maison et dit :
« Mère Grand, je vous ai amené quelques encas fabriqués sans avoir torturé d’animaux pour vous saluer en tant que mère nourricière emplie de sagesse. »

Le Loup dit doucement : « Approche-toi mon enfant que je puisse te voir. »
Le Petit Chaperon Rouge dit, « Déesse! Mère Grand, que de grands yeux vous avez ! »
« Tu oublies que je suis un peu déficiente visuel. »
« Et Mère Grand, quel long et fin nez vous avez. »
« Bien sûr, j’aurais pu me le faire refaire pour avoir une carrière d’actrice, mais je ne suis pas sensible à ce genre de pressions sociales, mon enfant. »
« Et Mère Grand, que de pointues et longues dents vous avez ! »

Le Loup ne pouvait plus supporter ces insultes, et, dans une réaction appropriée de son milieu habituel, il bondit hors du lit, saisit le Petit Chaperon Rouge et il ouvrit ses mâchoires si largement qu’elle put voir sa pauvre Mère Grand recroquevillée dans le ventre du Loup.

« N’oublies-tu pas quelque chose ? » cria courageusement le Petit Chaperon Rouge. « Tu dois me demander la permission avant d’aller plus loin dans mon intimité ! »

Le Loup fut si surpris de ces paroles qu’il lâcha sa prise. Au même moment, le bûcheron entra dans la maison, brandissant sa hache.

« Bas les pattes ! » cria-t-il.
« Et que crois-tu donc que tu es en train de faire ? » s’écria le Petit Chaperon Rouge. « Si je te laisse m’aider maintenant, cela montrerait un manque de confiance dans mes propres capacités, entraînant une baisse d’estime de soi et donc un risque de louper mes examens d’entrée à la faculté ! »
« Dernière chance, ma sœur ! Enlève tes mains de cette espèce protégée ! C’est un ordre du FBI ! » cria le bûcheron ; et quand le Petit Chaperon Rouge fit un petit mouvement, il lui coupa soudain la tête.
« Dieu Merci vous êtes arrivés à temps », dit le Loup. « La gosse et la Grand-Mère m’ont attiré par la ruse, j’ai cru que j’étais fichu. »
« Non, je crois que je suis la seule victime ici », dit le bûcheron. « J’ai dû gérer ma colère depuis que je l’ai vue ramasser des fleurs protégées un peu plus tôt. Et maintenant, je vais être totalement traumatisé. N’auriez-vous pas un peu d’aspirine ? »
« Bien sûr », dit le Loup.
« Merci. »
« Je comprends votre souffrance », dit le Loup, et il tapota sur l’épaule bien rembourrée du bûcheron, rota un petit coup, et dit « Vous n’auriez pas du Maalox ? »

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Traduit du texte original en anglais de Jim Garner par Nicolas B pour Contrepoints.