Quand l’État panique sur Anonymous et IRC

La façon dont réagit l’État face à internet et Anonymous en dit long sur l’état de panique fébrile de nos dirigeants.

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Quand l’État panique sur Anonymous et IRC

Publié le 30 janvier 2012
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Assiste-t-on, actuellement, à une étape décisive dans la vie mouvementée d’Internet ? En tout cas, les escarmouches entre les gouvernants d’un côté et les utilisateurs avertis d’Internet se poursuivent et ont pris récemment une tournure intéressante à la suite des actions de plus en plus musclées des deux camps en présence…

En réalité, la tension grimpe depuis plusieurs années entre les citoyens lambda et les dirigeants d’à peu près tous les pays du monde et il est assez facile de s’en rendre compte.

Aux États-Unis, le tournant du XXIe siècle fut l’occasion, avec les attentats terroristes du 11 septembre 2001, de mettre en place plusieurs législations incluant l’échange incontrôlé d’informations sensibles dans leur périmètre juridictionnel. Si l’on exclut les pays totalitaires les plus stricts où la présence d’Internet est minutieusement contrôlée (comme en Chine), quasi interdite (comme à Cuba) voire inexistante (comme en Corée du Nord), les pays dits démocratiques n’ont pas été en reste pour, assez rapidement, mettre en place des lois taillées sur mesure pour donner une plus grande liberté d’action aux forces de l’ordre. Pour les faire passer, ces lois ont été posées comme d’indispensables préalables dans la lutte contre des menaces ad hoc comme la pédophilie, le trafic de drogue, le viol de copyright ou la prolifération de lolcats.

Fini les pedonazis grâce à la loppsiDepuis, c’est donc une avalanche de lois et de batailles juridico-médiatiques parfois aussi homériques que picrocholines entre d’un côté un législateur et des gouvernements très enclins à trouver rapidement un moyen de museler les canaux d’informations pour enfin contrôler cette bête qui refuse de plier à leurs injonctions et de l’autre un public qui se rend de plus en plus facilement compte qu’on le roule dans la farine et se laisse en conséquence de moins en moins faire.

Au niveau français, je me suis fait l’écho à de nombreuses reprises dans ces colonnes des déboires de la HADOPI (et, au-delà, des lois DADVSI, LOPPSI et variantes). À chaque étape, on découvre la veulerie des politiciens prêts à absolument toutes les bassesses, toutes les compromissions, toute la mauvaise foi possibles pour amoindrir vraiment le terrible pouvoir dont dispose maintenant le citoyen : celui de s’informer librement.

Dans le reste du monde, il en a été de même.

Au niveau américain, les lois se sont succédé (Digital Millenium Copyright Act, Patriot Act, par exemple) qui étaient soit directement vouées à limiter la liberté d’action, d’information et d’expression, soit à poser, en contrepartie de ces nouvelles facilités offertes au citoyen, des contraintes exorbitantes pour s’assurer qu’il resterait bien dans les clous. Les politiciens, corrompus par des lobbies court-termistes et ne comprenant pas ces enjeux qui les dépassent de loin, se sont enhardis jusqu’à proposer des lois comme PIPA et SOPA.

Le niveau euroépéen n’est pas en reste puisque dans le turgescent appareil institutionnel européen, on travaille tendrement sur sa propre implémentation de ACTA, émanation d’une idée scélérate américaine, où le droit d’auteur sera tellement étreint d’amour humide qu’il en sera bien clairement étouffé.

Mais dernièrement, toutes ces tentatives ont pris un tour amer pour les politiciens : ces cons de citoyens se mobilisent et refusent de se faire ainsi museler !

D’un côté, il y a les actions (encore légales) de protestation, de signatures de pétitions et de contact des représentants politiques, qui amènent certains d’entre eux à se poser la question du bien fondé de leur action, surtout lorsque l’heure de renouveler leur mandat approche. C’est probablement ce qui a fait reculer le 20 janvier dernier, au moins temporairement, le vote sur SOPA.

Fascism : do you think it'll be this obvious ?

De l’autre, des groupes amorphes se sont constitués, au départ constitués d’informaticiens chevronnés rapidement suivis par des adolescents effervescents, et ont lancé quelques actions plus ou moins spectaculaires pour montrer que, si les politiciens disposaient bien de la coercition que leur accordait l’État, ils disposaient eux aussi de plusieurs moyens de riposte.

Évidemment, à mesure que les politiciens ont décidé de taper plus fort, la réaction s’est faite plus intense.

La fermeture de Megaupload en est une bonne illustration, avec la vague d’attaques sur différents sites internet majeurs qui a suivi. L’escarmouche a continué puisqu’en France, la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DRCI) a décidé d’essayer d’attraper quelques Anonymous afin de reprendre la main, en allant attraper un Breton au saut du lit. On pourra lire avec profit les récits qui sont faits dans la presse (et par le principal intéressé). Au passage, la seule chose que la DCRI est parvenue à réaliser avec cette opération futile, c’est de mettre en exergue sa totale incompétence. Si ce sont ces personnes qui sont censées nous « protéger », mieux vaut largement ne dépendre que de soi-même.

Et là encore, la riposte n’aura pas traîné puisque dans la foulée, les informations privées de 541 policiers ont été divulguées à la suite du piratage d’un syndicat de police où ils étaient encartés. Les raisons d’un tel acte sont particulièrement intéressantes puisque, selon un communiqué des hackers parus sur DataSecurityBreach.fr, on peut lire :

Pour que vous compreniez l’importance de la vie privée et de la liberté, en représailles aux basses méthodes de l’État, nous vous divulguons les informations confidentielles de 541 policiers. Notez bien que ce n’est qu’une portion de ce que nous avons et que nous nous réservons le droit d’en diffuser un plus grand nombre.

Si, dans le fond, on peut condamner de répondre au viol de la propriété privée par l’État avec un autre viol de la propriété privée par un groupe de hackers, il n’en reste pas moins que l’opération menée illustre parfaitement ce que risque l’État à persister dans ses exactions irréfléchies.

Internet fournit à chacun le moyen de s’informer, de s’exprimer et surtout de s’affranchir complètement du besoin des politiciens et même, à long terme, de la structure débilitante de l’État. Internet, par nature, ne centralise pas les individus mais les agglomère en fonction de leurs désirs du moment. Internet fournit de l’information que l’individu hiérarchise lui-même, et élimine le besoin d’un intermédiaire.

Confusément, les politiciens le savent. Ils comprennent, instinctivement, que cet outil conduira un jour à leur perte d’influence, les coupera du pouvoir. Comme Internet a éliminé les intermédiaires, il éliminera progressivement la barrière linguistique, les barrières fiscales artificielles, les décalages d’information entre les groupes d’individus. Par là même, l’angle d’attaque préféré des politiciens, celui de la peur de l’autre, de l’adversité ou de la différence, va progressivement disparaître. Dès lors, on explique bien la panique qui semble poindre dans les actions entreprises récemment, l’avalanche de lois délétères et les frappes policières à l’aveugle ; les politiciens rêvent de pouvoir surveiller tous leurs concitoyens mais sont terrorisés à l’idée que ces derniers pourraient leur renvoyer l’ascenseur, un million de fois plus fort…

Les années qui viennent annoncent à l’évidence une escalade de la violence entre d’un côté les groupes d’anonymes et d’activistes/hacktivistes, et de l’autre, les affidés de l’État. Si je devais prendre des paris, je ne miserai pas grand-chose sur les actions de l’État. Mais gageons qu’il se défendra bec et ongles.
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