Loi Léonard : luttons contre les pauvres au camping

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Grâce à la clairvoyance de nos élus, les pauvres seront enfin pourchassés jusqu’au camping ! Sus aux miséreux !

Pendant que toute la presse tombe en pâmoison sur les beaux discours creux d’un Hollande gonflé à l’hélium, le monde continue sa course et la France son petit bonhomme de chemin sur la route de la servitude. Et l’étape du jour, c’est un arrêt-déjeuner à la case Acharnons Nous Sur Les Plus Faibles, étape locale d’ailleurs religieusement marquée tant par les Socialistes Officiels de gauche que les Socialistes Honteux de droite…

Et pour bien cogner, il suffit de demander à ceux de nos gouvernants qui n’ont évidemment pas trop de problèmes, grâce au flot continu de rentes, prébendes et indemnités : l’Assemblée Nationale s’est bien vite fendue d’un de ces petits textes votés en loucedé pour accroître les taxes et imposer un nouveau rang de contribuables qui échappaient (dans notre cas, parce que trop pauvres) à la douce ponction indispensable pour engraisser nos élites.

Cette fois-ci, il s’agit tout simplement de légiférer sur le cas bien problématique et épineux des gens qui louent pour longue durée dans les campings français. Oui oui. C’est bien de ce terrible fléau qui frappe la France dont il est question et dont s’est emparée une brochette de sémillants députés qui sont payés avec vos sous pour se pencher, justement, sur les questions brûlantes de l’actualité, entre une Commission Dégustation de Vins Fins et une Conférence Dîner-Débat sur « les Petits Fours à l’Assemblée : Apport Calorique Inutile ou Nécessaire Pitance de l’Honnête Homme Au Travail ? »

Le texte de la loi ne semble pas, en lui-même, ni plus méchant, ni plus stupide que d’habitude. On roule ici dans la banalité de la législorrhée républicaine : on y trouve les habituelles considérations sur l’absolue nécessité de réguler, de légiférer et de faire intervenir la loi pour bien protéger le consommateur, pauvret intellectuellement amoindri et ballotté de propriétaires fourbes en loueurs d’emplacements sournois. On est donc ici dans la plus parfaite hypocrisie décontractée et les arguments moisis qu’on nous refourgue à chaque loi pour en justifier l’existence et la fermeture supplémentaire d’un espace de liberté.

Jusque là, rien d’anormal.

Cependant, en fouillant dans les amendements posés en Commission, on découvre, négligemment insérée, une petite phrase qui fait toute la différence :

Obligation pour le locataire de fournir au loueur un justificatif de domicile de moins de trois mois pour la location d’un emplacement pour une durée supérieure à trois mois.

Cette loi impose donc aux locataires de camping de justifier d’une adresse d’un domicile fixe. Ils doivent prouver qu’ils sont touristes, en somme, ou, plus prosaïquement, qu’ils ont déjà craché au bassinet de la taxe d’habitation et/ou de la taxe foncière. Sinon ? Eh bien sinon, on pourra envisager sérieusement de les expulser, ces mécréants de la République qui tentent ainsi, selon toute vraisemblance, d’échapper à l’écot citoyen et festif !

Avant d’aller plus loin, je vais faire ici une petite pause photo. Regardez bien, c’est celle d’un homme normal, qui a l’air presque avenant, sympathique même, probablement père de famille plutôt tranquille. Mais cet homme devrait vous terroriser, car en réalité, il est député et il vient pour vous aider.

J.L. Léonard, député, vient vous aider. Fuyez.

Et pour vous aider, il va donc, lui et ses petits camarades, vous obliger à donner votre adresse fixe précise si vous louez dans un camping pour plus de trois mois. Et il faut dire que c’était, réellement, indispensable.

Tout le peuple de France, en effet, réclamait depuis longtemps qu’il fut enfin mis de l’ordre dans l’inique différence entre les citoyens traditionnels et les gens interlopes et louches, louant sur une longue durée dans des campings municipaux, dans le but chafouin et évident de passer sous le radar équitable et juste d’une administration fiscale imperméable à la conjoncture économique.

Peut-être cette action vigoureuse (et salvatrice, soyez en sûr) visant à reconquérir une partie du portefeuille des plus miséreux s’inscrit-elle dans le cadre plus général de la lutte contre la fraude, lancée récemment par un Bercy tout regonflé de voir ses taux d’emprunt baisser malgré la dégradation française ?

En tout cas, une chose est absolument certaine : du plus puissant au plus petit contribuable, tous passeront à la casserole tant l’État a besoin d’argent. La bête est aux abois, elle va gratter tous les fonds de tiroir, piocher dans toutes les poches, même les plus vides. Dans le même temps, il faudra tout faire pour préparer le peuple à la belle pente glissante de l’inflation, en les éloignant le plus possible des monnaies métalliques (au hasard, en augmentant leurs taxes).

Et plus la situation sera catastrophique, plus la violence fiscale montera. Et lorsqu’elle ne sera plus suffisante, elle fera place à la violence réelle.

Ce pays n’a plus d’argent, plus de ressources. Son Etat n’a plus aucun respect pour ceux qui créent de la richesse ni pour ceux qui souffrent ou qui vivent modestement. Ses jours sont comptés, il se battra donc avec la dernière énergie pour tenir, encore et encore.

Peu importe. Il est foutu.
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