La prochaine guerre numérique pour se passer de l’État

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L’Etat veut réduire nos libertés, mais avec les nouvelles technologies numériques, les individus s’organisent et finiront par gagner.

Ces dernières années, sur internet, nous avons assisté à une bataille rangée entre d’un côté les États, toujours friands de technologies pour espionner les petits internautes, et de l’autre, les internautes qui ne veulent pas se laisser faire. Et si, pour le moment, la bataille semblait rude, les prochaines étapes de l’affrontement, entre ceux qui veulent museler le peuple et les activistes qui travaillent pour qu’il n’en soit rien, promettent de se placer un ou deux crans au-dessus de ce qu’on a vu jusqu’à présent…

Côté États, on n’a pas fini d’accumuler les tentatives de juguler ou fermer ce nouvel espace de libertés que constitue internet. On se rappellera sans problèmes des tentatives minables comme la loi DADVSI en France, et ses dérives sécuritaires à la LOPPSI, qui pavèrent le chemin pour la mise en route de la Hautotorité ridicule, HADOPI. Et ailleurs dans le monde, les autres États n’ont pas attendu les déboires de la France pour accumuler les leurs, comme la loi PIPA aux États-Unis, rapidement suivie par la loi SOPA.

Cette avalanche d’acronymes tous plus ineptes les uns que les autres montre la frénésie qui s’est emparé des législateurs de toute la planète dès qu’ils ont entrevu le nouveau problème qui se posait à eux : avec l’avènement de la manipulation de l’information et du calcul à pas cher pour tout un chacun, avec la possibilité, au bout des doigts, pour tout le monde, de pouvoir dialoguer avec n’importe qui, de faire des affaires, de déplacer des capitaux et des informations sans passer par les étapes de contrôle de leurs douanes, de leurs services fiscaux et de leurs censeurs divers et variés, les États ont vite compris qu’ils allaient rapidement perdre le contrôle des éléments les plus importants nécessaires à leur survie.

Déjà, les citoyens du monde encore à peu près libre se rendent actuellement compte que l’information qui leur est délivrée par les médias traditionnels est entachée de biais plus ou moins supportables. Petit à petit, ils comprennent que certaines évidences qu’ils tenaient pour acquises n’en sont que parce qu’elles tiennent sur des prédicats bien fragiles (la monnaie papier en est le dernier exemple en date).

Et symétriquement, les États, par exemple lors de ce qu’on a appelé ensuite « Printemps Arabe », ont bien compris l’absolue nécessité de contrôler aussi fermement que possible les moyens de communication modernes. Et comme toujours dans ces cas-là, les politiciens accumulent les tentatives pour faire passer leurs lubies sur le compte d’une nécessaire « régulation » qui va permettre :

  • aux enfants de surfer sans tomber immédiatement dans les griffes de pédophiles compulsifs,
  • aux artistes d’éviter de mourir de faim dans la rue dans d’atroces souffrances,
  • aux consommateurs de trouver des informations précises et garanties, avec un joli label qualité,
  • aux services fiscaux de bien toucher toutes les gentilles taxes à l’import et à l’export,
  • etc.

Seulement à force d’ajouter des lois sur des règlements, des décrets sur des législations toujours plus touffues, l’espace de liberté gagné par les citoyens se réduit, et l’emprise des États sur notre vie privée, elle, augmente. Si l’on y ajoute l’évidente collusion d’intérêt (ou par l’usage de la force) entre les grosses sociétés privées avec les envies morbides et incontrôlables de l’État pour fourrer son œil partout, on comprend que ce que nous faisons en ligne, ou même, avec extension des smartphones, partout où nous vivons, échappe de moins en moins aux « bons soins » des gouvernements.

On comprend dès lors l’intérêt particulier que je porte à de récentes initiatives privées.

Ainsi, à la suite du Chaos Communication Congress de Berlin, un groupe de technophiles avertis ont expliqué vouloir déjouer les tentatives de censure étatique en écartant internet de leur portée. Pour cela, ils envisagent de placer leurs propres satellites de communication en orbite, et créer leur propre Hackerspace Global Grid, qui permettra à la fois d’offrir un service à la hauteur de l’enjeu et de communiquer efficacement avec les satellites en question.

On peut juger que l’entreprise, vu d’ici et de maintenant, est largement trop ambitieuse. Cependant, elle ne souffre d’aucun obstacle sur le plan technique ; le seul point d’achoppement est constitué par le financement. Or, internet a déjà démontré que le Crowd Funding pouvait réaliser des miracles.

Et si le Crowd Funding ne permet pas toujours de rassembler les sommes dont il serait question ici, certains richissimes entrepreneurs pourraient bien venir en aide aux membres de ce projet, à l’instar de Peter Thiel, l’un des fondateurs de Paypal, qui envisage — dans le cadre du projet Seasteading — d’utiliser une partie de sa fortune pour mettre en place une ville flottante dans les eaux internationales, au large de la Californie, bypassant allègrement un certain nombre de problèmes avec les lois d’immigration américaine et en résolvant ainsi d’autres comme le coût du logement en Californie ou la difficulté à trouver du personnel compétent et le faire venir de l’étranger.

Seasteading platform

En réalité, les initiatives individuelles se multiplient fort heureusement pour contrer ce que les thuriféraires de l’action étatique tentent tous les jours. On trouve par exemple celle de David Darts qui propose aux internautes lambda de créer leur propre infrastructure de réseau wifi à des coûts extrêmement faibles, qui permet l’échange de données totalement anonyme et non traçable (ce qui, évidemment, file des boutons aux étatistes de toute la planète). Comme il l’explique lui-même,

Des tas de gens rêvent de créer une version alternative de l’Internet actuel, dont ils ne veulent plus, car il est devenu mercantile, centralisé et surveillé de partout.

On se doute ici que l’utilisation commerciale d’une telle possibilité ne tardera pas à venir, mais en même temps, on comprend que l’apparition de réseaux parallèles à internet, mobiles, fugaces et adaptables, constitue une vraie réponse à la censure toujours possible des gouvernements en mal de contrôle de leur population. Comme le note en résumé cet article-ci sur la conférence de Cory Doctorow au CCC mentionné ci-dessus,

Le souci réside dans le syllogisme selon lequel quelque chose doit être fait, je fais quelque chose, donc quelque chose est fait et qui a pour conséquence de considérer que toute défaillance est au final due à une régulation insuffisante plutôt qu’à un défaut de conception.

(On peut retrouver son intervention ici)

Bref, comme on peut le constater, la résistance s’organise, au fur et à mesure que la culture de l’information s’enracine dans la société humaine. C’est une excellente nouvelle, puisque ces outils technologiques et ces moyens de mettre les gens en relations les uns avec les autres permettent à chaque individu de se passer de plus en plus de l’État, et de recréer le lien inter-individuel que ce dernier avait tout fait pour éliminer en s’insérant systématiquement comme intermédiaire, avec un coût toujours plus grand.

À ce titre, il est impératif que chacun participe, à sa façon, en défendant ses propres droits (d’expression, d’action légitime), les moyens ne manquent pas (on trouve même des kits rassemblant des liens et des logiciels pour améliorer son anonymat sur internet, par exemple).
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