La tentation suicidaire du centrisme

Les Bayrou, Morin et consorts sont les pires adversaires du libéralisme. Il est essentiel que les libéraux le disent et s’opposent à leurs projets de façon claire!

La tentation suicidaire du centrisme

Certains libéraux ou partis se disant libéraux sont en train de gâcher une chance unique dans le contexte de crise actuel en se rapprochant du centre et de ses positions fédéralistes et pro-euro.

Ils sont en train de répéter le même type d’erreur qui les avait amenés à encenser la politique américaine des années 90, qui n’avait rien de libérale, mais qui était du keynésianisme indirect consistant à utiliser le système bancaire et financier pour créer de la croissance artificielle en gonflant une bulle de crédit géante. Ils y ont laissé évidemment une grande partie de leur crédibilité maintenant que cette bulle est en train d’imploser.

Aujourd’hui, ces « libéraux » — qui n’en sont pas à mon avis — se mettent à soutenir un système de monnaie unique en train d’imploser sous le poids de ses contradictions (comment peut-on croire que la Grèce et l’Allemagne puissent partager les mêmes standards associés à cette monnaie unique ?), et dont le maintien à flot entraîne des coûts exorbitants pour les États dont les finances sont encore à peu près viables.

Il faut être réaliste : la zone euro est déjà en faillite aujourd’hui.

L’euro et plus généralement le « rêve européen » étaient une création de phase euphorique de fin de bull market. L’optimisme extrême aidant, on voulait croire qu’il était possible d’amener la Grèce, le Portugal ou l’Italie du Sud au niveau de l’Allemagne et du Danemark à l’aide de quelques traités, de normes bureaucratiques et de subventions diverses. C’est évidemment l’inverse qui est en train de se produire, à savoir qu’en voulant mutualiser, on supprime toute concurrence stimulante entre pays européens, et les plus irresponsables contaminent les autres et les tirent vers le bas. Le grand marché baissier en train de s’installer depuis la fin 2007 détruira cette utopie, quelles que soient les gesticulations des dirigeants actuels.

Les libéraux français disposent aujourd’hui d’une opportunité historique, il leur suffit de s’opposer de façon claire au courant fédéraliste, à toute initiative visant à poursuivre la fuite en avant dans la dette, en particulier par l’extension à l’échelle européenne de la monétisation (eurobonds, rachats de dettes publiques par la BCE, FESF), à toute initiative visant à ajouter une couche de bureaucratie et de « super-étatisme » fédéral aux couches étatistes déjà en place.

Et de proposer à la place :

  • Une restructuration générale (faillite ordonnée proposée par exemple par Vincent Bénard), portant à la fois sur le système bancaire, et sur les dettes publiques des États les plus fragiles.
  • Un démantèlement de la zone euro, avec retour aux monnaies nationales, indispensable pour stopper l’hémorragie de la balance des paiements courants des pays européens les moins performants, et leur donner la possibilité d’entamer ensuite un nouveau cycle de croissance comparable à celui observé en Argentine après la restructuration de 2001-2002.

La crise en cours se chargera de toute façon de ce démantèlement.

Aux libéraux d’anticiper, de se montrer intelligents en proposant d’organiser ce démantèlement de façon ordonnée au lieu de se ridiculiser dans les années à venir auprès de l’opinion publique en s’associant à un « troupeau » de dirigeants fédéralistes qui fonce vers le précipice, dont les centristes sont les représentants « en pointe ».

Ron Paul aux États-Unis récolte aujourd’hui les fruits d’un positionnement clair et sans compromissions, et de son opposition au « système Fed ». Il sera certainement au moins en mesure d’avoir une influence importante sur les élections à venir en 2012, et plus la crise se développera, plus cette influence grandira.

Nos libéraux feraient bien de s’inspirer de cet exemple au lieu de soutenir des centristes qui sont aujourd’hui les plus ardents défenseurs de l’eurocratie, des banques centrales et des politiques « coordonnées » de monétisation et de fuite en avant dans la dette, donc de la mutualisation de l’irresponsabilité.

Les Bayrou, Morin et consorts sont pour moi les pires adversaires du libéralisme. Il est à mon avis essentiel que les libéraux le disent et s’opposent à leurs projets de façon claire !