Réduire l’État pour réduire la corruption

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Le dernier rapport de Transparency International révèle le lien étroit entre place de l’État et niveau de la corruption

Le dernier rapport de Transparency International révèle le lien étroit entre place de l’État et niveau de la corruption.

Par Jean-Yves Naudet

Transparency International publie chaque année un « indice de perception de la corruption ». Certes, quelques aspects méthodologiques pourraient en être discutés, mais dans l’ensemble cette publication est crédible, et révélatrice. Par exemple on découvrira d’une part la mauvaise place de la France (25ème) et d’autre part la liaison étroite entre place de l’État et niveau de la corruption. Conclusion : si on veut réduire la corruption, il faut réduire le périmètre de l’État.

183 pays auscultés par 17 enquêtes  

Transparency international est une ONG présente dans presque tous les pays du monde, qui publie chaque année un indice de perception de la corruption (IPC). L’IPC est exhaustif, puisqu’il concerne 183 pays, donc la quasi-totalité de la planète. Il est calculé sur la base de données provenant de 17 enquêtes, qui portent sur des points extrêmement précis, allant de l’application des lois anti-corruption aux conflits d’intérêts en passant par la qualité de l’accès à l’information. La corruption passe par les détournements de fonds publics, le versement de pots de vin ou les processus de décision opaque.

Pour chaque pays sont utilisées plusieurs enquêtes, afin de croiser les informations, parfois trois ou quatre, parfois plus de dix, et plus il y a d’enquêtes utilisées, plus le résultat est fiable. Or le nombre moyen d’enquêtes utilisées par pays est supérieur à 5, ce qui est très significatif. Les notes finales sont sur une échelle allant de 0 à 10.

La corruption sévit dans deux tiers des pays au monde.

0 signifie une corruption totale et absolue, et 10 l’absence totale de corruption. On remarquera que la corruption est largement répandue, puisque les deux tiers des pays obtiennent une note inférieure à 5. La corruption est, hélas, une des choses les plus répandues au monde et ce n’est pas le fruit du hasard.

Les pays occidentaux les plus libéraux sont les moins corrompus 

Globalement, ce sont les pays occidentaux développés les moins corrompus. Il s’agit de pays où règne un état de droit ; mais la situation n’est pas homogène et une forte corrélation existe entre corruption et place de l’État. Moins de privilèges accordés par l’État, moins de subventions, moins de décisions des hommes de l’État, c’est moins d’occasions de corruption.

En revanche, passer par les administrations pour obtenir un marché, un HLM, un permis, une allocation, un certificat : c’est autant d’occasions de mêler argent privé et finances publiques.

On ne sera donc pas surpris de trouver en tète, avec une note de 9,5 sur 10, la Nouvelle Zélande, qui est à la fois un véritable état de droit et qui a fait sa révolution libérale. On trouve à la deuxième place le Danemark (9,4), puis la Finlande (9,4), la Suède (9,3), Singapour (9,2) et la Norvège (9,0). On trouve ensuite, entre la 7° et la 15° place, 9 pays, notés entre 8 et 8,9, donc avec une bonne note : Pays-Bas, Australie, Suisse, Canada, Luxembourg, Hong Kong, Islande, Allemagne et Japon. Là encore, beaucoup d’entre eux ont libéralisé leur économie ces dernières années. Le groupe suivant, entre 7,1 et 8,0, comprend Autriche, Barbade, Royaume-Uni, Belgique, Irlande, Bahamas, Chili, Qatar, Etats-Unis. De manière significative, les pays de la zone euro surendettés et empêtrés dans leurs dettes souveraines sont mal notés : la Grèce a 3,4 sur 10 et l’Italie 3,9 !

La queue de peloton

Si l’on va maintenant à l’autre extrémité du tableau, le résultat est tout aussi édifiant. Plus de 80 pays ont une note inférieure à 3, soit presque la moitié des pays de la planète. On ne sera pas surpris d’y trouver l’Algérie et la Bolivie, la Guatemala et l’Iran, le Kazakhstan et la Syrie, le Nicaragua, le Pakistan et l’Azerbaïdjan, la Belarus et la Russie (143° !), et bien d’autres. Ce sont en général des pays de parti unique ou de dictature. Lorsque les libertés civiles et politiques n’existent pas, quand les libertés économiques sont détruites, la corruption s’installe et aucun contre-pouvoir ne peut la combattre. Comme le fait observer Transparency international, plusieurs pays du « printemps arabe » sont dans cette liste, car le népotisme, les pots-de-vin et le clientélisme y étaient omniprésents. Toutefois, abattre les dictatures ne suffit pas si les mêmes structures économiques demeurent.

La liste des 20 derniers est encore plus édifiante : du Zimbabwe au Venezuela, de la Libye à Haïti, du Soudan au Turkménistan, de l’Ouzbékistan à l’Afghanistan. Les deux derniers : Corée du Nord et Somalie.

La France : une médiocre vingt-cinquième place 

La France n’en est pas là. Mais la comparaison avec les pays voisins est douloureuse. Nous sommes 25°, avec la note de 7,0 sur 10, devancés par les principaux pays occidentaux. Nous sommes théoriquement en état de droit, mais bien des droits, à commencer par celui de propriété, sont foulés aux pieds ; nous sommes théoriquement une économie de marché, mais nous sommes champions des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques.    

La corruption « affecte la classe politique » française.

Comme le précise le communiqué de Transparency, « le procès des emplois fictifs de la ville de Paris, mettant en cause l’ancien Président de la République Jacques Chirac, les conflits d’intérêts dans la vie publique, notamment mis en lumière par le scandale du médiator, l’affaire Guérini ou encore les développements de l’affaire Karachi ont très probablement contribué à ce que les observateurs internationaux continuent à avoir une image dégradée de l’administration et de la classe politique française ». Une mise à jour du communiqué aurait fait référence à la fédération du PS du Pas de Calais, aux comités d’entreprise de la RATP et autres, et à la mise en examen de Monsieur Donnedieu de Vabres…

Cette corruption ébranle-t-elle l’opinion publique? Le journal Les Échos le croit : « 2011 a été un élan irrésistible pour plus de transparence […] la corruption est de plus en plus stigmatisée ». Encore faudrait-il savoir de quelle corruption il s’agit. Il y a eu de grandes campagnes contre « les paradis fiscaux », alors que l’évasion fiscale, voire la fraude, sont aussi les conséquences directes de la spoliation de l’État. Excuse non, explication oui. Mais le fond du problème est que la façon efficace de réduire la corruption est de réduire les occasions de corruption en diminuant la place de l’État et en développant les institutions de la liberté. Il faut séparer la politique et l’économie, comme on a séparé la religion de la politique. Moins d’État, c’est moins de tentation de corruption.

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