Québec: Le mandat de la hache

Drapeau Québec (CC, abdallahh)

Peu importe le gouvernement, au Canada comme ailleurs, les gouvernements élus vont devoir faire le ménage dans la dépense publique.

Peu importe le gouvernement, au Canada comme ailleurs, les gouvernements élus vont devoir faire le ménage dans la dépense publique.

Un article de David Descôteaux

Les militants adéquistes (NdR : Action Démocratique du Québec) les plus à droite déchirent leurs chemises en ce moment. Pour plusieurs d’entre eux, le mariage de l’ADQ avec le parti de François Legault (NdR: Coalition pour l’avenir du Québec) est une insulte. La fin d’un beau rêve.

Pourtant, si j’étais à la place des militants adéquistes je me réjouirais.

On dit que les positions de François Legault sur la santé ou l’économie sont contraires aux valeurs de l’ADQ, qui est plus à droite. Et puis? Depuis quand l’idéologie, les valeurs ou les étiquettes de gauche ou droite importent-elles? Quand un gouvernement arrive au pouvoir, tout ça fout le camp. Vous le savez aussi bien que moi.

Un ménage forcé

Disons que des élections se déroulent en 2013. Je suis convaincu qu’à un moment pendant ce mandat de 4 ans (2013-2017), probablement vers la fin, la réalité économique va frapper. Le mandat du gouvernement en place va devenir un mandat de compressions, de dégraissage de l’État, de rigueur budgétaire. Peu importe son nom — CAQ, PQ ou même les libéraux —, il devra faire le ménage. Pas par idéologie. Ce seront nos contraintes budgétaires, les agences de crédit, les créanciers qui imposeront ce ménage. Comme en ce moment dans plusieurs pays d’Europe. Je peux me tromper, mais le prochain gouvernement sera, par défaut, un gouvernement de droite. Qu’il le veuille ou non.

Pensez-y. Les attentes dans les urgences auront l’air de quoi dans 5 ans, alors qu’une horde de baby-boomers s’apprêtent à les engorger davantage? Les gens couchent déjà sur le plancher. Vous pensez qu’on pourra se passer encore longtemps de l’apport du privé? Le budget et la dette auront l’air de quoi dans 5 ans? Au rythme actuel, la dette aura augmenté de 60 milliards — le quart du total d’aujourd’hui! Vous pensez que nos créditeurs vont tolérer qu’on continue à dépenser sans compter? Que les taux d’intérêt sur notre dette n’auront toujours pas monté? Vous pensez qu’on peut attendre encore six ans avant d’affronter les syndicats pour réformer les régimes de retraite publics insoutenables? On peut déblatérer sur les positions de François Legault. Mais ce qu’il dit aujourd’hui compte pour moins que l’on pense.

Ironie ultime

Si vous êtes adéquiste, si pour vous c’est important de réduire la taille de l’État, de le concentrer sur ses missions essentielles et de mettre fin au gaspillage, pourquoi pleurer? Vos meilleures années sont devant vous! Si vous voulez participer aux réformes dont vous discutez dans votre sous-sol depuis des années, c’est maintenant que le train passe. En joignant François Legault, les adéquistes auront — ironiquement — une chance historique d’être au pouvoir quand ces réformes vont se faire.

Avec la mort de l’ADQ, il n’y a plus de parti de droite au Québec. Horreur! Mais depuis quand ces étiquettes importent-elles? Quand un gouvernement arrive au pouvoir, qu’il soit libéral ou péquiste, c’est à peu de choses près pareil depuis 50 ans. On donne des bonbons à droite et à gauche, on crée des programmes, les coûts explosent, on s’endette, on refile la facture à la prochaine génération. Lâchez-moi avec vos étiquettes, je n’y crois plus. Je crois plutôt à la tyrannie des chiffres. Et celle-ci me dit que le prochain gouvernement, inévitablement, va donner un coup de barre à droite dans les finances publiques.

C’est peut-être la fin de l’ADQ. Mais ce sera bientôt le début des réformes de droite au Québec. Ne soyez pas si triste.

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