L’astrologie des « retombées économiques »

Les « retombées économiques » d’un projet résultent en général d’un déplacement d’activité économique, et non d’une véritable création de richesse

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L’astrologie des « retombées économiques »

Publié le 5 décembre 2011
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Ce qu’on désigne comme des « retombées économiques » d’un projet résultent en général d’un déplacement d’activité économique, et non d’une véritable création de richesse. L’exemple de Radio-Canada.

Par Michel Kelly-Gagnon, depuis Montréal, Québec

Selon une étude commandée à Deloitte par Radio-Canada, la société d’État aurait généré 3,7 milliards de dollars de retombées économiques en 2010. Plus précisément, si la société d’État avait été une entreprise privée sans subvention fédérale, l’économie canadienne aurait perdu, toujours selon cette étude, 1,3 milliard de dollars.

Mais il faut savoir que ce genre d’étude est à l’économie ce que l’astrologie est à l’astronomie. À la défense de Deloitte il faut admettre que, pour une étude « de ce genre », elle est très bien faite. Le problème est, justement, qu’il s’agit d’une étude fondée sur des prémisses fondamentalement erronées, au départ.

Voyons voir. La subvention fédérale à Radio-Canada s’élève à 1,1 milliard de dollars. Mais si cette somme était restée dans les poches des contribuables, ceux-ci auraient aussi produit des « retombées économiques » en investissant et dépensant leur propre argent. Toutefois, ce genre d’étude ne prend nullement en compte cette réalité pourtant élémentaire.

Pour être juste envers Radio-Canada, elle ne fait là qu’utiliser un lieu commun, erroné, mais néanmoins largement véhiculé. En effet, à peu près n’importe qui et n’importe quoi qui grouille se vante de générer d’importantes « retombées économiques ». De l’industrie laitière à l’industrie nucléaire en passant par toutes les activités sportives et culturelles, les retombées économiques semblent omniprésentes. À en croire tous ceux qui invoquent en leur faveur un quelconque « effet multiplicateur » la taille de l’économie canadienne serait 20 ou 100 fois supérieure ce qu’elle est réellement.

Mais ces évaluations tiennent rarement la route. Ce qu’on désigne comme des « retombées économiques » d’un projet résultent en général d’un déplacement d’activité économique, et non d’une véritable création de richesse. Déshabiller Paul pour habiller Pierre profite bel et bien à l’un (Pierre, en l’espèce), mais ne crée rien au total.

Plus c’est cher, meilleur c’est?

Dans l’exemple spécifique de Radio-Canada, ses retombées économiques découlent notamment du mandat de la société d’État. L’étude de Deloitte affirme que cette entreprise d’État opérerait avec moins d’argent si sa vocation était commerciale et dépenserait donc moins dans l’économie canadienne. Cette logique laisse entendre qu’entre deux compagnies offrant les mêmes produits, c’est la moins efficace qui profite le plus à la société puisqu’elle dépense plus pour la même production. À ce compte-là, les gains de productivité auraient des effets négatifs sur l’économie canadienne!

La question se pose donc, la valeur de Radio-Canada se mesure-t-elle selon ses coûts? Cela ne serait pas faire justice au diffuseur public.

D’une part, en économie, la valeur ne se mesure pas selon les coûts, mais bien selon l’appréciation des consommateurs. Or, comme les consommateurs paient en partie pour Radio-Canada par l’entremise de leurs impôts, on ne peut savoir combien ils seraient disposés à lui verser, de façon volontaire.

D’autre part, la mission de diffuseur public n’est pas qu’économique puisqu’elle vise aussi des objectifs politiques ou sociaux, qui peuvent par ailleurs être louables, selon les points de vue. Par exemple, une diffusion francophone en Saskatchewan où le marché est restreint, ou encore la présence de nombreuses antennes régionales remplissent peut-être des objectifs souhaités par le Législateur, mais, alors, leur valeur n’est pas économique.

Alors pourquoi pas trois Sociétés Radio-Canada?

D’ailleurs, si une la subvention à Radio-Canada produit d’aussi grandes retombées économiques, alors le gouvernement n’aurait-il tout avantage à emprunter pour créer deux voire même trois diffuseurs publics? En poussant ainsi le raisonnement on voit bien que cet argument des retombées économiques ne tient tout simplement pas la route.

Soyons clair, le sens de mon propos n’est pas de nier que Radio-Canada a une certaine valeur ou encore d’en réclamer la disparition. Par exemple, j’adore écouter la belle musique folk issue du Canada anglais que diffuse la radio de CBC. Mais de là à tenter de nous faire croire que chaque dollar dépenser par les contribuables pour Radio-Canada génère trois dollars… il ne faudrait quand même pas nous prendre pour des valises!

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  • C’est comme les retombées mirifiques des services à la personne qui devaient être la fin du chômage. Il n’en est évidemment rien. Je me suis procuré un chéquier CESU. Pour m’apercevoir que les intéressés (étudiants, petits fonctionnaires, pas de chômeurs véritables) renâclaient fortement à être payés en chèque-emploi-service. Ensuite que j’étais ponctionné de charges patronales. Ensuite encore, que ces charges patronales m’étaient remboursées sous forme de déductions d’impôts.
    D’où vient l’argent et où va-t-il ?
    Je ne comprends toujours rien à ce CESU, pour moi, c’est une simple assurance si l’étudiant se coupe un orteil avec la tondeuse.
    Si le pouvoir d’achat diminue au point que plus personne ne peut s’offrir de services à la personne, l’Etat va-t-il inventer des chèques-chèques, comme les chèques-vacances ?

  • Les commentaires sont fermés.

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