Laurent Wauquiez, grand malade ou visionnaire?

« Être payé quand on est malade, ce n’est pas responsabilisant » a déclaré hier Laurent Wauquiez, propos qui ont déclenché une hystérie sur Twitter

« Être payé quand on est malade, ce n’est pas responsabilisant » a déclaré hier le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Laurent Wauquiez. Des propos qui ont déclenché une véritable hystérie sur Twitter.

Par Aurélien Véron

Laurent Wauquiez est-il suicidaire, ou bien suit-il une stratégie (très) audacieuse ? Ce jeune loup de la politique s’était déjà démarqué du discours bisounours habituel du monde politique en dénonçant le « cancer de l’assistanat ». La formule n’était pas heureuse, elle avait néanmoins eu le mérite de rouvrir ce débat qu’on cherche tant à ignorer à droite comme à gauche. Autrement formulée, la politique d’aide sociale tue les défenses immunitaires des plus fragiles face aux difficultés de la vie. Le débat introduit par cette provocation n’était pas si stérile que ça. C’est même l’une des causes essentielles du délitement de notre société de défiance et du déclin de notre modèle social.

Hier, ce même Wauquiez a déclaré sur ce ton faussement candide qui fait sa marque de fabrique : « être payé quand on est malade, ce n’est pas responsabilisant ». La formule a déclenché une véritable hystérie sur Twitter. Là encore, Wauquiez a le courage de toucher à un tabou. La mesure concerne les courts arrêts maladie, rhume, grippe ou torticolis. Beaucoup de salariés, dans le public comme dans le privé, se demandent pourquoi aller au bureau lorsqu’on se sent un peu faiblard et « qu’on y a droit ». L’ennui, c’est que ces arrêts courts coûtent cher (une partie des 9 milliards d’euros annuels que représentent les arrêts maladie) non pas à Laurent Wauquiez, mais à l’ensemble des actifs qui cotisent cher pour leur assurance maladie. Très cher, même. Un salarié est obligé de verser 25 % (en plus) de son salaire net en assurance maladie, à laquelle il ajoute, lorsqu’il le peut, une mutuelle (surtaxée) pour, au final, bénéficier d’une couverture médiocre et d’un accès aux soins qui se dégrade. La piste consistant à distinguer les petits soins des thérapies lourdes constitue l’une des principales voies de réformes de la santé partout dans le monde. Sa proposition n’est donc pas absurde, loin de là. C’est même l’avenir d’une sécu moderne.

Petit à petit, chacun devrait être amené à garder à sa charge les soins légers et les arrêts maladie courts, quitte à cotiser à une mutuelle pour cette couverture optionnelle. C’est ce genre d’évolutions qui évite, comme l’a très bien dit Wauquiez, que « Du coup, on a un peu l’impression que la sécurité sociale est quelque chose sur lequel on peut tirer sans qu’il y ait un impact ». Quant à l’assurance obligatoire pour tous, elle ne garde alors à sa charge que les problèmes lourds et coûteux : urgences, hospitalisations, thérapies lourdes, etc. Bref, la formule n’est pas un exemple de marketing réussi malgré les efforts de communication du gouvernement, elle ne pouvait que s’attirer les foudres des meutes à la pensée planquée dans le slip. Ce n’est pas très grave, l’idée restera.

Le gouvernement n’a hélas pas profité du scandale pour régler une bonne fois pour toutes une injustice flagrante : aligner le nombre de jours de carence (non pris en charge par la sécu) du secteur public sur celui du secteur privé. Si les fonctionnaires du secteur public vont enfin pouvoir découvrir ce principe du jour de carence, ce sera à l’unité tandis que les salariés du secteur privé en auront 4. La convergence nécessaire des statuts du secteur privé et public passe pourtant par ce type de mesures d’équité. Dommage.

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