Les islamistes sont-ils de meilleurs interlocuteurs en économie?

Les islamistes sont économiquement libéraux, même si beaucoup d’Occidentaux en doutent

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Les islamistes sont-ils de meilleurs interlocuteurs en économie?

Publié le 13 novembre 2011
- A +

Les islamistes sont économiquement libéraux, même si beaucoup d’Occidentaux en doutent. L’économiste péruvien Hernando de Soto vient de publier, dans le Financial Times, un article (The free market secret of the Arab revolution) qui rejoint le point de vue développé ci-dessous.

Par Yves Montenay
Un article publié en collaboration avec l’Institut Turgot.

Les islamistes sont économiquement libéraux, même si beaucoup d’Occidentaux en doutent (du fait de l’image qu’ils ont de l’islam et de l’échec économique des pays arabes). Du point de vue des relations économiques avec la France, ce sont a priori des progrès qu’il faut escompter, surtout dans le cas de la Tunisie.

Dans un précédent article, j’avais signalé comment nous avions largement alimenté l’implantation des islamistes, qui se définissent donc largement comme opposés à l’Occident. Mais, à mon avis, ça ne devrait pas jouer dans le domaine économique.

Pour commencer, les islamistes se veulent économiquement libéraux, « car le Prophète était commerçant ». Mais les Occidentaux sont sceptiques pour deux raisons :

— Certains estiment que les textes de base (le Coran et les Hadiths) interdisent toute initiative, telle la recherche de l’innovation (ce qui est illustré par la réflexion souvent entendue : « l’islam signifie soumission à Dieu, attitude qui mène au fatalisme et non à l’économie moderne »).

— Les États musulmans sont sous-développés.

Les exégètes musulmans s’intéressant aux questions économiques soutiennent au contraire que les textes se prêtent à l’entrepreneuriat et au capitalisme moderne par leur insistance sur le caractère fondamental de la propriété privée, et en donnant une connotation religieuse positive à la réussite économique et sociale, un peu de manière analogue au calvinisme.

Je ne vais pas entrer dans ce débat théologique, développé et argumenté dans deux articles récents [1], car, comme il est également dit dans ces deux articles, les hommes ne sont pas déterminés par les textes, mais au contraire y trouvent une justification à des actions totalement opposées, d’une personne à l’autre.

C’est ainsi que la Bible et les Évangiles ont généré aussi bien l’interdiction du prêt à intérêt (comme dans l’islam), que Savonarole, Saint-François-d’Assise ou les entrepreneurs puritains et les banquiers protestants. Bref, les textes ne préjugent en rien de l’attitude concrète. Même la « finance islamique » offre des solutions aux problèmes qu’elle pose apparemment, et qui ressemblent d’ailleurs à celles qu’on avait trouvées jadis en Occident, telle la commandite.

Le fait que les États musulmans soient sous-développés paraît à première vue plus pertinent. Mais l’examen montre que c’est le despotisme plus que la religion qui en est la cause, notamment du fait de la prédation et de l’insécurité pour les entrepreneurs qui peuvent se voir retirer leur œuvre à tout moment et sans justification.

C’était le cas dans l’Empire ottoman, le plus moderne des États musulmans pendant quelques siècles ; c’était encore assez souvent le cas dans la Tunisie de Ben Ali. Et dans beaucoup de pays s’y est ajoutée une période socialiste qui n’a rien arrangé !

Mais cela ne vient pas de l’islam puisque le développement de nombreux États non musulmans a été paralysé pour les mêmes raisons. Pensons aux États catholiques ou protestants d’Afrique ; et c’était analogue il y a peu en Asie orientale et en Amérique latine.

Bref, ce qui va importer pour les relations économiques avec l’Occident, ce sera de sortir du despotisme et de l’arbitraire, et que les interlocuteurs soient ouverts au libéralisme économique et notamment au respect de la propriété privée. Cela devrait être le cas, quels que soient par ailleurs les inconvénients pour les peuples des pays concernés si les islamistes ne respectaient pas leurs engagements de respect de la démocratie et de tolérance de toutes les opinions.

Si j’étais Tunisien, c’est la visée des islamistes sur le ministère de l’Éducation nationale qui m’inquiéterait, et non leurs idées économiques. Sur ce plan, l’intensité des liens personnels, commerciaux, financiers, linguistiques et intellectuels entre la France et la Tunisie ne peut que trouver de nouvelles applications au bénéfice de tous dans le cadre du nouveau gouvernement.

—-
Sur le web

Note :
[1] Dialogue sur Islam et Liberté, Le Coran et les musulmans, quelle lecture retenir ?

L’original de cet article a été publié sur le site le Cercle Les Échos en date du 27 octobre 2011.

Voir les commentaires (15)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (15)
  • N’im-por-te quoi. Rien sur l’interdiction du prêt à intérêt, l’éléphant dans le salon, sinon une allusion au… christianisme ?

    Faudrait arrêter de fumer du politique correct, ça abîme le cerveau.

  • Il faut lire la réponse faite à cet article par Fucius sur le site de l’institut Turgot…

  • L’interdiction du prêt à intérêt est facilement contournée par un achat suivi de revente à prix majoré, ou bien par un crédit-bail ou une location avec promesse de vente, etc.

  • C’est vraiment n’importe quoi.

    Le libéralisme n’est pas qu’économique. C’est une philosophie, c’est un mode de vie basée sur la LIBERTÉ : sa propre liberté mais aussi celle des autres.

    Or quand un gouvernement dit vouloir s’appuyer sur les textes de l’islam pour diriger un pays il y aura forcément atteinte aux libertés individuelles. Le libéralisme c’est l’État à sa place, et non pas dans mon lit ou sur ma table ou dans mon cerveau.

    Fragmenter le « libéralisme » en libéralisme économique, politique, social et je ne sais quoi encore est d’une stupidité crasse ou alors il y a volonté de manipulation.

    Que vaudrait un « libéralisme » économique si dans le même temps je risque la mort parce que je veux apostasier ? Si je risque la lapidation si j’ai pratiqué l’adultère ? Si mon témoignage (en tant que femme) devant le juge ne vaut que la moitié de celui d’un homme ? Si on peut me marier à 9ans et m’utiliser comme esclave sexuelle (toujours si je suis une femme) ? Si je risque la mort dans le cas où je suis homosexuel ? Si je ne peux pas divorcer mais si on peut me répudier ? Si je n’hérite pas de mes parents à égalité avec mon frère ? Ce ne serait pas du « libéralisme ». Point.

    Tout cela n’a aucun sens. Le libéralisme est un TOUT. On ne peut pas en extraire quelques principes pour servir une idéologie contraire.

    Je n’aime pas du tout ce texte. Mais alors pas du tout!

    • Michèle: « Le libéralisme n’est pas qu’économique. C’est une philosophie, c’est un mode de vie basée sur la LIBERTÉ : sa propre liberté mais aussi celle des autres.  »

      Oui, mais vous n’avez pas encore compris ? Certains, comme visiblement l’auteur de cet article, veulent vous faire rentrer à tout prix dans le crâne que les islamistes, leur modèle, leur fonctionnement, c’est bien.
      Peut-être qu’à force de telles publications et de matraquage, des gens vont finir par y croire.. vous savez comment sont les gens, ils croient ce qu’on leur dit le plus.

  • je voudrais apporter une nuance sur la présentation du libéralisme comme l’application d’un régime de liberté et de responsabilité dans tous les domaines : philosophique, politique, économique. C’est vrai, c’est un objectif souhaitable vers lequel il faut tendre, mais nous devons bien constater que dans nos sociétés occidentales, nous jouissons d’une grande liberté dans le domaine du libéralisme philosophique et sociétal (liberté d’expression, de culte, de moeurs) mais que la liberté économique est franchement malmenée par l’étatisme.

    Cela n’a donc rien d’absurde d’imaginer une société où régnerait à l’inverse une législation restreignant fortement le libéralisme sociétal tout en garantissant mieux la liberté économique.

  • Les islamistes peuvent être comme les conservateurs, c’est-à-dire accepter du point de vue économique certains principe libéraux, comme en Turquie. Cependant, l’exemple turc de l’Anatolie, où l’économie se développe, mais qui connaît des crimes d’honneur, peut susciter des inquiétudes. Quant à l’Iran, l’islamisme n’y a rien de libéral en économie.

  • « Pour commencer, les islamistes se veulent économiquement libéraux, « car le Prophète était commerçant « ah oui?tiens comme moi.et qu’est ce qu’il vendait le prophète?mercerie,cuisine équipées,pièces détachées?????merci a tous ceux qui l’ont bien connu de nous donner des précisions

  • Si, votre raisonnement est absurde, Albert le vert…

    Ce n’est pas parce-que notre société n’est pas libérale (pas de liberté sans liberté économique) qu’une société qui vivrait sous le régime de la charia avec une liberté économique totale pourrait être appelée « libérale ».

    Ensuite inutile « d’imaginer » ces sociétés existent déjà… (voir l’article que vous nous avez conseillé de lire).

    Enfin cette « liberté » n’est de toute façon pas « totale » puisque les intérêts sont interdits, vous allez me dire pas grave puisque qu’ils sont contournés (donc mensonge) , qu’il est interdit par exemple d’investir dans l’alcool, tabac ou jeux d’argent (dans votre article), ou instruments de musique, ou croix… (c’est la morale islamique), que dans les banques les dépôts à vue ne sont pas rémunérés (pas bien) mais peuvent recevoir des primes…

    Donc rien de moral (mensonge, hypocrisie, stratagème) par conséquent rien de libéral.

  • Article très clair qui explique clairement leurs succès économique et sociaux depuis un demi siècle.

  • Sharia —> Délit d’usure = Taux d’intérêt. Économie Libérale? Mouaii c’est ça….. Plutôt Économie de Moyen Âge….

  • franchement pas convainquant l’article.

    et un peu auto contradictoire puisque comem il le dit lui même: » deux articles, les hommes ne sont pas déterminés par les textes, mais au contraire y trouvent une justification à des actions totalement opposées, d’une personne à l’autre. »

  • Article interessant, commentaires consternants :
    Le Coran est un texte liberal :
    Chaque individu est proprietaire et responsable de lui meme …
    Personne n’a de droit sur quiconque …
    Le fruit du travail de chacun est inalienable…
    Le texte est LIMPIDE pour qui s’est donne la peine de le lire.
    Comme dans les Evangiles, aucune sorte de gouvernement n’y est esquisse. car il place (de maniere repetitive, c’est meme le theme principal du Livre) l’Individu en position de souverainete absolue.

    tout le reste n’a rien a voir avec le Coran, pele mele
    La pretendue vie de Mohamed a la sauce ragots de comptoirs
    les dictatures militaitres ou socialistes sponsorisees par les Etats Unis, la France (estampillees islamistes ou nationalistes), Les interpretations imbeciles de quelques paysans analphabetes (bourka, charia, terrorisme, crimes d’honneurs, marriages forces et j’en passe…).

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Michael Miller[1. Michael Matheson Miller est chercheur et directeur des médias à l'Acton Institute. Ses films comprennent Poverty Cure, The Good Society, et Poverty, Inc., qui a reçu de nombreux prix cinématographiques.].

L’entrepreneuriat suscite un grand enthousiasme de nos jours. Il existe des entrepreneurs sociaux, intellectuels, éducatifs, et même des « intrapreneurs » (des entrepreneurs au sein de leurs propres entreprises).

Des entrepreneurs tels que Steve Jobs et Bill Gates ont été érigés en citoyens modèles. Des ma... Poursuivre la lecture

liberté
9
Sauvegarder cet article

Il est communément dit qu’en France, le libéralisme n’aurait aucun ancrage populaire, aucune existence politique, aucun passé et donc par voie de conséquence, aucun avenir.

On est en droit de se poser la question de savoir si c'est une réalité ou un mythe savamment entretenu à la fois par les libéraux désespérés du niveau de collectivisme du pays et par les collectivistes habitués à prendre leurs vues pour des réalités.

Si cela était vrai, pourquoi entendons-nous parler tout le temps de libéralisme ?

Certes, c’est princip... Poursuivre la lecture

Première partie de cette série ici.

Seconde partie de cette série ici.  

Troisième partie de cette série ici.

Quatrième partie de cette série ici.

 

Un grand penseur et un grand passeur

Au total, les options politiques et les valeurs qu’il défend font de lui un libéral, mais un libéral d’une espèce un peu curieuse puisqu’on a pu dire de lui qu’il a passé sa vie à aller à gauche en tena... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles