Les moulins à vent de Lord Kelvin

Le malthusianisme est tout sauf une idée neuve

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Les moulins à vent de Lord Kelvin

Publié le 8 novembre 2011
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Le malthusianisme est tout sauf une idée neuve, et il est toujours délicieux de relire aujourd’hui les prédictions désastreuses que les prédécesseurs des tenants du pic pétrolier ou de la fin des ressources faisaient alors.

Un article de Georges Kaplan

Dans un article publié dans la revue North American de Philadelphie, Lord Kelvin, mathématicien et physicien de l’université de Glasgow, constate que notre consommation d’énergies fossiles épuise rapidement les ressources disponibles et estime que notre meilleure solution de rechange réside dans une combinaison d’énergie éolienne, de biocarburants et d’hydroélectricité. L’éminent scientifique imagine ainsi un monde où les transports maritimes seraient assurés à la voile, où chaque bâtiment disposerait de son propre « moulin à vent » et où ceux d’entre nous qui vivent à la campagne pourraient cultiver leur propre énergie de manière parfaitement autonome.

Rien de très original me direz-vous : c’est un discours tout à fait commun de nos jours. C’est juste, mais ce que l’article de Lord Kelvin a d’original ne n’est pas tant son propos mais sa date de publication – le 18 mai 1902 [1]. Oui, vous avez bien lu. William Thomson, 1er Baron Kelvin, nous a malheureusement quittés en décembre 1907, le North American a cessé de publier en 1925 et l’énergie fossile dont il est question dans cet article n’est pas le pétrole comme vous l’avez sans doute cru, mais bel et bien ce bon vieux charbon.

L’économie, en tant que phénomène social, est une réponse des hommes à la rareté. Si nous vivions dans un jardin d’Eden où tout est disponible à profusion, la production, l’échange, les prix et toutes les notions qui donnent corps à ce que nous appelons l’économie n’auraient pas lieu d’être. Nous n’aurions qu’à nous servir, qu’à ramasser la manne céleste tombée du ciel du Sinaï.

Mais ce n’est pas le genre de monde dans lequel nous vivons et c’est pour cette raison que l’économie existe. Une règle fondamentale de l’économie dit que quand un produit recherché se fait rare, son prix monte. C’est le phénomène que constatait Lord Kelvin en 1902 en ce qui concerne le charbon et c’est ce même phénomène auquel nous assistons aujourd’hui en ce qui a trait au pétrole. Cette hausse des prix a deux conséquences remarquables.

Au moment où Lord Kelvin observe la hausse des cours provoquée par la raréfaction relative du charbon, il se contente d’extrapoler un rythme de consommation passé et de le comparer aux réserves exploitables de charbon pour en conclure que cette ressource sera bientôt épuisée. Mathématiquement, physiquement, le raisonnement du scientifique britannique est inattaquable.

Du point de vue d’un économiste cependant, c’est une erreur, parce que l’économiste sait que lorsque les prix montent, la quantité demandée baisse. Quand les prix du charbon, du pétrole ou de toute autre matière première rare augmentent, ceux qui l’utilisent reçoivent deux incitations : réduire leur consommation en développant des technologies qui consomment moins ou développer l’utilisation d’une ressource alternative moins onéreuse.

Deuxième conséquence de la hausse des prix : la quantité offerte diminue moins que prévue ou peut même augmenter si la demande change Plus le prix d’une ressource rare est élevé, plus son exploitation devient en effet un projet économique profitable. Les gisements marginaux qui étaient considérés trop onéreux ou trop difficiles à exploiter deviennent rentables ; c’est pour cette raison qu’on voit rouvrir certaine vieilles mines d’or californiennes ou que l’on exploite désormais les fameux sables bitumineux canadiens.

Le développement de ressources alternatives devient également un projet économiquement attrayant ; c’est précisément pour cette raison qu’au moment même où lorsque Lord Kelvin constatait que le charbon devenait plus onéreux, certains de ses compatriotes investissaient des fortunes dans les champs pétrolifères de Bakou et quelques entrepreneurs texans fondaient la futur Texaco.

Lorsque Lord Kelvin publie son article, on estime la production mondiale de charbon à environ 791 millions de tonnes par an. En 2010, selon la World Coal Association, la production mondiale de charbon (houille et lignite) atteignait 7 229 millions de tonnes. La raréfaction relative du charbon et l’industrialisation d’un nombre croissant de pays ont provoqué une hausse des cours qui a été le facteur déclencheur d’une réorganisation spontanée de toute l’économie mondiale : on a développé des moteurs plus économes, des énergies alternatives (le pétrole, le nucléaire…) et on a découvert de nouveaux gisements de charbon qu’on ne soupçonnait même pas au début du XXe siècle.

On pourrait multiplier des exemples analogues à l’infini. Parier sur une fin de la croissance liée à une raréfaction des ressources, c’est parier contre l’ingéniosité des hommes et l’expérience prouve que c’est un pari extrêmement risqué. Un jour peut être, Lord Kelvin aura finalement raison et nous exploiterons massivement le vent comme source d’énergie, mais c’est le marché qui en aura décidé ainsi, pas les politiciens ni les prophètes de l’apocalypse.


[1] Vous trouverez le texte de Lord Kelvin ici

 

 

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  • De là à dire qu’en économie, Kelvin était un zéro absolu… OK, je sors

  • « Une règle fondamentale de l’économie dit que quand un produit recherché se fait rare, son prix monte. C’est le phénomène que constatait Lord Kelvin en 1902 en ce qui concerne le charbon et c’est ce même phénomène auquel nous assistons aujourd’hui en ce qui a trait au pétrole. »
    —————————
    Pour une nième fois, l’idée que le pétrole se raréfie est complètement, parfaitement, entièrement ARCHI-FAUSSE. Le pétrole n’a jamais été aussi abondant, il suffit de constater ses réserves prouvées qui augmentent chaque année et les évaluations des réserves sont constamment révisées à la hausse, pour la simple et bonne raison que tous les bassins dont on a les données d’exploitation, je dis bien TOUS, sans exception, ont été jusqu’à présent sous-évalués. Il suffit par exemple de prendre Ghawar, si on devait se fier aux évaluations de réserves faites dans les années 70, 80, il ne devrait plus y avoir une seule goutte de pétrole maintenant !

    Le prix du pétrole actuel ne peut en aucun cas être attribué à la rareté vu qu’il dépend de foules de facteurs qui n’ont rien à voir avec l’économie de marché ou la géologie : constitution de cartel, géopolitique, taxations, réglementations, monopoles (80% du pétrole est produit par des compagnies nationales)… Une illustration de cet état de fait, même la notion de réserves prouvées dépend de la… réglementation, il suffit par ex. que l’Argentine ait les mêmes réglementations en matière de propriété, d’exploration et d’exploitation que les USA pour que ses réserves prouvées de pétrole passent de quasiment zéro à des dizaines milliards de barils.

    Celui qui prétend qu’il sait expliquer le prix du pétrole et son évolution est soit un ignorant, soit un menteur.

    • La notion de réserves prouvées est avant tout boursière, règlementée par la SEC, comme Shell en a fait la douloureuse expérience quand il a du corriger les siennes. Les producteurs quotés en bourse doivent donner ce chiffre accompagné du prix du pétrole qu’ils voient à long terme (en général beaucoup plus bas que le marché, dans ces rapports, comprenez moi bien) et de leur objectif de retour sur le capital employé. Les trois forment un triangle. Une chose que je ne saisis pas tout à fait, c’est si ces sociétés sont libres de donner le cours qu’elles veulent pour ce calcul. Quoi qu’il en soit, le but est de ne pas léser les actionnaires et investisseurs, raison pour laquelle le cours utilisé est bas.

      Pour redire la même chose différemment : la réserves prouvées n’ont rien à voir avec la geologie ou avec les quantités présentes dans le sous-sol. Mais c’est aussi un peu ce qui est dit dans l’article.

      Quant à la rareté, on peut revenir aux déclarations régulières des CEOs d’ExxonMobil, disant en substance, nous sommes un des plus gros acheteurs de brut (XOM raffine beaucoup plus que sa production de brut) et il ne nous est jamais arrivé, à aucun moment, de ne pas trouver sur le marché une cargaison dont nous avions besoin. Ergo, on nous dit que les prix montent parce que les flux sont très tendus, mais nous, nous ne le constatons aucunement.

      • les producteurs cotés en bourse, bien sûr…

        • Excellente remarque puisque les autres détiennent l’immense majorité des réserves, et qu’il s’agit de charmants Etats comme l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Irak, la Russie, le Vénézuela. Et eux, comme chiffres, ils donnent ce que bon leur semble.

    • « Celui qui prétend qu’il sait expliquer le prix du pétrole et son évolution est soit un ignorant, soit un menteur. »

      En fait, il faut raisonner dans l’autre sens : LE bien économique fondamental du monde moderne c’est l’énergie, et le pétrole en est le principal indicateur (comme le boisseau de froment, la tête de bétail ou le koku de riz en d’autres lieux/époques). Vouloir expliquer le prix du pétrole et son évolution n’a donc pas plus de sens que de vouloir expliquer le prix de l’or à l’époque où l’or était la monnaie légale… Le pétrole n’a pas de prix, c’est l’étalon de mesure de tous les prix. Il ne monte pas ni ne descend : ce sont les autres biens qui descendent ou montent.

      C’est ce qui rend aussi oiseux tous les débats monétaires : euro, franc ou dollar, de toute façon la seule chose qui compte c’est : baril de pétrole (combien de baril de pétrole vous coute un ouvrier, etc.)

      • « Le pétrole n’a pas de prix, c’est l’étalon de mesure de tous les prix. »
        ——————–
        Bah si, le pétrole a un prix !
        Le pétrole compte moins de 3% du PIB mondial, dire que c’est l’étalon de tous les prix, c’est comme dire que la queue remue le chien.
        Le pétrole n’a pas plus de raison d’être « l’étalon » que le silicium, l’acier ou l’or. Décréter que c’est « l’étalon », c’est sortir une loi économique du chapeau.

  • Au sujet du pic pétrolier et du mécanisme des coûts, je recommande ce cours : http://dai.ly/9aTttE notamment le second cours sur le pétrole.

    Avec une approche économique réaliste loin des aboiement socialoïdes de la plupart des écolos, il explique en détail :
    – l’ampleur de ce que notre économie et nos conditions de vie moderne doivent à l’énergie fossile ;
    – le fonctionnement des évaluations de réserve, notamment la différence entre les notions de ressources prouvées et de ressources ultimes, ainsi que les conditions d’évolution dans le temps de chacune ;
    – que bien que les ressources prouvées continuent d’augmenter, la chute du rythme des découvertes préfigure l’épuisement des réserves ultimes ;
    – que les évaluations des réserves ultimes publiées indépendamment par des chercheurs sont stables dans le temps (ordres de grandeurs analogues) ;
    – que malgré la baisse constante des réserves ultimes, le prix réel du carburant fossile a toujours été soit relativement stable, soit en baisse.
    – il en conclue que le mécanisme des prix ne joue pas son rôle pour le pétrole, et que la combinaison des échelles de temps nous séparant même des scénarios les plus optimistes sur le pic pétrolier et de celles sur lesquelles se jouent les investissements en infrastructure énergétique ne laissent pas présager une transition en douceur même s’il opérait un rattrapage après-demain.

    Bien qu’on ait de bonnes raisons de ne pas prendre complètement au sérieux l’hypothèse RCA, les questions du pic pétrolier et de la transition énergétique restent des sujets sérieux pour tout réaliste attaché à la prospérité humaine.

    • Pas faux mais qui surestime grandement le rôle du pétrole : le temps du pétrole n’aura été qu’une relativement courte parenthèse, avant on pensait « charbon », demain on pensera « charbon + gaz », et après-demain on pensera « kWh solaire » (mais c’est pour 2050 voire 2100, pas pour aujourd’hui, et vouloir aller plus vite que la musique n’est qu’une connerie)

  • « Au sujet du pic pétrolier et du mécanisme des coûts, je recommande ce cours : http://dai.ly/9aTttE notamment le second cours sur le pétrole. »
    ————————
    Jancovici est un parasite de la société, c’est l’archétype de l’idiot utile qui n’a jamais produit aucune richesse, n’a aucune expérience professionnelle concrète, n’a jamais mis les pieds sur un seul champ de pétrole et dont le fond de commerce est le catastrophisme, du peak-oil et du réchauffement climatique. Sa rhétorique est caractéristique d’un propagandiste étatiste : ne citer que ce qui l’arrange, distiller quelques parcelles de vérités dans un tas de bobards et de prédictions à 2 balles, utiliser l’argument d’autorité en faisant passer de la pseudo-science pour de la science et prétendre que la planification réglera des non-problèmes.

    Exemple de manipulation janconviciesque : « les évaluations de réserves ultimes sont stables dans le temps ». Cette affirmation est essentielle au concept de peak-oil catastrophique (le peak-oil lui-même étant un truisme !) or elle est archi-fausse, cf par ex. ces graphiques de l’URR (ultime recoverable reserves) : http://www.trendlines.ca/free/peakoil/URR-EUR/urr.htm
    Le fait qu’en moyenne, les diverses et nombreuses sources montrent une hausse régulière de l’URR de 2%, l' »expert » Janco ne peut pas l’ignorer (quoi que, c’est un tel clown que ce n’est pas à exclure). Mais il choisit de mentir sans vergogne en disant le contraire, parce que sinon, toute sa fable s’écroule comme un château de cartes.
    Bref, ce qu’il peut raconter n’est que FUD, poubelle.
    Falsus in uno, falsus in omnibus.

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