« Nous sommes les 99% »

En focalisant leur haine sur « les riches », les indignés manquent leur cible

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« Nous sommes les 99% »

Publié le 30 octobre 2011
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Les « indignés » sentent avec raison que quelque chose cloche dans le système économique. Mais en focalisant leur haine sur « les riches », ils manquent la cible.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec

Dans un billet précédent, j’exprimais mes sympathies pour le mouvement Occupons Wall Street (et indirectement, Occupons Montréal). Du moment, bien sûr, que la colère des manifestants se braque sur tous les responsables de la crise économique — incluant politiciens et gouvernements.

Mais une chose m’agace. Ce fameux slogan : « Nous sommes les 99 % ». En opposition au 1 %, qui représenterait les ultra-riches. On l’aperçoit sur des pancartes de manifestants. Je comprends l’image, mais certains donnent l’impression d’accuser les riches de ne pas contribuer assez. Peut-être qu’un tel discours se justifie sur Wall Street, à New York. Mais ici, au Québec, les « 1 % » sont-ils responsables de nos problèmes?

« Ils sont le 3,9 % »

Difficile de savoir combien d’impôts paye ce « 1 % ». Mais un document du ministère des Finances, intitulé Statistiques fiscales des particuliers, nous donne une bonne idée. On y découvre que pour l’année 2008, 3,9 % des contribuables les plus riches (ceux qui gagnent 100 000 $ et plus) ont payé à eux seuls 32,1 % de tous les impôts des particuliers. Presque le tiers!

En d’autres mots, « le 3,9 % » paye le tiers des impôts des particuliers qui servent à financer le système de santé. « Le 3,9 % » paye à lui seul le tiers de ces impôts qui servent aux garderies à 7 $, au programme d’assurance parentale, aux écoles. Le tiers qui sert à construire des routes, à payer les chèques de bien-être social, les subventions aux artistes, aux agriculteurs. Le tiers pour les privilèges fiscaux des centrales syndicales, de la douche à 80 000 $ pour les employés de la SAAQ… Et j’en passe.

Mais certains manifestants réunis au Square Victoria — appelons-les « le 96,1 % » — trouvent que c’est insuffisant. Pas tous, bien sûr. Mais plusieurs semblent accuser « le 3,9 % » de tous les torts. (Rappelons que parmi ce 96,1 %, près de la moitié ne paye aucun impôt, selon le même document du ministère des Finances.)

Dans une vidéo qui circule sur Internet, une participante au rassemblement de Montréal affirme : « on serait capable de bâtir une société sans eux ». En pointant son doigt vers le haut. Je ne sais pas si par « eux », elle veut dire « le 3,9 % ». Ou « le 1 % ». Ou n’importe quel groupe entre les deux. Si oui, j’espère que cette dame aime les gouvernements tout petits, qui offrent peu de service. Car le budget d’une telle société serait grandement amputé.

Rater la cible

Je le répète : les sauvetages de banques me puent au nez. Tout comme ce détournement de fonds auquel on assiste, impuissants, depuis trois ans. Où les politiciens fouillent dans les poches des citoyens pour verser l’argent aux banques et à leurs actionnaires — qui en profitent pour se verser des bonis indécents. J’éprouve un profond mépris envers les élus qui cautionnent ces actes. Je le dis depuis deux ans : laissons les cowboys faire faillite. D’autres entrepreneurs prendront le relais.

Et oui, les écarts de richesse grandissants inquiètent. Mais peut-être qu’ils diminueraient un peu si les politiciens arrêtaient de sauver les banques avec notre argent.

Des milliers de mes concitoyens sentent, avec raison, que quelque chose cloche dans notre système économique. Système infesté par le copinage, les groupes d’intérêt et les politiciens corrompus. Et leurs revendications vont au-delà du simple clivage entre riches et pauvres. Mais lorsqu’on concentre l’attention — et une certaine haine — sur « les riches », surtout au Québec, on manque la cible. Et on enlève de la crédibilité au mouvement.

Je m’appelle David, et je fais partie du 96,1 %. Mais je demeure convaincu qu’au rythme où nos politiciens dilapident nos fonds publics, ce dont le Québec a besoin, c’est de plus de riches. Pas moins.

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  • En voilà un qui est stupide – il accepte que les 1 p. 100 décident de tout à sa place, ou alors pauvre petit : il rêve encore de faire un jour partie des 1 p. cent.

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