L’UE libre-échangiste… est une économie fermée

L’UE n’est pas aussi commerçante qu’il y parait

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L’UE libre-échangiste… est une économie fermée

Publié le 22 octobre 2011
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On nous répète que l’Union Européenne est une zone de forts échanges commerciaux, mais est-ce vraiment le cas?

Par Georges Kaplan

Vraquier dans le port de Douala (CC, Jean-Marc Desfilhes)

Un moyen pratique de mesurer le degré d’ouverture d’une économie aux échanges internationaux consiste à mesure la somme de ses échanges extérieurs (importations + exportations) et de ramener le total à son PIB. Appelons cela le taux d’ouverture (O). Voici les résultats pour les 27 pays de l’Union Européenne [1] :

X M PIB O
Belgique 310.9 294.5 354.4 170.9%
Bulgarie 15.6 19.2 36.0 96.4%
R. tchèque 100.2 95.2 149.3 130.9%
Danemark 73.7 64.0 234.0 58.8%
Allemagne 957.1 804.7 2 476.8 71.1%
Estonie 8.8 9.2 14.3 125.8%
Irlande 88.1 45.3 156.0 85.5%
Grèce 16.1 47.7 227.3 28.1%
Espagne 185.3 237.1 1 062.6 39.8%
France 392.7 456.9 1 932.8 44.0%
Italie 337.6 365.0 1 548.8 45.4%
Chypre 1.1 6.4 17.3 43.1%
Lettonie 7.2 8.7 18.0 88.5%
Lituanie 15.7 17.7 27.5 121.2%
Luxembourg 14.8 18.1 40.3 81.7%
Hongrie 72.0 66.5 97.1 142.6%
Malte 1.9 3.2 6.2 82.0%
Pays-Bas 432.5 389.9 588.4 139.8%
Autriche 114.9 119.8 286.2 82.0%
Pologne 117.5 131.0 354.3 70.1%
Portugal 36.8 57.1 172.8 54.3%
Roumanie 37.3 46.8 121.9 68.9%
Slovénie 22.2 22.7 35.4 126.7%
Slovaquie 49.3 50.2 65.9 151.0%
Finlande 52.5 51.7 180.3 57.8%
Suède 119.4 112.2 346.9 66.8%
Roy-Uni 306.0 422.5 1 700.1 42.8%
UE27 3 887.2 3 963.0 12 257.5 64.0%

 

Dans ce tableau, on constate par exemple qu’en 2010, la France a exporté pour 392,7 milliards d’euros et importé pour 456,9 – soit un déficit de la balance commerciale de 64,2 milliards. Rapportée à notre PIB la somme de nos exportations et de nos importations donne donc un taux d’ouverture (O) de 44% ; c’est-à-dire que notre économie est relativement fermée par rapport à celle de nos voisins puisque nous sommes 23ème sur 27.

En sommant les exportations et les importations des 27 et en ramenant le total obtenu au PIB de l’union, on trouve un taux d’ouverture de 64%. Mais bien sûr, ce calcul est faux puisque la plupart de ces pays échangent massivement entre eux. On peut donc refaire ce calcul en ignorant les échanges intra-communautaires de la même manière que la comptabilité nationale ne tient pas compte des échanges entre les différentes régions de France ; en somme, on considère l’UE27 comme un seul et même pays. Voici les résultats :

X* M* PIB O*
Belgique 83.5 88.3 354.4 48.5%
Bulgarie 6.1 7.9 36.0 38.9%
R. tchèque 16.0 24.0 149.3 26.8%
Danemark 25.1 18.8 234.0 18.8%
Allemagne 378.9 292.4 2 476.8 27.1%
Estonie 2.8 1.9 14.3 32.3%
Irlande 36.8 14.9 156.0 33.1%
Grèce 6.1 23.4 227.3 13.0%
Espagne 59.7 100.5 1 062.6 15.1%
France 153.8 144.9 1 932.8 15.5%
Italie 144.3 164.6 1 548.8 19.9%
Chypre 0.4 1.9 17.3 13.3%
Lettonie 2.4 2.1 18.0 24.9%
Lituanie 6.1 7.7 27.5 50.0%
Luxembourg 2.4 3.4 40.3 14.2%
Hongrie 16.5 21.5 97.1 39.1%
Malte 1.1 1.1 6.2 36.4%
Pays-Bas 99.4 208.0 588.4 52.2%
Autriche 33.1 27.0 286.2 21.0%
Pologne 25.2 39.2 354.3 18.2%
Portugal 9.2 13.8 172.8 13.3%
Roumanie 10.4 12.8 121.9 19.0%
Slovénie 6.4 7.3 35.4 38.6%
Slovaquie 7.6 13.8 65.9 32.4%
Finlande 23.5 18.5 180.3 23.3%
Suède 51.0 36.9 346.9 25.4%
Roy-Uni 141.1 205.3 1 700.1 20.4%
EU27 1 348.8 1 501.8 12 257.5 23.3%

 

Si l’UE était un pays, son taux d’ouverture ne serait que de 23,3%. En réalité, tous les pays de l’union – sans aucune exception (même le Royaume-Uni) – commercent plus entre eux qu’avec le reste du monde. En France, par exemple, 68,3% de nos importations proviennent de nos voisins tandis que 60,8% de nos exportations sont vendues quelque part dans l’union. Si l’UE est donc effectivement libre-échangiste au sens où elle pratique peu le protectionnisme, elle n’en est pas pour autant une économie très ouverte. Voici quelques éléments de comparaison :

X* M* PIB O*
EU27 1 348.8 1 501.8 12 257.5 23.3%
États-Unis 963.3 1 483.4 10 957.6 22.3%
Japon 580.7 522.5 4 122.3 26.8%
Suisse 147.4 132.7 398.9 70.2%

 

Comme vous pouvez le constater, nous sommes à peine plus ouverts que les États-Unis ; le Japon, malgré sa réputation protectionniste [2], est finalement plus ouvert que l’économie de l’UE et nos voisins libre-échangistes suisses, sans surprise, affichent un taux d’ouverture de 70%.

Pourtant l’UE est bel et bien libre échangiste en interne comme vis-à-vis de l’extérieur. Sur la base du Trade Freedom index [3], les pays de l’UE obtiennent un score de 87,6 (sauf la Grèce, Chypre et la France qui n’ont que 82,6 pour cause de barrière non-tarifaires) alors que les États-Unis s’adjugent un 86,4 tout à fait honorable [4] ; bref, on l’a déjà dit plus haut : l’UE n’est pas protectionniste. Mais alors pourquoi l’UE et les États-Unis, champions du libre-échange, ne sont-ils pas plus ouverts sur le reste du monde ? Eh bien la raison est extrêmement simple : la taille. Ce sont de très grandes économies qui disposent, sur leurs territoires respectifs, de ressources et de débouchés immenses et n’ont donc pas nécessairement besoin d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte.

Ça peut sembler surprenant mais c’est bien la réalité de ce monde. Des champions historiques du libre-échange comme les États-Unis ou le Royaume-Uni sont aussi de grandes économies qui peuvent se permettre un certain degré d’autosuffisance : pourquoi importer des marchandises depuis l’autre bout du monde alors qu’on a ce qu’il faut sous la main et pourquoi aller chercher des débouchés aux antipodes quand vos voisins comptent parmi les gens les plus riches sur terre. À l’opposé, pour nos voisins suisses ou islandais, l’ouverture sur le monde est tout simplement vitale… et sans surprise leurs Trade Freedom indices s’en ressentent.

Si vous êtes l’UE, les États-Unis, la Chine, ou l’ex-URSS [5], le protectionnisme n’est certainement pas une bonne idée mais c’est au moins possible au prix d’une réduction sensible de votre niveau de vie. Si vous n’êtes aucun de ceux-là, alors le protectionnisme n’est tout simplement pas une option : tôt ou tard, vous manquerez de ressources et de débouchés et votre économie se contractera en conséquence. À moins, bien sûr, d’annexer quelques pays voisins.

—-
Sur le web

Notes :
[note][1] Données Eurostat pour l’année 2010, en milliards d’euros. Avec X les exportations, M les importations et PIB le Produit Intérieur Brut.

[2] Elle est sans doute très exagérée – le Japon n’est probablement pas plus protectionniste que nous ; il faut sans doute y voir un effet d’image du à leur tarif douanier sur le riz, 778%, le plus élevé du monde.

[3] Le Trade Freedom index de la fondation Heritage, données 2011.

[4] Si on exclue la Corée du nord, les notes s’étalent entre 33,4 (les Seychelles) et 90 (la Suisse) avec une moyenne à 75 et une médiane à 77.

[5] Il semble que les ex-républiques soviétiques soient en train de préparer un accord de libre-échange entre elles.[/note]

 

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  • Vous devriez prendre en compte la taille des pays : en effet, si la France était divisée en 6 régions administrativement, sans que cela ne change rien dans le réel, les produits venant d’autre régions et allant dans d’autres régions seraient compté comme des importations et des exportations. Donc le calcul de l’ouverture au monde serait grandement supérieur.

    La vérité concernant le fait que les pays les plus prospère soient en très grande majorité entre 7 et 12 millions d’habitants vient du fait que les pays de cette taille sont obligés d’être ouverts au commerce international pour se fournir, alors que la France a malheureusement moins de nécessité du fait de sa production intérieure.

    • La question de la taille optimale des nations est très intéressante. Si on laisse de côté les questions purement politiques pour se limiter à l’économie, deux thèses s’opposent.

      La première est celle de la croissance endogène optimale qui montre que les producteurs des plus grandes nations obtiennent l’avantage concurrentiel de la réduction des coûts par effet de volume. Cette thèse est compatible avec un monde relativement fermé, par contrainte géographique ou par choix protectionniste. La seconde thèse tient compte de l’expérience de la mondialisation. En substituant le marché mondial aux marchés nationaux plus étroits, la mondialisation permet aux producteurs des petites nations d’accéder à la réduction des coûts auparavant réservée à ceux des plus grands pays, tout en annulant la concurrence des voisins de grande taille. Les petits pays restent toutefois dépendants de l’intérêt des grands à rester ouverts. En outre, les grands pays disposent encore d’un avantage pour ce qui concerne la réduction du coût des fonctions régaliennes non concurrentielles (sécurité, arbitrage, réseaux).

      Pour revenir à la politique, on devine sans peine que les choix institutionnels (indépendance totale, union partielle, intégration complète) déterminent fortement la performance économique de chaque ensemble.

  • Il me semble toutefois que l’on pourrait grandement s’améliorer en supprimant les barrières doinières totalement (taxes, quotas….).

  • N’y a t-il pas une erreur dans le calcul du taux d’ouverture proposé par l’auteur? Le taux d’ouverture ne se calcule t-il pas de cette façon: ((X+M)/2)/PIB ??? Ce qui réduirait par 2 (à peu près), les taux présentés dans l’article

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