La bataille pour les esprits des citoyens français et turcs

Sarkozy a saisi l’occasion d’un podium à l’étranger pour menacer d’intervenir dans la pensée des Turcs

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La bataille pour les esprits des citoyens français et turcs

Publié le 13 octobre 2011
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Non content que l’État dicte aux citoyens de manière controversée la pensée sur les points sensibles de l’histoire française avec ses lois mémorielles, le Président a saisi l’occasion d’un podium à l’étranger pour menacer d’intervenir également dans la pensée des Turcs.

Par Sophie Quintin-Adali
Article publié en collaboration avec UnMondeLibre

Nicolas Sarkozy et le Président armenien Serge Sarkissian commémorent le génocide armenien, le 6 octobre 2011 à Erevan

Avec une cote de popularité catastrophique dans les sondages et un État providence français en crise, le président Nicolas Sarkozy est un homme occupé et désespéré. L’avertissement donné à la Turquie par le président français, lors de sa visite à Erevan, pour qu’elle lise l’histoire ottomane à la manière de la France ne constituait pas juste un geste de propagande électorale. Cela soulignait également la menace représentée par les politiciens pour les principes de la liberté d’expression et de pensée, même dans les démocraties soi-disant « avancées ».

Une tempête étatiste se prépare en France. La crise de la dette, l’approfondissement de la récession mondiale et les prochaines élections présidentielles se combinent pour consolider une tradition d’interventionnisme étatique profondément ancrée, au détriment des libertés individuelles et économiques. Non content que l’État dicte de manière controversée la pensée sur les points sensibles de l’histoire française aux citoyens avec ses lois mémorielles, le Président a saisi l’occasion d’un podium à l’étranger pour menacer d’intervenir également dans la pensée des Turcs.

Quelques faits gênants. La loi de 2001 selon laquelle « la France reconnaît le génocide arménien » a été votée à l’Assemblée nationale par… 28 députés sur 577. Qu’un parlement (vide qui plus est) écrive l’histoire des autres nations est déjà suffisamment problématique. Mais, comme l’a montré à nouveau le dernier épisode du Buzz diplomatique présidentiel, légiférer sur la tragédie arménienne a peu à voir avec l’histoire. Cela a plus à voir avec la recherche de voix parmi la communauté arménienne de 450 000 âmes – petite, certes, mais bien organisée.

La menace de relancer la proposition de pénaliser la négation du « génocide arménien » enterrée par le Sénat en mai dernier a été calculée pour fâcher les Turcs. Ce qui a marché. Étant donné que la motion présentée par le Parti socialiste a en fait été rejetée (196 contre, 74 pour) par l’UMP, la situation confine à l’absurde, politiquement. Inquiétant pour la démocratie française, cela révèle également que dans le système « hyper-présidentiel », l’exécutif peut ignorer les recommandations émises par les législatures.

Le rapport de l’Assemblée nationale (Rapport n° 1262, 2008) ne peut pas avoir échappé à l’attention du « conseiller », du gouvernement pour l’Arménie le nationaliste – arménien – Patrick Devedjian. En bref, les « lois mémorielles » et la proposition de pénalisation posent des risques de non constitutionnalité, une limitation des libertés fondamentales, une censure déguisée – par la menace de poursuites judiciaires, la création d’un précédent pour « délit de pensée », et la restriction du principe fondamental de liberté de recherche académique. La conclusion du rapport est sans ambiguïté: « Dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique».

Les juristes ont fait appel en annulation et les historiens se sont réunis dans la bataille contre les vérités édictées par l’État. Le professeur Pierre Nora, président de l’Association Liberté pour l’histoire (www.lph-assos.fr), ne mâche pas ses mots. « La vérité légale [est] une pratique des régimes totalitaires ». La France n’est pas l’Union soviétique, mais comme la Russie ses politiciens écrivent l’histoire. On peut se demander ce que l’hyper-leader a à l’esprit pour ceux qui commettent un délit de pensée? Jeter des milliers de Turcs dans les prisons françaises surpeuplées pour purger une peine d’un an ? Des camps de travail pour payer l’amende de 45.000 € et/ou éponger au passage le déficit budgétaire?

Malheureusement, il y a un réel danger que la proposition refasse surface avec les candidats désormais en piste pour les présidentielles et à l’affût des votes. La réelle tragédie arménienne est clairement un sujet trop sérieux et trop sensible pour être laissé aux politiciens. Cependant, certains se sont levés pour l’occasion pour la liberté et l’honnêteté. Le sénateur Josselin de Rohan (UMP), mérite une mention bien pour avoir remis les pendules à l’heure : « Cette proposition de loi est liberticide, inquisitoriale et obscurantiste. » Où allons-nous désormais ?

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  • Le procédé est scandaleux mais pas nouveau, du moins en France. Ainsi, je me souviens de l’interview de Jacques Chirac à la garden party du 14 juillet 2004. Interrogé sur la montée du racisme en France, le Président de répondre cette phrase historique : « En effet, nos compatriotes juifs, musulmans, et parfois même de simples français font l’objet d’attaques racistes… »
    Il est évident de distinguer nos compatriotes juifs et musulmans des simples français, mais bon, Jacques Chirac n’en était pas à sa première ni dernière bourde.
    La chose stupéfiante a été d’observer le silence médiatique tous azimut (Canard enchainé en tête) dans les jours qui ont suivi.
    Evidemment, dans la transcription de cette interview sur le site officiel de la République Française, la phrase a été modifiée allègrement…
    De fait, notre république, bien que ne produisant pas stricto sensu de bananes mérite largement l’adjectif qui s’y rapporte.

    • « De fait, notre république, bien que ne produisant pas stricto sensu de bananes mérite largement l’adjectif qui s’y rapporte. »

      « Jaune » comme le sourire des citoyens ? 🙂

  • Madame Sophie Quintin, ne nous voilons pas, ne nous voilons pas la face.
    Un « génocide » ce n’est pas une « tragédie ».
    Vous savez Mieux que Raphael Lemkin ce qu’il a mis dans le terme « génocide ». Il l’a d’ailleurs fait pour décrire ce crime, qui avant lui ne portait pas de nom, contre ce peuple arménien, sur ses terres millénaires.
    Attention, l’abus de loukoums provoque le diabète cérébral…

    Ararat

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