Un péage, pas un cochon tirelire

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Le but d’un péage routier est d’alléger la circulation et de permettre d’entretenir les routes, pas d’engraisser l’État avec une taxe déguisée

Le but d’un péage routier est d’alléger la circulation et de permettre d’entretenir les routes et les ponts, pas d’engraisser l’État avec une taxe déguisée.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec

Je roulais à Old Orchard cet été, sous un soleil de plomb. Je tombe face à face avec une cabane étrange, plantée au beau milieu de l’autoroute. « C’est quoi ça? », dis-je à ma blonde, un brin stressé. « Un péage ». « Je fais quoi?! Je me dirige dans quelle voie? J’ai pas de trente sous!! » Panique.

Ça s’est finalement bien passé. Et j’ai pu rouler sur une route superbe et dégagée, jusqu’à Portland, dans le Maine.

Si j’ai brièvement paniqué, c’est qu’au Québec, les péages ont disparu pendant longtemps. Depuis mai dernier, il y a le pont de la 25. Et aujourd’hui, le fédéral propose d’en installer un sur le futur pont Champlain. Bonne idée? Oui, à certaines conditions.

Viser le portefeuille

Le péage doit servir d’abord à réduire la congestion routière. En poussant les gens à changer leurs habitudes. Et pour ça, viser le portefeuille marche toujours mieux qu’un discours écolo.

On se plaint souvent que les routes sont plus belles en Europe ou aux États-Unis. Or on y trouve justement plusieurs péages. Notamment en France, où les autoroutes sont bien entretenues et rapides. Ou à Los Angeles, où les tarifs varient selon qu’on emprunte une voie lente ou rapide, et selon l’heure de la journée. 1,30 $ la nuit, jusqu’à 10,25 $ en heure de pointe, rapportait Maclean’s il y a quelques mois.

L’idée, c’est de convaincre l’automobiliste moins pressé de dégager. D’utiliser une autre route, ou pont, gratuit. Et d’inciter au covoiturage ceux qui n’ont pas vraiment le choix d’utiliser tel pont chaque matin. Solution miracle? Non. Mais c’est mieux que rien. Les automobilistes qui devront traverser le pont Champlain « payant » ne la trouveront pas drôle. Mais si l’argent sert à bâtir un pont plus large et moins congestionné, ils changeront d’avis.

Qu’on coupe!

Implanter des péages sur les ponts de l’île de Montréal rapporterait près d’un demi-milliard en revenus annuels, calculait l’économiste Mathieu Laberge en 2008. Et c’est ici que ça se corse. Pour faire accepter l’idée aux automobilistes, il faut deux choses :

1— Que l’argent recueilli aille directement à l’entretien et la construction des routes. (Et non dans un fonds général où nos politiciens irresponsables vont se goinfrer.)

2 — Qu’on réduise les impôts ailleurs, idéalement au profit des automobilistes (baisse du coût de l’immatriculation ou des taxes sur l’essence, par exemple). Cette solution n’aide en rien les finances publiques du gouvernement? En effet. Si celui-ci manque d’argent pour s’occuper d’une mission aussi primaire que l’entretien des routes, c’est qu’il dépense trop ailleurs. Qu’il coupe dans le gras.

Parce que le but d’un péage routier, c’est d’alléger la circulation. Et de permettre d’entretenir les routes et les ponts. Pas d’engraisser le gouvernement avec une autre taxe déguisée.

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