La panique bancaire européenne et les réserves fractionnaires

La crise financière tourne au « bank run », c’est-à-dire à une situation de panique bancaire

La crise financière tourne au « bank run », c’est-à-dire à une situation de panique bancaire, attribuable au système à réserves fractionnaires.

Par Le Minarchiste, depuis Montréal, Québec

La crise financière de 2011 empire de jour en jour en Europe. Les politiciens Grecs et Italiens sont incapables de s’attaquer à leur déficit fiscal. Il est évident que les banques européennes détenant des obligations des PIIGS devront prendre une perte significative sur ces titres, ce qui entamera sérieusement leur capital et les placera en situation financière précaire, pour ne pas dire en faillite. Évidemment, aucune institution financière ne veut leur fournir du capital sous forme de débentures sans actifs en garantie, ni leur fournir de la liquidité sous forme de dépôts interbancaires. Le prix de leurs actions sont en chute libre ce qui rend le financement par émission d’actions plutôt indigeste.

Notez que dans ce dernier paragraphe, vous pourriez substituer 2011 par 2008, Europe par États-Unis et obligations des PIIGS par  MBS-subprime; le scénario est le même.

Nous sommes donc en crise financière, ou si vous le voulez en situation de panique bancaire (« bank run »). Les paniques bancaires sont attribuables au système à réserves fractionnaires. Dans un système étalon-or, ces paniques surviennent lorsque les déposants perdent confiance en la viabilité de la banque, disons parce qu’elle aurait perdu sa chemise dans de mauvais prêts. Ces déposants demandent la conversion de leur notes en or, mais comme la banque n’a pas suffisamment d’or dans ses réserves pour payer tous ces déposants, elle doit donc fermer boutique et déclarer faillite.

Dans un système de monnaie fiduciaire, les choses sont différentes. Les banques créent de la monnaie à partir des dépôts à vue et prêtent cette monnaie sur plusieurs années. Elles se retrouvent donc avec des actifs non-liquides, mais avec une portion de leurs passifs qui sont très liquides. C’est pourquoi les banques doivent maintenir un certain niveau de réserves de liquidités pour rester en opération. Les banques n’utilisent pas seulement les dépôts de leurs clients pour se financer, elles utilisent aussi le marché interbancaire (« wholesale »), ce qui est plus coûteux, mais qui permet à la banque de croître son portefeuille de prêts plus rapidement. Ce type de financement est très problématique durant les périodes d’instabilité financière puisque ce marché s’assèche complètement lorsque la confiance s’effrite. Cela a comme impact de précipiter les crises financières, comme c’est le cas présentement en Europe. D’ailleurs, on peut voir que plusieurs banques qui ont des réserves excédentaires préfèrent les stationner à la BCE plutôt que de les prêter à d’autre banques à un rendement plus élevé. Dans les circonstances, le BCE doit agir en prêteur de dernier recours et fournir la liquidité nécessaire aux banques en mauvaise posture.

Bien que cela règle le problème de liquidité des banques touchées, cela ne règle pas le problème de capital. C’est pourquoi il y a présentement beaucoup de pression sur les politiciens Européens, et particulièrement sur Mme Merkel, pour que ceux-ci injectent du capital dans les grandes banques pour qu’elles demeurent solvables. Combien de capital? Cela dépend de ce qu’il adviendra des PIIGS! La perte sera différente s’il y a un défaut de paiement de l’un ou plusieurs d’entre eux. C’est pourquoi Mme Merkel subit aussi beaucoup de pression afin que celle-ci fasse en sorte que la BCE puisse soutenir les PIIGS financièrement, notamment à travers le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF). À cet égard, les négociations sont dans une impasse puisque les Allemands exigent des Grecs et des Italiens que ceux-ci règlent leur problème de déficit dans les plus brefs délais, ce qu’ils sont incapables de faire vu la résistance de la population. Dans les circonstances, une augmentation du FESF ne ferait que pelleter le problème en avant puisque sans solution fiscale, les PIIGS demeureront dépendants de l’aide externe et deviendront un trou noir inflationniste. Les réticences des Allemands sont donc justifiées.

Revenons aux banques européennes. Cette semaine, le magazine The Economist a présenté une estimation pour les différents scénarios relatifs aux besoins de capital des banques européennes. On parlerait de quelques centaines de milliards d’euros (voir graphique ci-bas). Si les gouvernements ne sauvent pas les banques, plusieurs craignent que ce sera la catastrophe et que l’économie s’écroulera (le spectre de Lehman Brothers n’est jamais bien loin). Évidemment, je suis en désaccord avec cet assertion. Oui, les faillites de grandes banques engendrent un choc temporaire, mais c’est le prix à payer pour maintenir une système financier sain. Les actifs de ces banques seraient rachetées par d’autres et les clients ne s’en rendraient possiblement même pas compte, outre un changement de logo. En passant, vous aurez bien compris j’espère que tout ce tralala n’est en fait qu’un (autre) gigantesque sauvetage des banques commerciales par l’État, ces banques qui ont sous-estimés les risques reliés à des emprunteurs gouvernementaux irresponsables (tout comme les banques américaines avaient sous-estimés les risques reliés aux emprunteurs sub-prime).

Pour illustrer les différences entre les banques canadiennes, américaines et européennes, je me suis amusé à faire quelques calculs approximatifs en utilisant les chiffres au 31 décembre 2008 de la Banque Royale du Canada, de Dexia (Belgique) et de Bank of America. J’ai calculé quatre ratios qui selon moi démontrent bien le niveau de réserves que ces banques détiennent. Les résultats ne sont pas surprenants : la Banque Royale dépend beaucoup moins du financement interbancaire, elle maintient des dépôts équivalents à 140% de son portefeuille de prêts, ses dépôts ont une plus longue maturité car elle maintient davantage de dépôts à terme (plutôt que des dépôts à vue). Cela explique beaucoup la stabilité du système bancaire canadien au cours des trois années qui ont suivi. Plus les banques ont de réserves, moins il y a de risque de crise financière. Notez en passant que la réglementation canadienne n’exige aucun ratio de réserve minimum, celle-ci ne règlemente que les ratios de capital. Ce n’est donc pas à cause de la réglementation que les banques canadiennes maintiennent davantage de liquidités. Ceci étant dit, selon les règles de Bâle 3, des ratios minimums de liquidité seront introduits en 2016 et en 2018. À ce sujet, mes discussions récentes avec des gestionnaires de banques canadiennes indiquent que ces ratios seront plutôt sévères. Cela devrait contribuer à améliorer la stabilité du système bancaire mondial. Évidemment, ces ratios minimums seront bien inférieurs à 100%… malheureusement! Les banques pourront donc continuer de créer de la monnaie pour s’enrichir.

Finalement, le dernier graphique montre les avoirs des banques européennes en titres de dette gouvernementaux par pays (États-Unis, Canada, France, Autriche, Espagne, Allemagne, Belgique, Portugal, Italie, Grèce).

Vous trouverez des articles connexes iciici, ici et ici.

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