Le culte de l’exportation

Un solde commercial fortement importateur a des conséquences, mais pas la catastrophe communément admise

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Le culte de l’exportation

Publié le 5 octobre 2011
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Un solde commercial fortement importateur a des conséquences, mais pas la catastrophe communément admise. Et si, au contraire, tous ceux qui vouent un culte à l’exportation se trompaient?

Par Stéphane Montabert, depuis Renens, Suisse

L’exportation – le mot magique censé mener un pays vers la prospérité et la richesse. L’Allemagne n’est-elle pas l’envie de tout le continent européen à cause de ses exportations? La Suisse n’a-t-elle pas décidé d’arrimer sa monnaie à l’euro au nom de la sauvegarde de ses exportations? Qui n’a pas parlé ici ou là de « dévaluation compétitive » dans le but avoué de relancer ses exportations?

Et si, au contraire, tous ceux qui vouent un culte à l’exportation se trompaient?

L’étrange prospérité de l’Oncle Sam

Les États-Unis ont la balance commerciale la plus déficitaire du monde. C’est aussi le pays le plus prospère, malgré ce déficit dénoncé comme une aberration par des économistes depuis des décennies; et si les États-Unis souffrent aujourd’hui d’un ralentissement de la croissance, c’est comme partout ailleurs à cause de dettes excessives, pas de leur balance commerciale.

En revenant aux fondamentaux, la signification des importations massives qui affectent les États-Unis n’est pas difficile à comprendre: si les États-Unis ont une balance commerciale déficitaire, cela signifie que les Américains jouissent de marchandises fabriquées à l’étranger pendant que les fournisseurs étrangers jouissent de dollars imprimés aux États-Unis.

wholestore.jpgCette façon de comprendre les importations est aussi compatible avec le haut niveau de vie américain. Entre 1’000 dollars dans la poche ou 1’000 dollars accrochés au mur du salon sous forme d’une télé haute-définition dernier cri, pas besoin d’être un génie pour deviner quelle alternative procure le plus de satisfaction matérielle.

Un solde commercial fortement importateur a des conséquences, mais pas la catastrophe communément admise. La quantité de devises en circulation hors frontières augmente; c’est ainsi que le monde s’est retrouvé inondé de dollars depuis des années. Mais comme la valeur de ceux-ci est déterminée par la politique de la Banque Centrale américaine, la Fed, la profusion a plutôt tendance à augmenter le poids politico-économique des États-Unis qu’autre chose. La réponse que fit le secrétaire américain au Trésor, John Connally en 1972 à une délégation européenne s’inquiétant des fluctuations du dollar américain résume parfaitement la situation: « Le dollar est notre devise et votre problème. »

En important massivement, les Américains vivent très bien. En répandant dans le monde entier des dollars dont la valeur dépend de leur Banque Centrale, ils renforcent leur influence. Ils gagnent sur les deux tableaux!

Les racines de la méprise

Le contre-exemple américain pourrait être répété à l’envi, bien qu’aucune nation dans le monde ne pousse la logique importatrice aussi loin. On peut se demander, à juste titre, pourquoi depuis si longtemps les politiciens – et pire, certains économistes – persistent à peindre en noir une situation où les importations dépassent les exportations.

Je pense pour ma part que la méprise vient d’une théorie économique ancienne, le mercantilisme, et de sa matrice primitive, le bullionisme.

La philosophie simpliste du mercantilisme repose sur un principe unique: il faut amasser des devises.

Fut-il erroné, on peut accorder au mercantilisme l’avantage de la simplicité!

Transposition à l’échelle d’un pays des finances d’un négociant âpre au gain, le mercantilisme enseigne que toute « sortie » de devise est néfaste, toute « entrée » un bienfait. Le commerce des biens matériels n’est qu’une excuse pour extorquer de l’argent – personne ne se soucie de la pertinence des échanges internationaux ou de leurs effets sur le niveau de vie. Les importations faisant sortir l’argent des frontières, elle sont à proscrire; les exportations, elles, permettent de soutirer de précieuses devises à l’étranger et doivent être favorisées.

Le mercantilisme s’est merveilleusement marié à la classe politique. L’alliance entre une théorie justifiant l’interventionnisme et des politiciens avides de démontrer l’utilité de leur poste a vu naître les pires aberrations économique qui soient. Le protectionnisme, le colonialisme et la guerre sont trois avatars parmi d’autres du mercantilisme.

Reconnaissons qu’à l’époque où cette doctrine est née, la monnaie était concrètement composée d’or et d’argent, ce qui rendait au moins plausible l’objectif économique d’une accumulation d’espèces sonnantes et trébuchantes. Aujourd’hui, alors que le monde entier emploie de la monnaie fiduciaire, ce but a encore moins de sens. De même, les premiers marchands étaient les princes et les rois eux-mêmes, si bien que la comptabilité « aux frontières » pouvait trouver quelque écho, puisqu’il s’agissait des limites de leurs domaines, même si la réalité vécue par les individus peut être radicalement différente, comme nous allons voir.

L’absurdité du mercantilisme saute aux yeux dès qu’on prend conscience de l’aspect artificiel et arbitraire d’une frontière. La Suisse maintient par exemple des statistiques précises de sa balance du commerce ; mais quid du commerce intercantonal? Qui jugerait pertinent de mesurer le commerce extérieur du canton de Vaud, d’y mesurer les flux entrant et sortant de marchandises, d’instaurer des douanes cantonales pour mesurer ces flux, d’établir des politiques de soutien à l’exportation pour plus vendre à Genève et faire venir moins de marchandises de Fribourg? Et de clamer que ces ajustements continuels favoriseraient la prospérité du canton!

Le déficit du commerce extérieur, sophisme économique

bastiat.jpgLes tergiversations actuelles sur le « besoin d’exporter » sont d’autant plus inexplicables que l’impasse logique de l’exportation comme objectif économique a été démontrée il y a déjà un siècle et demi par Frédéric Bastiat. Ainsi, on lira avec attention la démonstration originale (dont une variante). Le texte n’est pas très long. Pour ceux qui ne prendraient pas la peine de le parcourir, en voici une réécriture:

Monsieur T., marchand de son état, expédie du Havre un bâtiment pour les États-Unis chargé de marchandises françaises. Il déclare en douane un montant de 200’000 francs. Arrivée à la Nouvelle-Orléans, la cargaison est vendue avec une marge commerciale de 20%. Compte tenu de divers frais, le bénéfice net est de 40’000 francs.

Monsieur T. a laissé des instructions: il veut remplir les cales pour le voyage de retour. Utilisant l’argent récolté par la vente de ses marchandises, son agent achète du coton sur place. Le voyage de retour entraîne encore des frais de douane et de transport, etc. si bien que notre marchand déclare finalement pour 352’000 francs de biens à la douane du Havre. Il vend finalement son coton sur le sol français avec encore 20% de marge, pour atteindre un bénéfice net de 70’400 francs.

Son voyage aller-retour lui a donc procuré des dizaines de milliers de francs de bénéfices, satisfaisant une clientèle sur chaque rive de l’océan.

Pourtant, si on examine la comptabilité à la douane française du Havre le résultat est fort différent. Sur les livres de compte, on lit que 200’000 francs de marchandises sont « sorties » du territoire et 352’000 francs de marchandises y sont « entrées ». Et là, brandissant ce livre de compte, des politiciens clament que la France s’est appauvrie de 152’000 francs, geignent que la balance du commerce extérieur est négative, pleurnichent que la patrie s’appauvrit à force de faire affaire avec l’étranger.

Ignorant tout de la polémique, Monsieur T. planifie un voyage identique le mois suivant. Encore une fois, il fait embarquer une cargaison de 200’000 francs en partance du Havre pour les États-Unis. Sur les registres douaniers, un montant de 200’000 francs est inscrit au compte des exportations. Malheureusement, une tempête survient et le navire sombre. Monsieur T. pleure son navire perdu corps et âmes. Évidemment, il ne fera venir aucune marchandise en retour. Mais les politiciens, eux, jubilent: d’après les livres de compte de la douane, ce mois-là, les exportations dépassent de 200’000 francs les importations! La balance du commerce est positive! La France s’enrichit! La France exporte!

Et Frédéric Bastiat de relever l’absurdité:

La voie de la prospérité?Il y a encore cette conséquence à tirer de là, c’est que, selon la théorie de la balance du commerce, la France a un moyen tout simple de doubler à chaque instant ses capitaux. Il suffit pour cela qu’après les avoir fait passer par la douane, elle les jette à la mer. En ce cas, les exportations seront égales au montant de ses capitaux; les importations seront nulles et même impossibles, et nous gagnerons tout ce que l’Océan aura englouti.

C’est une plaisanterie, diront les protectionnistes. Il est impossible que nous disions de pareilles absurdités. — Vous les dites pourtant, et, qui plus est, vous les réalisez, vous les imposez pratiquement à vos concitoyens, autant du moins que cela dépend de vous.

Frédéric Bastiat, pas mauvais bougre, livre ensuite la clef de l’énigme:

La vérité est qu’il faudrait prendre la balance du commerce au rebours, et calculer le profit national, dans le commerce extérieur, par l’excédent des importations sur les exportations. (…) Supposez, si cela vous amuse, que l’étranger nous inonde de toutes sortes de marchandises utiles, sans nous rien demander; que nos importations sont infinies et nos exportations nulles, je vous défie de me prouver que nous en serons plus pauvres.

La démonstration n’a pas pris une ride.

Le retour des aberrations

Affubler la relation entre prospérité et balance du commerce extérieur d’une bête faute de signe paraît insensé. C’est pourtant l’erreur commise par les politiciens et certains économistes depuis l’apogée de la théorie mercantiliste, et ils continuent de le faire aujourd’hui.

Les exportations, pas plus que les importations, ne sont intrinsèquement bonnes ou mauvaises. Elles correspondent simplement à l’intérêt économique du vendeur et de l’acheteur. Elles ne sont d’ailleurs comptées comme « exportations » ou « importations » que parce que l’arbitraire du destin a jeté les intervenants de part et d’autre d’une frontière.

La démonstration de Frédéric Bastiat contribue, comme tant d’autres de ses écrits, à faire comprendre l’intérêt économique du libre-échange. La meilleure activité économique ne peut être atteinte que lorsque l’économie est la plus « fluide » possible, ce que confirment de nombreux indices économiques corrélant ouverture et prospérité.

Les barrières artificielles de la douane nuisent au bien-être des populations concernées et obéissent à un sophisme économique éculé. Qui croira vraiment que les droits de douane sont réglés par l’exportateur sans être répercutés sur le prix de vente au client? C’est le citoyen « protégé » par le protectionnisme, et lui seul, qui règle l’ardoise.

Personne aujourd’hui ne clame plus que l’intérêt d’un pays est de s’asseoir sur le commerce international, et d’ailleurs, il n’en est plus question dans le débat.

Officiellement.

Officieusement, le mercantilisme connaît un retour en force. Les politiciens n’ont jamais accepté et n’accepteront sans doute jamais les principes du libre-échange, puisqu’il démontre leur propre inutilité. Adhérer à une explication rendant son poste caduque serait une forme de suicide professionnel.

On ne parle plus, bien sûr, de mercantilisme ou de protectionnisme. Les efforts d’une organisation inutile comme l’OMC sont passés par là (inutile, parce qu’il n’y a pas, il n’y a jamais eu besoin de partenaire pour ouvrir ses frontières, décision bénéfique quelles que soient les décisions prises par les autres pays.) Le libre-échange atteint dans le cadre d’une « concertation négociée » est un non-sens; en fait, les adhésions à l’OMC sont toutes sauf empreintes de sincérité. Elles traduisent une posture de façade choisie stratégiquement pour atteindre de nouveaux débouchés à l’exportation. Le mercantilisme, toujours.

100-billion-zimbabwean-dollar.jpgAux bêtes barrières douanières du passé désormais désuètes ont succédé de nouvelles restrictions plus subtiles. Aujourd’hui, après l’afflux des normes à l’importation, on parle désormais de TVA sociale ou de dévaluation compétitive des monnaies. Ah, que n’a-t-on une monnaie de singe pour mieux exporter! Mais ça finira bien par arriver, gentiment.

Le problème du « déficit de la balance du commerce » est un mythe vieux de plusieurs siècles. Plusieurs fois vaincu, il n’a jamais disparu tout à fait, démontrant la séduction continue qu’exercent les sophismes économiques sur les élites d’une nation.

Il y a malgré tout une forme de justice. En érigeant des barrières douanières, en détruisant leur monnaie forte, en pensant s’abriter derrière une muraille de législation à l’importation, c’est à eux-mêmes que les peuples nuisent. Certains ont l’excuse de laisser le pouvoir à une classe politique irresponsable et corrompue; d’autres bénéficient d’un savoir-faire économique mondialement reconnu et de la démocratie directe, ce qui rend leurs errements encore moins excusables.

Que de vains sacrifices destinés à s’attirer les faveurs d’une chimère!

—-
Sur le web

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  • Bien, mais… le problème est ailleurs.
    Le politicien se moque bien de la richesse ( et donc l’électeur aussi). Ce qui l’intéresse c’est « l’industrie nationale », l’activité pour elle et non pour ce qu’elle procure. Il se moque bien de l’utilité du travail accompli, tout ce qu’il veut c’est que les gens travaillent, car pendant ce temps là ils ne font pas autre chose, comme se taper les uns sur les autres par exemple. A la limite d’ailleurs, le meilleur travail c’est le plus inutile, car les gens riches ont tendance à rien foutre ; il convient donc, autant que possible, de favoriser le travail qui retarde le plus possible le moment où le travailleurs est satisfait et n’a plus besoin de rien, c’est à dire le travail le moins utile. L’idéal c’est même le travail destructeur…
    L’étranger nous inonde de marchandises gratuites ? c’est un scélérat, qui prive le peuple de travail ; on y mettra le ho-là par les douanes. Exporter, c’est effectivement très comparable à jeter les marchandises à la mer, mais ça ne semble pas aussi débile et scandaleux au peuple.

    Pas faux, mais

  • Nous sommes en pleine crise du néo-mercantilisme, et non pas du néo-libéralisme.

    Je me suis aussi essayé à faire un billet traitant du même problème mais je crains de ne point rivaliser avec votre talent de chroniqueur.

    http://boboliberal.blogspot.com/2011/09/le-neo-mercantilisme.html

  • Je suis probablement un béotien économique, mais il me semble que les balances commerciales sont bien calculées à partir du prix de vente des marchandises et absolument pas à partir du coût de production ou d’acquisition.
    Il en résulte que si vous achetez 20€ de Cantal que vous vendez 45€ à Londres, qu’avec ces 45€, vous vous soulez la gueule dans un pub mais conservez 20€ pour acheter de la bière que vous revendez 60 € dans la Cantal:
    – La france a un déficit de sa balance de 25€
    – vous avez gagné par l’opération de quoi passer une bonne soirée en Angleterre
    – Le paysan du Cantal est content d’avoir sa bière.
    – Ce que vous ne voyez pas : le brasseur français a perdu 60 €.

    • Pardon le déficit est de 15€.

    • « Il me semble que les balances commerciales sont bien calculées à partir du prix de vente des marchandises et absolument pas à partir du coût de production ou d’acquisition. »

      Si j’osais, je ferais remarquer qu’un prix d’acquisition est bien un prix de vente 😉

      Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’établissement de la valeur de marchandises à la douane, indispensable pour s’acquitter des taxes, est loin d’être une science exacte. Il existe des volumes entiers à ce sujet, selon la classification douanière, valeur FOB (Free On Board) et ainsi de suite. L’établissement du prix dépend du catalogue fournisseur, des accords commerciaux, du contrat avec le client, et bien sûr des tarifs douaniers. Un beau sac de noeuds. Se figurer la valeur d’un lot est le métier de professionnels – une divergence sur la classification ou l’estimation peut donner lieu à de sérieuses différences fiscales.

      Le calcul officiel de la balance du commerce doit probablement être aujourd’hui différent de celui de l’époque de Frédéric Bastiat, j’en conviens, mais il n’en reste pas moins faux par essence: l’absurdité consistant à « améliorer le solde de la balance du commerce extérieur » en balançant les marchandises à l’eau après leur passage en douane reste tout à fait vraie, hélas. Le problème de signe est toujours là.

    • Mingus, le brasseur français n’a pas « perdu » 60. S’il ne vend pas pour 60 (alors que l’importateur vend), c’est qu’il n’a pas voulu les gagner : soit il a décidé de ne pas travailler soit il offre un produit dont personne ne veut (qualité/prix). C’est surtout ça que vous ne voyez pas.

      Parfaitement corrects, les exemples de Bastiat ne font que démontrer l’absurdité du principe de la balance import/export au niveau d’un pays (sans parler des barrières tarifaires artificielles) alors qu’il s’agit d’une question strictement individuelle qui ne regarde en rien la collectivité (dans les limites légales, naturellement).

      Les importations sont toujours une richesse pour les habitants d’un pays ouvert (diversité quasiment sans limite, concurrence exacerbée), tandis que les exportations récompensent leurs efforts productifs. A quel titre, selon quelle logique, faudrait-il sanctionner l’achat d’une voiture allemande, d’une télé coréenne, d’un appareil photo japonais, d’un PC américain, d’une paire de chaussures anglaises ? Cela ne concerne tout simplement pas l’Etat !

      • Je pense que le brasseur français a bien perdu ce marché de 60 parce, par exemple, qu’il doit payer la CSG sur ces 60 et que donc il proposait, au même prix, un litre de bière de moins que son concurent.
        En face l’importateur a rétabli l’esclavage dans son pays et fait de colossaux bénéfices, sur lesquelles l’état ne percevra aucune taxe.
        L’état décide donc (pour continuer à financer les services -quels qu’ils soient- qu’il est tenu de rendre aux citoyens) de taxer l’importateur pour rétablir le différentiel de compétitivité induit par la CSG.
        Au final, le consommateur a perdu un litre de bière, le brasseur français a gagné 60 (moins la CSG, certes). Les 60 -CSG représentant moins que le prix d’un litre de bière, la communauté nationale est donc gagnante.

        De la même manière que Didier, je comprends bien l’exemple de Bastiat mais je pense que la réalité n’est pas pareille…

        • Mingus, ahahah, vous avez raison, j’ai choisi volontairement des exemples de pays où l’esclavagisme a été rétabli ! Soyons sérieux, n’avez-vous d’autre argument ?

          Pour revenir à la logique de ce qui ne se voit pas, il est faux de dire que la communauté nationale a gagné avec les taxes à l’import car le prix artificiellement supérieur du litre de bibine empêche les individus d’échanger d’autres produits. Les échanges sont ainsi réduits et, de proche en proche, c’est toute la communauté nationale qui s’appauvrit à cause des taxes, tandis le chômage de masse progresse proportionnellement au poids des prélèvements obligatoires (et non du fait des importations). Votre raisonnement ne fait que démontrer toute l’absurdité et la nocivité des interventions étatiques : pour limiter les effets néfastes d’une première taxe, l’Etat doit en créer une seconde, puis bientôt une troisième qui compensera les effets négatifs de la seconde, etc.

          Ne vous vient-il pas à l’esprit que la population choisit le produit d’importation justement parce qu’il ne supporte pas les charges sociales ? Dit autrement, les consommateurs « votent » majoritairement contre l’intervention étatique. L’Etat, s’il prétend rester légitime, n’a d’autre choix que de s’adapter au « vote permanent » que constitue le marché : il doit cesser de produire (mal) des services que plus personne ne souhaite qu’il fournisse.

          Enfin, proposer de taxer l’importateur pour rétablir le différentiel de compétitivité montre que vous n’avez pas compris le problème. En taxant le travail avec des charges sociales, l’Etat taxe uniquement le travail effectué sur son sol national. Ce n’est donc pas l’importateur qui a agi pour être plus compétitif, c’est simplement le producteur local qui l’est devenu moins, à cause de l’Etat. Une réponse temporaire à ce problème est la TVA : son mince avantage est de taxer uniformément tous les produits. Pour sauver ce qui peut encore l’être, il est urgent de transférer la totalité des charges sociales sur la TVA. Ceci, évidemment, avant de les supprimer progressivement pour libérer les secteurs communistes (santé, éducation, retraites, etc.) et mettre fin au chômage. Parce que l’Etat, vous savez, c’est cette fiction par laquelle…

          • Bubulle, je grossissais le trait en parlant d’esclavage, je n’en faisais pas un argument. ceci dit, je me demande quelle attitude il conviendrait d’adopter vis à vis d’importations provenants de pays pratiquant l’esclavage, mais passons.
            Je comprends bien vos arguments et ne vais pas ergoter sur les différents points.
            D’un point de vue plus général, je m’interroge sur les « services » auxquels l’état doit se cantonner. Aussi minimals soient-ils, il faudra tout de même les financer, donc imposer.
            Et que l’état, pour rétablir une situation de concurrence parfaite que sa nécessaire imposition dérègle, taxe un producteur étranger, quel est le problème ?
            On mélange imposition et balance commercial, en sortant l’un ou l’autre argument selon le cas, comme si l’état pouvait exister sans impôt !

          • « Quelle attitude il conviendrait d’adopter vis à vis d’importations provenants de pays pratiquant l’esclavage » : pas la peine de perdre votre temps avec des problèmes inexistants.

            « je m’interroge sur les « services » auxquels l’état doit se cantonner » : inutile de chercher trop longtemps. Mettez plutôt votre temps à profit pour parcourir ce site afin d’avoir la réponse à votre interrogation.

            « rétablir une situation de concurrence parfaite » : la concurrence parfaite n’existe pas. Un fonctionnaire, pas plus que quiconque, ne peut prétendre la rétablir, et certainement pas avec des taxes.

            « comme si l’état pouvait exister sans impôt  » : remarque sans intérêt, personne n’affirme cela. Faire revenir les dépenses publiques de 56% à 10 ou 20% du PIB permet à l’Etat minimal régalien d’avoir toutes les ressources nécessaires.

  • Quant au cas où la marchandise est jetée par dessus bord, dans l’exemple de Bastiat, c’es la douane française qui enregistre et non l’anglaise.. l’exemple est donc juste il me semble … l’exportation sera bien comptabilisée…

    Ceci dit, je reste convaincu qu’un pays exportateur est plus fort qu’un pays importateur.. tout simplement parce que les exportateurs n’importent pas forcément… quelqu’un qui vend des autos comme Porsche n’importe pas en retour…

    La Chine qui accumule des $ grâce à son excédent commercial peut acheter des terres sur d’autres continents ou des mines et s’enrichit…. il me semble que si la Chine a de telles réserves équivalentes à 2500 milliards de $ mais pas toutes en $, c’est grâce à leur excédent commercial chronique….

    Les USA sont forts économiquement malgrè leur déficit commercial chronique uniquement car ils ont le privilège d’impression de la monnaie de référence mondiale…

    Il y a d’autres exemples.. l’Australie grâce à ses exportations minières, l’Allemagne grâce à ses exportations de machines ou automobiles… ces gens-la n’importe pas forcément en contre-partie mais accumulent des devises et donc du capital et donc de la richesse….

    Je suis ok avec l’exemple de Bastiat mais je pense que la réalité n’est pas pareille….

    • Il faut comprendre les exportations comme une conséquence de la qualité et de la quantité des efforts réalisés par la population d’un pays, et non comme l’explication. Les protectionnistes sont des gamins jaloux de la réussite des premiers de la classe parce qu’ils refusent de voir leurs propres turpitudes.

    • Mais si, la réalité est pareil. Tu n’as juste pas compris que tu parles d’autre chose.
      Bastiat te parle de commerce. D’échange de biens qui existent. de richesses échangées, avec profit mutuel des participants.
      Toi tu parles de production. D’être capable de produire des richesses.
      Puis tu confonds les deux choses, pourtant bien distinctes (parce que tu peux vendre des trucs que tu n’as pas produit, et produire des truc que tu ne vend pas) , et tu finis par dire … n’importe quoi.

      Tu préfère habiter une maison ou bien la construire sans y habiter ? manger au restaurant ou faire la cuisine ? qui a la situation la plus enviable : le maitre qui n’a besoin de rien faire ou l’esclave qui se tape tout le boulot ? et donc : tu préfères importer ou exporter ?

      On peut admettre qu’il vaut mieux être capable de produire un maximum, mais la balance commerciale ne dit absolument rien à cet égard : elle ne parle que de la valeur nette des échanges de part et d’autre d’une ligne imaginaire, ce qui n’a qu’un rapport très indirect et lointain avec la production de chaque coté de cette ligne… Une nation avec un excédent commercial n’est pas automatiquement plus forte qu’une nation importatrice. Il ne faut pas prendre l’ombre pour la proie.

      Bref : toutes choses égales par ailleurs, la balance commerciale, on s’en fout.

  • OK… merci pour les explications… j’avoue avoir du mal avec ça….

    • « La Chine qui accumule des $ grâce à son excédent commercial peut acheter des terres sur d’autres continents ou des mines et s’enrichit…. il me semble que si la Chine a de telles réserves équivalentes à 2500 milliards de $ mais pas toutes en $, c’est grâce à leur excédent commercial chronique…. »

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