Quand l’ORTF découvre Twitter et Facebook

La communication des institutions publiques est infantilisante.

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Quand l’ORTF découvre Twitter et Facebook

Publié le 21 septembre 2011
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Quand l’ORTF découvre Twitter et Facebook

On mesure mal la vitesse à laquelle la technologie évolue, et parfois, le choc des rencontres inopinées de ces techniques innovantes avec les anciennes donne une explosion de décalages savoureux. Twitter et Facebook dans le milieu feutré, calcifié et poussiéreux de l’ORTF France Télévision, c’est l’impact informationnel de Pompidou mixant sur des platines MP3. Yo.

Attention, petit salarié de ORTFrance Télévision : si tu mets tes mains sur la porte internet, tu peux te faire pincer très fort. Heureusement, nous avons élaboré pour toi un Guide Des Bonnes Pratiques Aux Réseaux Sociaux tout doux, tout lisse et tout mignon.

Lis-le attentivement avec ton chef de service, souligne les mots difficiles et demande lui de l’aide.

Maintenant, petit salarié de ORTFrance Télévision, tu peux aussi choisir la version Demaerd compatible, celle qui dit vraiment quelque chose. La voici :

· Une bonne utilisation des réseaux sociaux commence par un bon filtrage de tous les commentaires de ceux qui ne pensent pas droit, ou qui ne pensent pas comme la ligne officielle de Pravda Télévision. La liberté d’expression, oui, mais pas chez nous.

· Pour une présence en ligne maîtrisée, tu devras faire preuve de langue de bois, d’obséquiosité et savoir toujours éviter la moindre position qui pourrait amener à un conflit. Mou et flou sont les maîtres mots.

Lapin RATP : qu'est-ce qu'on t'avait dit ?!· Afin de privilégier le débat tout en respectant la charte des antennes de Pravda Télévisions, les sujets politiques, religieux, qui évoquent de près ou de loin la diversité, les minovités risibles, et autres alter-pensants doivent être abordés en fermant les commentaires. Pas de commentaires, pas de dérapage. Tu devras être pleinement conscient des conséquences que peut engendrer une prise de réflexion. Ça commence comme ça et le temps de cerveau disponible s’effondre. Les annonceurs partent. NicolasLe président n’est pas content. Car bien malheureusement, il n’y a pas de droit à l’oubli sur Internet. Attention, si tu es politicien, tout contenu publié l’est d’une manière définitive et comme tu mens, tu te feras toi aussi pincer très fort.

· Il faut penser à protéger ta vie privée et cerner les usages d’une plateforme. Des fois, des gens peuvent tenter de t’extorquer des renseignements. S’ils te demandent le numéro de carte bancaire du service achat, c’est louche. Ne cède pas. Et attention : si quelqu’un te dit qu’il est une fillette de 12 ans, c’est peut-être un gros barbu de 35. Méfiance.

· Puisque tu travailles à Pravda Télévision, tu dois t’assurer que le profil et le contenu des bobards que tu débites sur les réseaux sociaux sont compatibles avec la ligne officielle du Parti.

· Pour une meilleure expression de tes propos, il ne faut pas oublier de les mesurer et de les contrôler. Pas plus de 140 caractères. Et pas de fautes d’orthographes pornographiques comme sur Libé ou Le Monde. C’est Pravda Télé, c’est du lourd, du sérieux, du qui ne s’amuserait pas à annoncer un retrait de Juppé de la vie politique, par exemple.

· Afin de préserver Pravda Télévision, tu ne publieras aucune information interne, confidentielle. Et comme il y a toujours un risque, tu ne publieras aucune information du tout.

· Il t’est fortement conseillé de publier des propos qui s’inscrivent dans la prolongation logique des écrits (sites, blogs) et/ou des paroles (antenne). Oui. On l’a déjà dit. Mais c’est parce que c’est drôlement important.

· Si tu veux, tu as le droit de mentionner la source d’un contenu qui ne dérange personne et qui est en accord avec tout le monde. On appelle ça la netiquette. Si tu es sage, on te dira ce que c’est avant d’aller dormir.

· Le média en ligne direct avec l’Élysée doit demeurer, dans la mesure du possible, la source officielle des informations publiées.

· Il va de soi qu’une information doit toujours être vérifiée avant d’être communiquée. Il est aussi conseillé de ne pas commenter les rumeurs. Mais bon. Lorsque les rumeurs concernent des ennemis politiques, ou des trucs vraiment croustillants, tu pourras commenter. Et relayer. A condition d’utiliser abondamment les guillemets, le conditionnel et les « de source sûre ». Attention : si tu vas trop loin, on te lâchera.

· Tu feras bien de différencier les usages personnels des usages professionnels. Si tu publies en ligne à titre personnel des contenus pertinents pour Pravda Télévisions, sur un coup de chance, par erreur, par action ou par omission (on sait jamais), tu seras amené à préciser qu’un tel coup de bol « relève de ma responsabilité et ne représente pas les positions de Pravda Télévisions». De toute façon, si c’est vraiment pertinent, personne ne croira que ça vient de nous, hein. Et le groupe Pravda Télévisions niera avoir eu connaissance de tes agissements.


Sticker RATPBref : la charte de France Télévision est, finalement, l’illustration comique du décalage subi par les sociétés définitivement restées coincées dans des schémas d’un autre siècle ; comme toute bonne administration d’état, on retrouve le syndrome d’un traitement de la communication assez mauvais, parfaitement dans la même lignée que les abrutissants stickers RATP, qui revient à tancer gentiment le gamin qu’est l’usager ou le salarié, ce minus habens un peu débile, qu’on va légèrement culpabiliser le tout sur un ton maternant.

Ce ton n’est pas un hasard. Il ne doit rien à une mode purement passagère, ni à un mouvement inconscient des entités publiques pour exprimer des idées basiques, voire frôlant la tautologie ou le débile, à la façon d’une mère moralisatrice faisant de gentilles rodomontades à son garnement. C’est parfaitement assumé et conscient.

Frauder – ne volez pas, l’état n’aime pas la concurrencePar exemple, on retrouve aussi ce ton caractéristique dans l’insupportable campagne « Taxer C’est Voler » … pardon « Frauder c’est Voler » et ses inénarrables spots radio dans lesquels sont mis en scène un politicien qui se demande comment ratisser le maximum de pognon dans la poche des contribuables, ou quelque chose d’assez proche : lorsque l’État et ses institutions prennent la parole et s’adressent à vous, il condescend à vous asperger de sa sainte luminosité ; tenant compte de l’effet effrayant qu’une telle cataracte de clarté et de bonté peut provoquer, il prendra un ton adapté, ferme mais doux, pour à la fois vous faire comprendre que vous n’êtes qu’un vermisseau parmi les vermisseaux, et que toute tentative de penser de travers, de répondre du tac-au-tac, de s’opposer sera écrabouillée maternellement à coup de pompe cloutée dans la gueule avec la plus totale gentillesse.

Il faut bien dire que, pour le communicant commissionné par l’État dans ses lamentables campagnes de pub, la tâche est rude : il faut faire passer des messages qui s’adressent essentiellement à des débiles légers, sans froisser aucune minorité, ne provoquer aucune polémique, ne heurter aucune sensibilité politique, ne pas pouvoir être attaqué sur les couleurs, la police de caractère utilisée, et par dessus-tout, faire un message compréhensible par des gens qui, ne l’oublions pas, sont passés par les mains expertes de l’Édulcoration Nationale.

On comprendra que le résultat soit une soupe très clairette, sans gras, sans sel, sans sucre, écrit gros avec des phrases Sujet + Verbes + Complément Optionnel.

Il n’y a plus guère que lorsque ce sont les partis politiques eux-mêmes qui s’expriment qu’on retrouve un semblant (en version synthétique, tout de même) de communication plus traditionnelle, comme lorsque l’UMP fanfaronne sur les « réalisations » de son Mètre À Penser pendant ses quatre années de sursis.

La Charte de Pravda-Télé est donc une parfaite illustration de cette tendance : expliquer ce que tout le monde sait déjà, claironner par monts et par vaux la magnifique réalisation sur parchemin en vélin surfin, et obtenir au final un code de conduite à peine digne d’un restaurant lycéen, à mi-chemin entre un règlement intérieur barbant et un devoir de rentrée en 5ème.

Et bien sûr, ces sommets de médiocrités sont réalisés avec vos impôts.
—-
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  • Materner des débiles légers, ne heurter aucune minorité, une soupe sans sel…
    Tout ça, c’est la Vérité (= Pravda).

    Mais :
    « Le média en ligne direct avec l’Élysée doit demeurer, dans la mesure du possible, la source officielle des informations publiées. »
    Ça, c’était du temps du Général.
    Maintenant il est fortement conseillé de pincer très fort Nicolas Sarkozy, car la ligne est en direct avec Rue89, Libé, le Nouvel Obs et le Flore..

  • cet article est bourré d’inexactitudes.par exemple: »Et bien sûr, ces sommets de médiocrités sont réalisés avec vos impôts »non .avec les impots ET la dette.il faut rouvrir vos manuels d’economie monsieur H!

    • Les dettes ne sont rien d’autres que des impôts différés.

    • En fait, au sens strict vous avez tort tous les deux : selon le droit constitutionnel français les dépenses sont parfaitement disjointes des recettes (c’est beau, n’est-il pas ?). Les recettes étant tout un tas de choses, dont des amendes, des redevances (redevance télé notament), des impôts, des dividendes, des emprunts, etc.
      Une formulation strictement correcte pourrait donc être : « Ces dépenses sont réalisée avec le contenu de la caisse publique ». Mais bon, on a le droit d’appeler ça « impôt » au sens large, et la métonymie est un procédé rhétorique parfaitement correct, donc il n’y a rien à redire au remplacement de « contenu de la caisse publique » par « vos impôts ».

  • Très bel article de vieux réac!

  • Les commentaires sont fermés.

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