Le sale argent de la politique

Faute d’être légal, le financement de la vie politique est occulte

Faute d’être légal, le financement de  la vie politique est occulte.

Un article publié en collaboration avec l’ALEPS (*)

Dans l’ensemble de la classe politique, il est de bon ton de dénoncer le « sale argent » : celui des financiers, des spéculateurs, des grands patrons, du CAC 40, des traders, etc.

En revanche, la discrétion est de mise à propos des corruptions quotidiennes dans lesquelles sont impliqués des hommes politiques, des partis et des syndicats de tous bords. Ces braves gens se rendent à une évidence : pour mener leurs campagnes, pour préparer les élections, pour fidéliser leurs militants et leur clientèle, il faut de l’argent. Et il en faut de plus en plus, avec les techniques de communication efficaces mais coûteuses. Ne pas avoir d’argent, c’est se condamner à disparaître. Ainsi a disparu en 2002 le parti libéral démocrate d’Alain Madelin.

Cette affaire prend un tour rocambolesque mais dangereux avec l’ouvrage publié par deux journalistes du Monde dont le titre est « Sarkozy m’a tuer » et dont un chapitre explosif concerne les enveloppes que le candidat Sarkozy en 2007 serait allé chercher chez la brave dame Bettencourt. Peu importe le détail, mais on voit que la corruption pourrait concerner les plus vertueux si la loi de financement des partis et des candidats n’était pas abrogée.

Cette loi a été prise en 1993-1995 par le gouvernement Balladur, en apparence pour « moraliser » la vie publique, en réalité pour justifier l’amnistie pour des corruptions antérieures qui l’accompagnait. Elle prévoit que c’est l’État qui veille au financement des partis en fonction de leur représentativité, les fonds privés ne pouvant jouer qu’un rôle d’appoint. Deux conséquences : d’une part impossibilité de créer une nouvelle formation (puisqu’elle n’a encore aucune représentation électorale), d’autre part mise des partis sous surveillance du pouvoir – ce qui est une curieuse conception de la démocratie.

Il serait temps d’en venir à la totale liberté de financement de la vie publique, comme dans la plupart des démocraties. Aux États-Unis non seulement les citoyens (entreprises mais surtout individus) donnent de l’argent au candidat de leur choix, mais la masse collectée est un argument dans la compétition : c’est la mesure de la confiance accordée au candidat. Obama avait de loin remporté la course à la collecte en 2008.

L’argent de la politique n’est pas sale. L’argent sale c’est celui de la corruption.

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Article repris du site de l’ALEPS, Libres.org, avec l’aimable autorisation de Jacques Garello.

(*) L’ALEPS, présidée par le Professeur Jacques Garello, est l’Association pour la Liberté Économique et le Progrès social, fondée il y a quarante ans sous l’autorité de Jacques Rueff, dans la tradition intellectuelle française de Jean Baptiste Say et Frédéric Bastiat.