Chroniques de la strangulation économique ordinaire

La souffrance des petits commerçants et son lien avec les révolutions arabes

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Chroniques de la strangulation économique ordinaire

Publié le 9 septembre 2011
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Vincent Bénard sur la souffrance des petits commerçants et son lien avec les révolutions arabes:

Quittons un moment les eaux marécageuses de la finance, du foreclosure gate, de la macro-économie et des indicateurs plongeants, pour le monde merveilleux de la micro-économie à la Française.

Quel rapport y a-t-il entre Mohamed Bouazizi et la patronne du petit hôtel de village de la vallée de la Loire où étaient logés quelques-uns de mes camarades du Parti Libéral Démocrate le week-end dernier ? A priori, ils ne se ressemblent guère. Et pourtant.

Mourir pour un chariot de légumes

Mohamed Bouazizi est le jeune homme qui, en s’immolant par le feu en Tunisie, a déclenché une vague de révoltes populaires qui ont emporté Ben Ali, Moubarrak, Kadhafi, et peut-être demain El Assad et Saleh. Beau carton ! Certes, rien ne dit que ce que qui surgira de ces révoltes populaires sera au final positif, mais du point de vue de ceux qui ont risqué leur vie pour renverser les tyrans en place, au moins, cela valait la peine d’essayer.

Mohamed Bouazizi s’est immolé en décembre 2010 parce que la police lui avait saisi un chariot de légumes, parce qu’il n’avait pas toutes les autorisations nécessaires pour les vendre. Il s’est suicidé parce qu’il voulait seulement qu’on le laisse vendre ses légumes. Comme l’écrit Habib Sayah, Son message est ouvertement libéral :

Laissez faire ! Laissez moi vivre !
Foutez moi la paix ! Cessez de m’étrangler !

En Tunisie, il faut souvent plusieurs mois de démarches, plusieurs mois de revenu moyen de pots de vin, pour pouvoir ouvrir un commerce ou un business, et en cas de succès, le profit est taxé à 62%. En conséquence, le pays est pauvre, beaucoup survivent de petites combines au black. Et lorsque la coupe est pleine, les empêcheurs de travailler d’hier sont sous le feu, c’est le cas de le dire, de la colère populaire.

Atlas Shrugs

Quel rapport avec notre hôtelière des environs de Langeais ? Dans une conversation à bâtons rompus, celle-ci, une petite dame près de la retraite, que l’on devine courageuse et dure à la tâche, nous explique avec lassitude qu’elle va devoir fermer. L’administration, nouvelles normes obligent, exige que son établissement renforce ses normes anti-incendie et installe des portes coupe-feu un peu partout. Elle veut que sa charpente du XVIIIème siècle et son toit en ardoises reçoive des trappes de désenfumage. Elle veut, enfin, que sa vieille bâtisse du même siècle, en pente et pleine de marches, soit mise aux normes handicapés. Pour janvier 2012.

Elle va jeter l’éponge, notre petite hôtelière. Son établissement est modeste, une douzaine de chambres, à 60 euros l’une, à peu près. Elle pourrait s’endetter une fois de plus, pour complaire aux exigences de l’État emmerdeur. Mais elle n’a plus la force. Elle est proche de la retraite. Elle va fermer, de guerre lasse.

Et elle ajoute qu’elle connaît plusieurs petits hôteliers de la région dans la même situation. Même état d’esprit. « Atlas Shrugs ». Fermeture. Rideau.

Admettons que 10 hôtels par département ferment. 1000 en France. C’est peu en apparence, mais c’est 1000 propriétaires dont le capital productif est stérilisé par une administration qui, depuis qu’on lui interdit, fort justement d’ailleurs, de faire concurrence au secteur privé, se réfugie dans l’hyper-normatisme pour justifier son existence. La France fait actuellement fructifier hors de tout contrôle les catégories de fonctionnaires dont l’unique et inique raison d’être est de pourrir la vie des autres.

Mais la sécurité, qu’en faites-vous, sale exploiteur ?

Je sens les bonnes âmes et les fonctionnaires de la direction départementale du tourisme (sic !) bondir. « Comment, mais vous voulez donc que les touristes et les VRP dorment dans des établissements pas aux normes, donc terrrrriblement dangereux ? »

Tout d’abord, notons que sur ces centaines d’hôtels un peu vieillots qui vont fermer, aucun n’avait brûlé depuis pas mal de temps, alors même qu’ils n’étaient conformes qu’aux normes de 1976 ou 1998. Et même si un mouroir à clandestins a brûlé il y a trois ans au nord de Paris, entraînant la mort de plusieurs familles, fallait-il sur-réagir et faire fermer TOUS les établissements qui ne sont conformes qu’à la dernière version de la norme ?

La France se « Ben Alise » : une administration tentaculaire étouffe de plus en plus les petits, les « entrepreneurs d’en bas ». Notre hôtelière ne s’immolera pas par le feu. Pas encore. Le niveau d’exaspération n’est pas le même. Parfois, bien sûr, un petit chef d’entreprise se suicide, après une séquence de racket fiscal. Tout le monde s’en fout. C’était un sale capitaliste, un vil exploiteur, de toute façon.

Solution de bon sens

Je suggère modestement, dans le cas hôtelier qui nous occupe, une solution plus simple au problème de mise aux normes de sécurité. En admettant que la norme soit révisée tous les 10 ans (je n’en sais rien, c’est pour illustrer), en plus du classement étoiles NN de l’hôtel, indiquer son classement « S 2011 » pour les hôtels dernier cri, « S 2001 » pour les hôtels un peu plus anciens, et ainsi de suite. Les consommateurs choisiront comme des grands s’ils acceptent de confier leur vie à un hôtel qui ne respecte que la norme de sécurité de 2001 ou de 1991.

Ce sera d’ailleurs un puissant incitatif, pour les hôteliers, à se mettre à une norme pas trop ancienne : question d’image, montrer que l’on n’a pas fait de gros travaux depuis 1976, ce n’est pas terrible. Mais notre hôtelière, au lieu de devoir financer de gros travaux sur un délai très court, pourrait choisir de les étaler sur 7/8 ans. Et n’afficherait son précieux S-2011 qu’en 2018. Et ce serait très bien comme cela.

Quant à l’accès aux personnes à mobilité réduite, reconnaissons que s’il est important qu’elles aient accès à un nombre suffisant d’hôtels adaptés, il est également idiot de forcer TOUS les hôtels à être aptes à les recevoir. Notamment ceux qui exploitent des vieilles bâtisses du XVIIIème siècle au charme fou, mais qui ne peuvent pas aplanir le terrain en pente et installer un ascenseur.

C’est encore loin, Tunis ?

Mais notre histoire ne s’arrête pas là.

Notre hôtelière ajoute, dans la conversation, que ce qui lui fait le plus mal, c’est que non seulement les chambres d’hôtes qui prolifèrent autour d’elles ne sont pas soumises aux mêmes contraintes, mais qu’en plus, le Conseil Général local (d’Indre et Loire), le même qui vient d’augmenter ses impôts fonciers de plus de 30% ces trois dernières années, subventionne leurs travaux d’aménagement à hauteur de 65% (! !), subventions auxquelles les hôteliers n’ont évidemment pas accès. Sans doute un élu important de la majorité avait-il de bons amis qui tiennent une chambre d’hôte…

Vous comprenez pourquoi la Tunisie n’est pas si loin ?

Non seulement le bras droit de l’administration (l’État) étrangle jusqu’à l’étouffement tout ce qui ose entreprendre, mais le bras gauche (Collectivités locales) choisit les gagnants de la compétition économique et distribue l’argent public à ses clientèles préférées, les deux bras se terminant par une main enfoncée de plus en plus profondément dans vos poches.

Cela a beau avoir les apparences légales du résultat d’un vote démocratique, les différences avec la Tunisie sont assez cosmétiques, vous ne trouvez pas ? De là à imaginer que cela se finisse de la même façon, un jour…

Le mot de la fin

« Si ça bouge, taxez. Si ça bouge encore, réglementez. Quand ça ne bouge plus, subventionnez ! », disait avec son sens incomparable de la formule choc Ronald Reagan, en parlant des préceptes économiques en vigueur dans les cercles de décision de l’Etat.

Il aurait pu ajouter : « Et quand les gens se révoltent, planquez vos fesses, salopards ! »

——-
Lire également :

« Tunisie, une révolution sociale pour la liberté d’entreprendre », par H. Sayah

Sinon, l’Europe, l’État et les collectivités locales subventionnent aussi les hôtels de luxe, et ça m’éneeerve aussi.

La France crèvera de sa bureaucratie

Meurtre étatique de la petite industrie pétrolière

Quand l’État réglemente la ratatouille surgelée (véridique)

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Sur le web

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  • Excellent article – comme d’hab -, censé et évident.

    Et valable pour nombre de secteurs…

  • Bon article…

    En tunisie 62 % d’impôts.

    En France, il faut rappeler que les 60 € par nuit sont TTC, il y a 9,83 € de TVA, plus l’IS 33,33 %, + la CFE + la CVAE + les différentes taxes et impôts…

    Nous devons pas être loin des 50 %, donc la Tunisie est plutôt proche…

  • Finalement, les Etats sont le premier « actionnaire  » de la plupart des entreprises et ceci sans y mettre un centime … Si on prend en compte la TVA, l’IS et toutes les autres taxes nationales et locales, l’Etat gagne plus avec l’activité économique que les actionnaires/associés des entreprises.

  • et les entreprises du cac 40,elles n’ont pas l’air étranglées puisqu’elles dégagent des benefices supérieurs d’année en année.l’environement législatif ne les gene pas.cherchez l’erreur.en france il faut faire le distingo entre le petit entrepreneur qui paye cher sa liberté et les groupes cotés qui n’ont jamais autant baigné dans le bonheur.et la dessus j’ai peine a entendre nos bien sympatiques libéraux.un petit entrepreneur

    • Les libéraux sont beaucoup plus proches des petites entreprises que des grandes.
      Ces derniers sont des chasseuses de subvention et font du lobbying intense pour réclamer des privilèges et écarter la concurrence. De plus, elles ont effectivement les bataillons de juristes pour gérer la bureaucratie française. Ce que ne peut se permettre le petit entrepreneur, par manque de temps et de moyens.
      De plus, les créations nettes d’emplois viennent des TPE et des PME, pas des multinationales.
      Donc c’est bien des entrepreneurs que les libéraux sont proches. Et oui, l’Etat fait payer cher ceux qui veulent la liberté : puisqu’il tente de justifier son existence et sa taille par le nombre de personnes dépendantes, les indépendants représentent un danger pour lui.

  • A Marie Georges

    N’oubliez pas que :
    – une bonne partie des entreprises du CAC40 sont gérées par des Inspecteurs des Finances et d’autres apparatchiks qui ont fait leur carrière dans l’Etat. En plus, elles réalisent une partie de leur chiffre d’affaires grâce aux commandes de l’Etat. Donc ça ressemble un peu au modèle soviétique.
    – une bonne partie des entreprises du CAC40 réalisent la moitié de leur chiffre d’affaires à l’étranger et peuvent donc complétement expatrier leur activité vers des pays plus cléments sur le plan fiscal et réglementaire si l’Etat français veut les spolier d’avantage. Si elles s’en vont, l’impact sur l’emploi, les impôts et l’activité en France ne sera pas négligeable.

    En ce qui concerne le « petit entrepreneur qui paye cher sa liberté », je suis tout à fait d’accord avec vous.
    Le bonheur dans lequel baignent certaines grandes entreprises – comme vous le dites – ne nuit pas forcément au bonheur des petites. La petite entreprise est noyée dans la bureaucratie, les taxes et les impôts divers, la réglementation absurde, etc, mais ceci est de la responsabilité de l4etat, pas des grandes entreprises.

    • Elles ont en France au moins leur R&D source de plus-value, leurs services commerciaux, leur communication, leur siège social..
      Où peut-on trouver pour le CAC 40 le nombre d’emplois directs en France ?

    • @pagifer « Si elles s’en vont, l’impact sur l’emploi, les impôts et l’activité en France ne sera pas négligeable. »peut etre avez vous raison mais je penche plutot pour l’idée qu’elles coutent plus qu’elles ne rapportent en moyenne.tres peu payent des impots significatifs,beaucoup reçoivent des aides directes ou indirectes,toutes font le chantage a l’emploi

  • « , les indépendants représentent un danger pour lui. »je ne sais pas si j’irais jusque la.je dirais plutot »une variable d’ajustement de rentrées fiscales »

  • @marie georges,
    Les entreprises du CAC40 sont typiques de ce qu’on appelle le capitalisme politique, où l’Etat est de connivence avec les grands groupes pour organiser des monopoles et pour évincer les plus petits de toute concurrence. Cette concentration du pouvoir où le capitalisme se met aux ordre de l’Etat avait été dénoncée par Hayek dans La Route de la Servitude. Dès les premières pages du livre, Hayek avait utilisé l’exemple des Nazis et du fascisme (où règne le dogme du capitalisme politique) pour démontrer le danger de la concentration du pouvoir économique par la montée des monopoles privés dans l’Allemagne d’entre deux guerres. Il avait bien analysé en quoi les grands monopoles et cartels, aussi privés soient-ils relèvent du socialisme et non du capitalisme.

    Donc il ne faut pas dire que les libéraux n’ont pas abordé ce problème et bien sûr, ils sont contre la forme de capitalisme pratiquée les entreprises du CAC40.
    Pour vous raconter une anecdote, j’avais un client américain qui me disait que quand il avait monté sa boîte, il votait Républicain (droite) et maintenant que sa boîte est en situation de quasi-monopole, il vote Démocrate (gauche). Donc cette tendance à vouloir s’appuyer sur l’Etat pour assoir des privilèges n’a rien d’un scoop pour quelqu’un qui s’intéresse au libéralisme.

  • @minitax,merci des précisions.pour moi les libéraux c’est thatcher et reagan,ceux qui se voient.je ne pensais pas aux théoriciens.les théoriciens de tous bords ont souvent raison dans l’absolu.je retiens hayek dans un coin de mon cerveau

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