Quand une opinion minoritaire devient-elle majoritaire ?

Une étude scientifique indique qu’à partir du moment où 10% d’une population croit fermement en quelque chose et le fait partager, cette opinion devient rapidement majoritaire

Une étude scientifique indique qu’à partir du moment où 10% d’une population croit fermement en quelque chose et le fait partager, cette opinion devient rapidement majoritaire.

Par Alex Korbel

Dans son ouvrage intitulé The Tipping Point, Malcolm Gladwell examine la manière dont les tendances minoritaires deviennent des phénomènes massifs.

Une récente étude scientifique semble indiquer que le chiffre-clef soit 10%.

Les scientifiques du Rensselaer Polytechnic Institute ont découvert que lorsque seulement 10% de la population a une conviction inébranlable, leur croyance sera toujours adoptée par la majorité de la société.

Les scientifiques, qui sont membres du Social Cognitive Networks Academic Research Center (SCNARC) du Rensselaer, ont utilisé des méthodes de calcul et d’analyse pour découvrir ce point de basculement où une croyance minoritaire devient l’opinion majoritaire. Cette découverte pourrait se révéler importante dans l’étude des interactions sociales allant de la diffusion des innovations à l’évolution des idées politiques.

« Quand le nombre de détenteurs d’opinion est inférieur à 10%, on n’observe pas de progrès visibles dans la propagation des idées. Une fois que ce nombre atteint 10%, l’idée se répand comme une flamme et devient rapidement majoritaire » déclare Boleslaw Szymanski, le Directeur du SCNARC à Rensselaer.

La recherche du consensus

« En général, les gens n’aiment pas avoir une opinion impopulaire et sont toujours à la recherche d’un consensus. Nous représentons cette dynamique dans chacun de nos modèles. Ainsi, chacun des individus de nos modèles parle de son opinion aux autres individus. Si l’auditeur a les mêmes opinions que l’orateur, la conversation renforce la conviction de l’auditeur. Si l’auditeur a une opinion différente de l’orateur, il suffit que l’auditeur s’entretienne avec une seconde personne ayant l’opinion minoritaire pour adopter cette opinion. »

Un aspect important de la conclusion de l’étude est que l’existence et le niveau de ce point de basculement ne change pas de manière significative quel que soit le type de réseau dont font partie les personnes partageant l’opinion minoritaire. En d’autres termes, le pourcentage de détenteurs d’opinion requis pour influencer une société demeure à environ 10%, peu importe comment et d’où l’opinion commence à se répande dans la société.

Quelles perspectives pour les libéraux et libertariens ?

Une opinion minoritaire n’est donc pas condamnée à le rester. Il est possible pour un petit groupe de personnes motivées d’avoir un impact disproportionnellement important sur l’opinion publique et peut-être sur le processus politique.

Une interprétation qui pourrait intéresser les libéraux* et libertariens comme les autres personnes ayant des opinions minoritaires… pourvu qu’ils soient doués de parole.

 

* Par exemple, lors des élections présidentielles de 2002, sur 16 candidats, un seul affichait clairement son orientation libérale. Il n’a pas atteint 4% des suffrages exprimés, soit moins que le candidat des chasseurs. Les quatre candidats communistes et assimilés ont totalisé 14%, l’extrême droite, au programme très interventionniste et anti-mondialiste affirmé, a atteint 19%, les écologistes 7% et les candidats socio-démocrates des partis dits de gouvernement, qui ont tous pris soin de se dissocier du libéralisme, et dont certains flirtaient volontiers avec les extrêmes, ont monopolisé les 50% restant.