Quand une opinion minoritaire devient-elle majoritaire ?

Une étude scientifique indique qu’à partir du moment où 10% d’une population croit fermement en quelque chose et le fait partager, cette opinion devient rapidement majoritaire

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Quand une opinion minoritaire devient-elle majoritaire ?

Publié le 19 août 2011
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Une étude scientifique indique qu’à partir du moment où 10% d’une population croit fermement en quelque chose et le fait partager, cette opinion devient rapidement majoritaire.

Par Alex Korbel

Dans son ouvrage intitulé The Tipping Point, Malcolm Gladwell examine la manière dont les tendances minoritaires deviennent des phénomènes massifs.

Une récente étude scientifique semble indiquer que le chiffre-clef soit 10%.

Les scientifiques du Rensselaer Polytechnic Institute ont découvert que lorsque seulement 10% de la population a une conviction inébranlable, leur croyance sera toujours adoptée par la majorité de la société.

Les scientifiques, qui sont membres du Social Cognitive Networks Academic Research Center (SCNARC) du Rensselaer, ont utilisé des méthodes de calcul et d’analyse pour découvrir ce point de basculement où une croyance minoritaire devient l’opinion majoritaire. Cette découverte pourrait se révéler importante dans l’étude des interactions sociales allant de la diffusion des innovations à l’évolution des idées politiques.

« Quand le nombre de détenteurs d’opinion est inférieur à 10%, on n’observe pas de progrès visibles dans la propagation des idées. Une fois que ce nombre atteint 10%, l’idée se répand comme une flamme et devient rapidement majoritaire » déclare Boleslaw Szymanski, le Directeur du SCNARC à Rensselaer.

La recherche du consensus

« En général, les gens n’aiment pas avoir une opinion impopulaire et sont toujours à la recherche d’un consensus. Nous représentons cette dynamique dans chacun de nos modèles. Ainsi, chacun des individus de nos modèles parle de son opinion aux autres individus. Si l’auditeur a les mêmes opinions que l’orateur, la conversation renforce la conviction de l’auditeur. Si l’auditeur a une opinion différente de l’orateur, il suffit que l’auditeur s’entretienne avec une seconde personne ayant l’opinion minoritaire pour adopter cette opinion. »

Un aspect important de la conclusion de l’étude est que l’existence et le niveau de ce point de basculement ne change pas de manière significative quel que soit le type de réseau dont font partie les personnes partageant l’opinion minoritaire. En d’autres termes, le pourcentage de détenteurs d’opinion requis pour influencer une société demeure à environ 10%, peu importe comment et d’où l’opinion commence à se répande dans la société.

Quelles perspectives pour les libéraux et libertariens ?

Une opinion minoritaire n’est donc pas condamnée à le rester. Il est possible pour un petit groupe de personnes motivées d’avoir un impact disproportionnellement important sur l’opinion publique et peut-être sur le processus politique.

Une interprétation qui pourrait intéresser les libéraux* et libertariens comme les autres personnes ayant des opinions minoritaires… pourvu qu’ils soient doués de parole.

 

* Par exemple, lors des élections présidentielles de 2002, sur 16 candidats, un seul affichait clairement son orientation libérale. Il n’a pas atteint 4% des suffrages exprimés, soit moins que le candidat des chasseurs. Les quatre candidats communistes et assimilés ont totalisé 14%, l’extrême droite, au programme très interventionniste et anti-mondialiste affirmé, a atteint 19%, les écologistes 7% et les candidats socio-démocrates des partis dits de gouvernement, qui ont tous pris soin de se dissocier du libéralisme, et dont certains flirtaient volontiers avec les extrêmes, ont monopolisé les 50% restant.

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  • Hum, s’agit-il de « modèles », comme dans la citation ou d’expériences réelles ou de statistiques sur le monde réel? Parce-que les modèles dépendent fortement des hypothèses de départ. Et quand je vois certaines des hypothèses de départ comme « En général, les gens n’aiment pas avoir une opinion impopulaire et sont toujours à la recherche d’un consensus » ou (surtout) « Ainsi, chacun des individus de nos modèles parle de son opinion aux autres individus », j’ai quelques doutes sur la fiabilité de celui décrit ici…

    • Je suis d’accord avec Mateo, les hypothèses me semblent très douteuses, surtout « Si l’auditeur a une opinion différente de l’orateur, il suffit que l’auditeur s’entretienne avec une seconde personne ayant l’opinion minoritaire pour adopter cette opinion. » dont nous savons tous par expérience qu’elle est fausse. Le modèle exclut l’utilisation des médias, qui sont pourtant à mon avis un moyen de transmission d’opinions extrêmement puissant (il suffit de trafiquer un peu les reportages et on obtient facilement un scandale conduisant aux conclusions voulues).
      D’autre part quid du cas où plusieurs opinions minoritaires coexistent, avec chacune leurs adeptes convaincus ? Je ne pense pas qu’on puisse modéliser aussi simplement un phénomène aussi complexe que la transmission d’opinions dans une société.

  • Cet article me rappelle le sophisme du « paradoxe de la flèche » de Zénon d’Elée. Analyser un phénomène isolément sans prendre en compte son environnement, faire varier une variable d’un système complexe sans envisager les réactions multiples et imprévisibles qui peuvent avoir lieu à cause de cela, ne peut mener qu’à des conclusions absurdes, comme ce magistral 10%=100%.

    Il faut bien moins de 10% de convaincus pour convertir la société, mais il ne faut pas oublier que d’autres groupes de convaincus vont réagir pour contrer vos propres idées.

  • Ca veut simplement dire qu’il faut arriver à une masse critique de 10 % de libéraux dans ce foutu pays. Pour l’instant il y a plutôt 10 % d’antilibéraux convaincus. Avoir un nombre équivalent de libéraux conscients de l’être ne suffirait peut-être pas à devenir majoritaire par le processus de levier décrit dans ce papier, mais au moins ça ferait un contrepoids qui éviterait la glissade permanente vers le socialisme.

  • C’est pas une glissade, c’est une noyade

  • J’avais déjà commenté les hypothèses de travail et les résultats de cette étude sur le blog de Henri Verdier.
    Pour résumer: ces résultats n’en sont pas ou au mieux ne veulent pas dire grand chose. On constate qu’il existe de type de phénomènes, mais les hypothèses retenues ici sont à la limite du sérieux.
    Sans vouloir doucher votre optimisme quant à ces résultats, je les trouve pour ma part fondé sur des hypothèses très limitées, et donc assez peu intéressants.
    En effet, le résultat contre intuitif qui semble vous intéresser, n’a de sens que dans le temps. Or le temps n’est pas neutre. Les acteurs vivent et meurent. Par ailleurs l’imperméabilité du résultat à la structure du nuage et des réseaux dépend de leur permanence. Là encore, votre intuition est probablement la bonne: les réseaux ne sont mas non plus inertes. L’étude prévoit d’ailleurs qu’en rencontre potentiellement convertissante amène nécessairement une nouvelle exposition.
    Enfin, vous touchez du doigt la véritable limite de ce modèle en vous posant la question de l’opinion des « true believers », mais vous n’allez pas assez loin. En effet, il est non seulement sous-entendu que les « true believers » ne changent jamais d’opinion (sinon, le mécanisme tend très rapidement vers l’élimination de cette tendance) mais de surcroit les « new believers » acquièrent automatiquement les caractéristiques des premiers, alors que ce n’est pas le cas des non croyants qu’ils rencontrent, sinon ils seraient à leur tour convertis avant de pouvoir essaimer.
    Tout phénomène présentant une versatilité ainsi à sens unique, même s’il peut y avoir un degré (une seule rencontre ne suffit pas à convertir, on pourrait généraliser en disant que n rencontres consécutives sont nécessaires à convertir, et à l’infini de temps on aboutirait encore au même résultat).
    Un autre point qui m’a interpellé: la transcription de l’hypothèse de la recherche d’un consensus. En soi, cette première hypothèse est tout à fait contestable, mais si on l’accepte, que dire d’un consensus qui serait réalisé en creux?
    Il n’y a que deux possibilités: ou les non convaincus n’ont pas d’opinion ou ils en ont une concurrente de celle étudiée. Dans le cas où la population est totalement indemne de position, un consensus peut se former ainsi, mais sinon, comme le dit Vincent Pinte Deregnaucourt, il est difficile d’accepter une hypothèse où seuls les porteurs de l’opinion étudiée ont une influence sur les autres.
    C’est au minimum très restrictif comme hypothèse, au point de lui faire perdre toute portée.

    P.S.: en fait de « Tipping Point », le livre de Malcolm Gladwell qui a connu un certain succès n’était pas dénué d’intérêt, mais s’appuie sur tout autre chose, en particulier une typologie beaucoup plus fine des acteurs de la chaine de transmission. Cela étant, son propre travail se heurte à un écueil de même nature scientifique, bien que différent: si on peut interpréter à rebours, on ne sait pas renouveler l’expérience à partir des conclusions obtenues, en général au prétexte de l’impossibilité de le faire « in vivo ». En fait, ces expériences ont lieu tous les jours lors de la mise sur le marché de produits. SI elle sont non reproductibles selon le protocole résultant de l’interprétation, c’est que ces résultats sont eux-mêmes erronés.

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