Ce que devrait être une cotation honnête des dettes souveraines US et française

L’utilisation de critères comptables classiques conduit à accorder la note CCC pour les USA et B- pour la France

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Illustration Mr Fish

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Ce que devrait être une cotation honnête des dettes souveraines US et française

Publié le 9 août 2011
- A +

Par Loïc Abadie
Article publié en collaboration avec ObjectifEco

 

Loïc Abadie’s Rating initie la notation des USA à CCC et de la France à B-, perspective négative

 

Résumé du rapport :

Notre agence nouvellement fondée a récemment été informée du fait qu’un illustre concurrent accorde actuellement la note AA+ aux USA (ce qui signifie « la capacité de l’emprunteur à répondre à ses obligations financières est très élevée »), et AAA à la France (ce qui signifie « la capacité de l’emprunteur à répondre à ses obligations financières est extrêmement élevée »). Nous ne connaissons pas les critères que ce concurrent a utilisés pour obtenir ces résultats et ces notes particulièrement généreuses (même après une légère révision de celle des USA).

Pour notre part, l’utilisation de critères comptables et financiers classiques nous a conduit à accorder la note CCC, perspective négative pour les USA, et B-, perspective négative pour la France (en suivant la même grille de notation que ce concurrent).

Ces notes classent donc les obligations de ces deux pays respectivement dans le bas et dans le milieu de la catégorie « junk bond ».

 

Détail du rapport :

USA :

Le budget actuel (2011) établi par le gouvernement US fait état de recettes égales à 2173,7 milliards de $, et de dépenses égales à 3818,8 milliards de $, ce qui signifie que cet État dépense 75% de plus que ce qu’il gagne.

Par ailleurs, la dette totale de l’État US s’élève actuellement à 9894,8 milliards de $* (dette intragouvernementale non comprise), auxquels s’ajoutent 2444,4 milliards de $ de dettes des collectivités locales et États fédérés. Cela représente 5,7 années de recettes fiscales, recettes qui ne parviennent de toute façon même pas à couvrir 56,9% des dépenses de l’État US.

Les prévisions budgétaires établies pour les  5 années à venir, indiquées dans le même fichier excel, nous apparaissent par ailleurs hautement fantaisistes.

Le gouvernement pense ainsi, dans ses dernières prévisions, obtenir une hausse de ses recettes budgétaires de plus de 38% en deux ans (les recettes passeraient de 2173 à 3003 milliards entre 2011 et 2013), sans augmenter les impôts, et aucune baisse significative des dépenses n’est envisagée.

Bien qu’ayant longuement fait appel à notre imagination, nous ne voyons pas quel événement économique permettrait une telle hausse des recettes fiscales. En fait, celles-ci pourraient même baisser, sous l’effet d’un retour à une situation de récession liée au fait que l’État US n’a plus la capacité budgétaire pour augmenter son déficit et relancer l’économie par de nouveaux plans keynésiens.

Pour ces raisons, il nous apparaît que les USA sont actuellement vulnérables au niveau de leur capacité à rembourser leurs dettes, et que cette capacité dépend entièrement de la présence de conditions économiques très favorables, et de la volonté des créanciers à continuer à refinancer une dette qui augmente rapidement.

Ces critères correspondent à la définition de la note CCC.

Par ailleurs, compte tenu de l’absence de volonté réelle de prendre en compte les problèmes budgétaires actuels, et du fait que la balance des paiements fortement déficitaire ne permettra pas un apport de liquidités permettant de couvrir même partiellement les besoins de l’État US,  la perspective de la note CCC des USA est établie à « négative.

France :

Le budget actuel prévu pour les 4 années à venir (2011 à 2014) est disponible ici (page 24).

Le budget 2010 de la France faisait état de recettes nettes de 273,3 milliards d’€, et de dépenses de 424 milliards d’euros. Les recettes ne couvraient donc que 64 % des dépenses de cet État.

Par ailleurs, la dette publique de la France s’élève actuellement à un peu plus de 1600 milliards d’euros, soit 5,9 années de recettes fiscales (qui ne suffisent même pas à couvrir 2/3 des dépenses engagées).

Le budget 2011 prévoyait un début de réduction du déficit (4,3% du PIB au lieu de 7,7%). Cependant, ces chiffres ont déjà été revus fortement à la hausse, le déficit 2011 étant maintenant prévu à 5,7% du PIB (l’ensemble de la presse a montré son sens critique et sa capacité de distanciation habituelle en parlant d’une « trajectoire de réduction du déficit public inchangée »).

Les prévisions établies pour les années suivantes ne prévoient aucune réduction des dépenses, mais une hausse des recettes de 17,5% entre 2011 et 2013. Bien que cela soit légèrement moins fantaisiste que la hausse de recettes de 38% espérée par le gouvernement US, nous ne voyons là non plus pas quels facteurs économiques  permettraient une telle hausse des recettes, dans un contexte où la conjoncture économique européenne se dégrade sensiblement.

Par ailleurs, la France a récemment contracté des engagements dans le cadre du FESF, pour garantir les dettes de pays actuellement en très grande difficulté. De notre point de vue, ces engagements (159 milliards d’€ pour le moment, en attendant d’autres programmes éventuels) ont de fortes chances de se traduire par de fortes pertes et risquent d’alourdir sensiblement le déficit français.

Pour ces raisons, il nous apparaît que la France, avec un déficit un peu moins important que celui des USA, dispose encore marginalement de la capacité à répondre à ses obligations vis-à-vis de ses créanciers, uniquement dans un contexte économique favorable. Toute dégradation de ce contexte entamerait probablement cette capacité.

Cela correspond aux critères d’une note B-

Compte tenu de l’absence de volonté réelle de prendre en compte les problèmes budgétaires actuels, et du fait que la balance des paiements qui se dégrade sensiblement depuis plusieurs années ne permettra pas (contrairement au Japon) un apport de liquidités permettant de couvrir même partiellement les besoins de l’État français,  la perspective de la note B- de la France est établie à « négative ».

—-
Avertissement à l’attention des autorités légales et judiciaires (on ne sait jamais !) : Le contenu de ce « rapport » me semble malheureusement être le fidèle reflet de la réalité, toutefois cette nouvelle agence de notation existe seulement dans mon imagination, existence qui est donc à prendre au second degré… tout comme les merveilleux AA+ ou AAA de Standard & Poors, Fitch et Moody’s d’ailleurs.

Ceux qui sont à la recherche d’une vraie agence de notation, un peu plus sérieuse que les agences US ou anglaises, pourront aller voir du coté de Dagong.

—-
Sur le web.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

L'influent économiste Olivier Blanchard (ancien économiste principal au FMI) avait prévu, un peu imprudemment, que les taux d’intérêt (réels) allaient rester faibles et inférieurs aux taux de croissance réels pour les 20 prochaines années, et cela pour tous les pays (cf. PIIE, Reexamining the economic costs of debt, O. Blanchard, Nov. 2019). Donc inutile de procéder à un ajustement, la dette publique allait décliner par enchantement.

Pour M. Blanchard, les taux étaient sur une tendance séculaire à la baisse depuis le XIVe siècle… Dans ... Poursuivre la lecture

Ce lundi 30 octobre, l’agence de notation financière Standard and Poor’s (S&P Global) a relevé la perspective de la note d’endettement à long terme du Bénin de « stable » à « positive », tout en maintenant sa note souveraine à B+. Le Bénin est le seul pays d’Afrique dans ce cas.

Si la note de la dette souveraine du Bénin reste dans la catégorie « hautement spéculatif », l’agence S&P Global considère qu’il est en capacité de faire face à ses engagements financiers, et anticipe une montée en gamme de sa croissance dans les trois ... Poursuivre la lecture

En matière de bonnes intentions, la France est probablement, depuis longtemps, la championne du monde toutes catégories.

Toujours la main sur le cœur, nous nous posons perpétuellement en donneurs de leçons et en parangons du modèle accompli dans de nombreux domaines (le système de santé que le monde nous envie, l’exception culturelle que le monde nous envie, un modèle social sans doute parmi les plus développés du monde, un système de retraites jusque-là posé en modèle lui aussi, etc.).

Et pourtant, le monde entier constate, ann... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles