Élections anticipées en Espagne

Les autoproclamés « indignados » vont représenter un défi non négligeable pour les deux partis en campagne, mais feront probablement plus de tort au gouvernement sortant.

La nouvelle est tombée hier, le premier ministre espagnol, Jose Luis Rodriguez Zapatero, a finalement fixé une date pour des élections nationales, le 20 novembre prochain. Le parlement sera dissous le 26 septembre. Comme on s’y attendait, Zapatero quittera son poste et laissera le champ libre à un nouveau leader du parti socialiste, Alfredo Perez Rubalcaba, qui a été choisi par son parti plus tôt dans l’année.

Les élections étaient, au départ, prévues pour début 2012, avec une date butoir de mars 2012, mais au vu de la crise économique et de la pression croissante exercée par le public, la presse, l’opposition, et certains membres de son propre parti, Zapatero a finalement cédé hier. On anticipe une large victoire pour le principal mouvement d’opposition en Espagne, le partido popular (PP), à en croire les sondages d’opinion et ses récents succès aux élections régionales. Cependant, les problèmes économiques de l’Espagne indiquent que des temps agités se préparent.

« J’ai choisi la date pour projeter de la certitude politique et économique », a dit Zapatero. Ce qui est pratique pour lui, aussi, c’est que le budget d’octobre est maintenant reporté à l’année prochaine. La campagne électorale sera désormais certainement dominée par le budget, et par le besoin de coupes plus fortes, dans un but d’austérité. Ce débat pourrait être délicat pour le PP, qui devra trouver le juste équilibre, dans sa campagne, entre identifier en détail les coupes qu’il envisage, et ne pas faire peur à l’électorat au point qu’il retourne se réfugier dans les bras des socialistes. Et, avec un œil sur les performances de conservateurs britanniques lors de leur compagne électorale de l’année dernière, le PP devra, de préférence, éviter de donner toute impression de faire la girouette sur la question des coupes budgétaires. Ce qui est clair, c’est que, quel que soit le parti qui en sort vainqueur, il devra prendre des décisions difficiles, pour mener l’Espagne à bon port, dans sa traversée du « triangle des Bermudes » que représente la crise de la zone euro.

El Pais relève, cyniquement, que la date des élections tombe par hasard sur l’anniversaire de la mort du dictateur de droite espagnol, Franco. Le gouvernement de gauche s’est empressé de balayer cette remarque, décrivant ceci comme une simple « coïncidence » et affirmant qu’il s’agit d’une date « comme n’importe quelle autre ».

Quelques questions à se poser

Qu’est-ce que ça signifiera pour la crise de la zone euro ? Eh bien, la date des élections ne devrait pas provoquer de faveurs particulières de la part des marchés financiers. L’incertitude qui accompagne toute élection est loin d’être idéale, étant donnés les coûts d’emprunt qui sont déjà en augmentation. De plus, les élections vont causer un arrêt complet de la réforme économique et des programmes d’austérité. Il n’est pas non plus clair si l’EFSF étendu sera ratifié par le parlement espagnol, une chose que les gouvernements français et allemand, sans même parler des investisseurs, aimeraient voir accompli le plus tôt possible. Si l’Espagne rate quelque cible que ce soit dans les mois qui viennent, à cause des élections, soyez certains que les marchés pousseront ses coûts d’emprunt vers de nouvelles cimes.

En quoi un gouvernement PP sera-t-il différent d’un gouvernement socialiste ? Lors d’un récent événement organisé par nous-mêmes, le secrétaire du PP pour l’économie et l’emploi, Alvaro Nadal, a fixé ses priorités pour les années à venir, en notant que le PP ira beaucoup plus loin dans la réforme du marché du travail que ses prédécesseurs, en particulier avec des modifications au système de négociations par conventions collectives, en plus de nouvelles privatisations et des conditions budgétaires plus strictes pour les régions. En termes de restructurations des Cajas (caisses d’épargne régionales), il semble que le PP va continuer l’œuvre entamée, puisque ces réformes étaient dès le départ basées sur un accord multipartite. Nadal a suggéré que le mandat donné au PP lors des dernières élections régionales, et par les sondages, montre que les gens sont prêts et volontaires pour accepter ces réformes. Une fois passée l’incertitude des élections, un gouvernement espagnol pro-réformes, avec un mandat fort de la part de l’électorat, ne peut être qu’une bonne nouvelle pour la zone euro.

Ce qui est intéressant, c’est que Nadal a affirmé qu’un gouvernement PP n’apporterait pas son soutien aux eurobonds, qui sont en train de devenir de plus en plus à la mode comme « solution » à la crise de la zone euro. Nadal a dit : « Pour [l’Espagne], ça serait suicidaire. Les eurobonds actuels sont très mal conçus. Nous avons besoin d’une méthode qui encourage la discipline fiscale, et ça n’est pas leur cas. » Nadal a conclu en réitérant une position prise par Mervyn King, gouverneur de la banque centrale anglaise, qui a dit, « nous avons traité tout ça comme un problème de liquidités, alors qu’il s’agit en fait d’un problème de solvabilité ».

Quel impact le mécontentement social en Espagne va-t-il avoir sur les élections? Entremêlé avec ses problèmes économiques, l’Espagne souffre aussi actuellement d’un sérieux mécontentement social. Les autoproclamés « indignados » vont représenter un défi non négligeable pour les deux partis en campagne, mais feront probablement plus de tort au gouvernement sortant. Le soutien aux indignados est fort, et en augmentation, pas vraiment surprenant dans un pays où le taux de chômage est de 21% (montant à 45% pour les jeunes). Le week-end dernier a vu une foule de 35.000 personnes défiler dans Madrid, et il y en a plus qui se préparent.

Qu’est-ce que cela signifie pour le Royaume-Uni ? En fait, une victoire du PP pourrait fournir à la coalition au pouvoir un allié potentiel de centre droit en Europe, à un moment où la France et l’Allemagne pourraient bien voir des gouvernements de centre-gauche prendre la barre dans les deux années qui viennent. Et il y a la possibilité d’arriver à des accords entre la coalition au pouvoir au Royaume-Uni et un gouvernement PP en Espagne, y compris sur des questions économiques cruciales comme la libéralisation des services, le programme pour une meilleure règlementation européenne, la recapitalisation des banques, et même, potentiellement, le commerce extérieur. D’autres domaines, cependant, seront plus délicats, y compris un budget de l’UE sur lequel l’Espagne et le Royaume Uni ont des positions diamétralement opposées.

Ce qui est clair, c’est que le succès de l’économie espagnole est absolument vital pour la santé de la zone euro et de l’économie européenne. Une Espagne qui vibre ferait beaucoup pour remettre la zone euro sur les rails.

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