L’été sera long et chaud…

Merkel et Sarkozy vont devoir faire face à une forte opposition intérieure vis-à-vis de l’accord passé avant-hier

Il semble au moins que, pour le moment, la Grèce et la zone Euro se soient éloignés du fossé. Les marchés ont initialement bien réagi aux résultats du sommet, même si désormais cet optimisme semble s’émousser.

Une fois de plus, l’axe Franco-Allemand a joué un rôle clé, étant donné que les 15 autres pays de la zone euro se sont majoritairement ralliés sur une « position commune » approuvée par le président Français Nicolas Sarkozy et la chancelière Allemande Angela Merkel la veille du sommet à Berlin.

En revanche, les réactions politiques tant en France qu’en Allemagne ne sont pas franchement positives. En France (et plus particulièrement avec l’approche des élections présidentielles), le Parti Socialiste s’est fait entendre pour critiquer l’accord conclu hier à Bruxelles.

François Hollande, l’un des candidats potentiels à la présidence française a affirmé :

C’était un accord nécessaire mais il est aussi tardif qu’insuffisant. […] Tardif, parce que si ces mesures avaient été prises il y a 18 mois, il n’y aurait jamais eu de crise de la zone euro. […] Insuffisant, parce qu’il n’y a pas une agence européenne qui a été créée pour emprunter, on en reste à ce fonds, ces prémices.

En d’autres termes, non seulement Hollande se montre en faveur des Eurobonds (euro-obligations) mais il souhaiterait également qu’une agence soit spécifiquement créée pour les délivrer .

Martine Aubry, autre candidate socialiste potentielle, a indiqué sur son site internet :

Le cœur du problème reste toutefois entier: bâtir le gouvernement de l’euro.

Qu’attendiez-vous d’autre de la part de la fille de Jacques Delors?

La critique vient également du leader du MoDem, le parti centriste français – moins influent il est vrai – , qui déclarait :

On a pris des décisions dans la douleur qui donneront un répit au gouvernement grec et on l’espère à son peuple. Mais ce plan ne suffira pas.

Donc, le message de l’opposition française est clair, exception faite de Marine Le Pen : en avant toute pour l’union fiscale ! Il sera clairement intéressant de voir comment cela va se jouer si, par exemple, le Parti Socialiste gagne les élections présidentielles de l’année prochaine et doit former un nouvel accord avec l’Allemagne.

La situation en Allemagne est légèrement plus complexe. Évidemment, la chancelière Merkel a été critiquée par l’opposition, le Parti Social-Démocrate, présidé par Sigmar Gabriel qui a affirmé :

Ce qui a été décidé… signifie seulement que nous accordons à la Grèce plus d’emprunts. Mais cela ne changera rien au fait que les Grecs n’ont pas les moyens de supporter cette gigantesque montagne de dettes.

On ne sait trop ce qu’il propose comme alternative mais le SPD a, jusqu’à maintenant, montré son soutien à une meilleure intégration.

En revanche, l’accord a également été critiqué par le Parti Libéral-Démocrate, le parti allié en coalition au parti de Merkel. Le ministre de l’économie allemand, Phillip Rösler, un éminent membre du PLD a ainsi averti :

Si l’on ne parvient pas à dépasser le manque de compétitivité de l’économie grecque, il ne peut y avoir de solution durable.

L’expert économique du PLD, Franck Schäfller, une des voix les plus fiables en matière de critique des récents sauvetages, a émis un jugement bien plus ferme :

Sans la possibilité de quitter l’euro, la réduction de la dette n’a pas de sens. La Grèce continuera de dépendre des autres pays… En outre, ce plan contredit la décision du Bundestag de février dernier, qui stipulait qu’aucun plan de rachat de dette ne sera financé.

Plus encore, Schäffler et son collègue Klaus-Peter Willsch, membre de l’Union Chrétienne Démocrate, parti d’Angela Merkel,  ont demandé que les membres du Parlement allemand suspendent leurs vacances et tiennent une séance exceptionnelle pour discuter de l’accord sur la Grèce dans le Bundestag. Ils assurent que la chancelière Merkel a outrepassé son mandat de négociation délivré par les membres du Parlement allemand en acceptant de donner à l’EFSF le pouvoir d’acheter la dette de la zone euro sur le marché secondaire.

En bref, malgré l’image d’unité et de détermination donnée à Bruxelles, Merkel et Sarkozy vont devoir faire face à une forte opposition intérieure vis-à-vis de l’accord passé avant-hier, même si ce sera pour différentes raisons.

Il y aura encore beaucoup de travail à faire avant la fin des vacances d’été…

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Article repris depuis OpenEurope avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Traduction : Virginie Ngo.