Le bric à brac numérique du PS

Le PS lance quelques propositions numériques, fait revenir l’être aimé, trouve de l’argent perdu, et répare les disques durs.

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Le bric à brac numérique du PS

Publié le 24 juin 2011
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Le bric à brac numérique du PS

Quand on n’y connaît rien et qu’on veut faire branché, on s’oblige à travestir ses lacunes par d’incessants verbiages et on sombre vite dans la cuistrerie ou le franc ridicule. Et s’il y a bien des cuistres de compétition, ce sont les politiciens, surtout lorsqu’ils se lancent à l’assaut des vertes collines numériques …

Vertes collines qui s’avèrent vite être de véritables montagnes aux pentes escarpées pour les individus à la connectivité numérique contrariée, pour parler politiquement correct.

Force est de constater qu’il n’y a pas beaucoup de geeks dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, et encore moins dans les rangs des chefs de partis ou chez les futurs présidentiables. Normal, finalement, puisque jusqu’à présent, les habituels pigeons-votant n’étaient eux-mêmes qu’assez rarement versés dans les us et coutumes informatiques.

Avec l’arrivée sur le marché électoral des nouvelles générations qui n’ont jamais connu autre chose qu’une connectivité étendue, le besoin pour le politicien de rester en phase (numérique) se fait de plus en plus pressant. Pour son élection, Sarkozy n’a pas trop souffert de son niveau microscopique de maîtrise des nouvelles technologies (SMS exclu, disons). En 2012, ne rien comprendre de facebook, des emails ou, de façon générale, de la façon dont marche le monde des générations qui votent actuellement, c’est risquer le gros impair.

Aubry a la pêche !C’est pourquoi Titine, maire de Lille et patronne du Parti Officiellement Socialiste, s’est fendue d’un magnifique document de quelques pages pour présenter des idées en matière de numérique. Je vous encourage à sa lecture : sept petites pages (couverture incluse), écrit gros, remplie d’expressions moelleuses et onctueuses comme un loukoum de bons sentiments qui ferait des ronds dans un bidon de moraline sucrée, ça ne se refuse pas.

Et ça commence dès le titre de la phénoménale réalisation : « La
 France
 connectée, dans 
une 
société 
créative, 
pour 
tous. »

Magnifique performance de communicant aiguisé par d’âpres milliers d’heures à peaufiner des rots intellectuels odorants sur le sujet, chaque mot permet de gagner des centaines de points au bingo du slogan politique Demaerd™.

En une phrase serrée comme un DSK dans un long courrier New-York Paris un après-midi de mai, on trouve France, connectée, société, créative, et bien sûr tous. À ce rythme, on devrait presque écrire « pourtous » en un seul mot tant il fait corps avec la devise permanente socialiste : le bonheur pourtous, la sécurité pourtous, l’égalité pourtous, les impôts pourtous, l’enfer pourtous oups non pas celui-là mais bref vous avez compris.

Les autres pages restent évidemment à la hauteur déjà stratosphérique de la couverture.

On y découvre les pérégrinations de la société créative que nos amis socialistes adorent, et qui, avec ses petits bras musclés et poilus, parvient toute seule comme une grande à avoir des idées, neuves de surcroît (les vieilles idées, mêmes bonnes, elles s’en fiche, elle ne veut que du neuf). J’exagère un peu : en fait, elle s’appuie en réalité sur des
 entrepreneurs,
 des militants
 associatifs,
 des
 chercheurs,
 des
 salariés
 du
 privé
 comme
 du
 public, 
des
 artistes, 
des 
retraités, 
et
 tous 
les 
citoyens, … bref, tout le monde y passe, personne ne peut y couper.

Après cette introduction, on entre — à l’image d’un sabre dans de la chair fraîche — dans le vif du sujet : le droâ à la connexion.

En voilà un nouveau droâ tout beau tout chaud qu’il ne fallait surtout pas oublier de distribuer généreusement ! C’eut été dommage de se priver : c’est avec l’argent gratuit des autres ! Et comme ce droâ impose à tous que chacun puisse en bénéficier, politiquement, ça ne mange pas de pain.

Et puis la République, bonne fille, ne s’embarrasse pas d’une crise. Elle a les moyens de répartir les nombreuses richesses qu’elle ponctionne avec un art consommé :

  • Déploiement général de fibre optique, les enfants, c’est Titine qui régale !
  • Internet pour tous et partout !
  • Lancement d’eurobonds pour financer tout ça ! (hein ? Ah oui, j’ai bien lu…)
  • Forfait de base pour 10 euros, libre d’être rompu à tout moment. Au fait, Titine, je te trouve cheap, sur ce coup : pourquoi pas gratuit ? Après tout, c’est l’argent des autres, hein …
  • Défense des usagers de l’internet, au frais de la princesse. Notez l’emploi du terme « usagers » que nos amis socialistes chérissent tendrement comme un malade atteint d’un cancer en phase terminal « chérit » le cathéter qui le maintient en vie…
  • Intervention des fonds publics dans les start-ups, mais gentiment, sans intervenir dans leur gouvernance, hein, proprement, quoi. On imagine des valises de billets, remises en mains (presque) propres, en l’échange d’un sourire de Titine (ne pas intervenir, surtout, ne pas intervenir).

Décidément, avec tout ce pognon qui coule à flot, on sent que le programme numérique du PS va donner grave. On pourrait croire que ça s’arrête là, mais non !

Comme les caisses d’argent frais arrivent par bennes entières (et bien tassées, s’il vous plaît), le PS propose aussi d’allonger l’oseille pour la CNIL, les entreprises qui favorisent la création et les zartistes sur le miniternet.

Et pour aider tout le monde à disposer de la batterie complète de nouveaux droâs qui accompagnent la société créatrice lorsqu’elle va s’appuyer sur plein de monde pour faire les choses toute seule comme un grande, là encore, on se doute que des brassées de biftons seront répartis en quantité suffisante. C’est aussi ça, la magie d’internet.

À noter, dans ce fatras d’argent gratuit trouvé sous des sabots de chevaux très arrangeants, qu’on peut lire un chapitre sur la neutralité du Net, qui se résume à une bonne claque de régulation, et un autre sur l’OpenData, qui se résume … à une bonne dose de régulation. Amusant aussi, le petit papier attrape-mouches sur la fin, réussissant le mariage carpe-chameau (l’un ne dit mot, l’autre reste évidemment très sobre) qui consiste à dire d’un côté que la révolution numérique, c’est le partage-powâ, et de l’autre, qu’il va bien falloir rémunérer les zartistes avec du bon gros droit d’auteur un peu revampé mais pas trop, et donc que la révolution numérique, c’est le copyright-powâ aussi.

Savoureux, à condition que tout ça reste lettre morte.

LOLcat Failure on the internets

Car en la matière, le législateur et les politiciens l’ont déjà montré trop souvent : plus ils en font, plus c’est la catastrophe.

En réalité, si Titine devait faire quelque chose pour internet, ce serait en rester aussi éloignée que possible et inciter tous ses camarades à en faire autant. À l’instar d’un troupeau d’éléphants jouant au jokari dans une fabrique de porcelaine, l’internet n’a jamais été autant en danger (et les internautes avec) que depuis que les politiciens s’en occupent.

Politocards, sauvez internet : fichez lui la paix !
—-
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  • Un gouvernement libéral qui se concentrerait sur ses mission régaliennes et aurait confiance en ses citoyens? On peut toujours rêver! La diarrhée interventionniste n’a, à mon humble avis, pas fini de couler et je ne vois pas le moindre début de commencement d’émergence d’un candidat libéral…

  • « Le bric à brac numérique »
    « verbiage »
    « cuisterie »
    « expressions moelleuses et onctueuses »
    « rots intellectuels odorants »
    « petits bras musclés et poilus »
    « c’est Titine qui régale »
    « le PS propose aussi d’allonger l’oseille pour la CNIL »
    « des brassées de biftons seront répartis en quantité suffisante »
    « À l’instar d’un troupeau d’éléphants jouant au jokari »

    Sans vouloir vous offenser, je trouve que ces « arguments » manquent de consistance.
    J’oserai même dire qu’à l’évidence, ce ne sont pas des arguments du tout.
    A quel public vous adressez-vous?

    Pourtant, Martine Aubry (je ne suis pas assez proche d’elle pour l’appeler Titine) a quelques arguments plus étayés!

    – Neutralité du Net.
    Sauf si l’on prend pour modèle le système nord-coréen ou iranien, on ne peut que souhaiter un Internet aussi neutre que les postiers qui acheminent votre courrier.
    L’internet chilien est libre depuis près d’un an, l’Internet néerlandais depuis quelques jours.

    – Droit à la connexion
    C’est un droit devenu aussi fondamental que, en son temps, le droit au téléphone. Ou alors, il faudrait admettre qu’une partie de la population, soit par manque de ressources, soit par isolement géographique, soit condamnée à déclarer ses revenus à l’ancienne, à perdre une demi-heure pour avoir des horaires de trains en utilisant des numéros surtaxés, ou pire a avoir des moyens d’information et d’expression limités par rapport à la majorité.

    – Aide aux jeunes entreprises
    Combien l’Etat a-t-il prêté – et donné – aux banques et aux entreprises du CAC 40 ces dernières années?

    – Droit au respect de la vie privée
    Les lois récentes (DADVSI, HADOPI, LOPPSI), les fichages sauvages devenus légaux par la force du fait accompli, ont porté de sérieux coups aux libertés publiques. Il est urgent de donner un coup de neuf à la CNIL, si l’on ne veut pas que notre pays continue de dégringoler sur l’échelle des Droits de l’Homme.

    – Accès symétrique au réseau
    Evoquée de façon discrète dans le rapport (mais cela montre que Martine Aubry connaît son dossier), une telle dissymétrie, qu’aucune contrainte technique ne justifie, nous sortirait du modèle « minitel » qui privilégie la communication des pouvoirs vers les citoyens par rapport à la communication des citoyens vers les pouvoirs ou des citoyens entre eux.

    – Open data
    Dans une nation démocratique (ou pas!), qui peut ne pas souhaiter une parfaite transparence de l’Etat. Pourquoi les documents et comptes publics ne seraient-ils pas mis en ligne en temps réel et accessibles à tous, sauf bien sûr dans les cas où cela nuirait à la sécurité de civils ou de militaires?

    Droit d’auteur
    – L’adapter à l’ère numérique. La licence globale, ou mieux le mécénat global, seront toujours mieux que la HADOPI…

    • Vous trouvez que les arguments manquent de consistance parce que vous ne voulez pas les lire. Comme vous ne voyez pas avec un certain brio le second degré et les allusions pourtant limpides au fait que tout ce joli programme n’est absolument pas financé, je comprend que le billet vous passe loin au-dessus de la tête.

      Et pour comprendre pourquoi un « droit à la connexion » est une mauvaise affaire, il suffit de lire le billet :

      En voilà un nouveau droâ tout beau tout chaud qu’il ne fallait surtout pas oublier de distribuer généreusement ! C’eut été dommage de se priver : c’est avec l’argent gratuit des autres ! Et comme ce droâ impose à tous que chacun puisse en bénéficier, politiquement, ça ne mange pas de pain.

      Eh oui : ce droit à la connexion est un pur bon gros droit créance tout chaud tout gluant qui impose à tous de payer pour chacun. Yeah. Ultra-Libéral.

    • aussi neutre que les postiers qui acheminent votre courrier hu hu hu

    • Combien l’Etat a-t-il prêté – et donné – aux banques et aux entreprises du CAC 40 ces dernières années

      vous trouverez pas grand monde ici qui approuve ces dépenses, troll .

    • « aussi neutre que les postiers »

      Pas quand ils essaient de me soutirer un billet en échange de leur calendrier pourri.

      « il faudrait admettre qu’une partie de la population… »

      Il faudrait aussi admettre qu’une partie de la population ne voit pas l’intérêt d’avoir internet à la maison. et si on ne prenait pas à ces personnes 50 % de leur salaire, elles pourraient se payer une bonne connexion. Pourquoi Tartine Aubry ne donnerait-t-elle pas l’exemple en partageant une partie de ses six smics mensuels pour aider des pauvres à se connecter ?

      « Pourquoi les documents et comptes publics ne seraient-ils pas mis en ligne en temps réel et accessibles à tous »

      Si les Français connaissaient la vérité sur les comptes publics de leur pays et s’ils savaient combien on leur vole tous les mois sur les fruits de leur travail, ils seraient dans la rue pour ne plus payer d’impôts.

  • Si il y a une phrase à retenir ce serait celle-là :

    « Politocards [de mes d.. ], sauvez internet : fichez lui la paix ! »

  • Mais si h16 j’ai lu vos « arguments ». J’en ai même cité la plupart.!
    Ce que je trouve plaisant, c’est que vous avez par ailleurs exprimé une vision de l’Internet très proche de celle de Martine Aubry.
    Une idée saurait-elle être bonne ou mauvaise selon la personne qui l’exprime?

    Pour rester sérieux:
    – Les propositions de Martine Aubry, pour la plupart, coûtent très peu, voire rien. Ce n’est pas une question d’argent, mais de volonté politique.
    – Si vous habitez un hameau de montagne, la distribution d’une lettre chez vous reviendra plus cher que si vous habitez une grande ville. Mais, heureusement, le prix du timbre est le même pour tous. C’est le principe républicain de la continuité territoriale. Il est logique qu’il soit appliqué pour l’Internet comme il l’a été pour la poste puis pour le téléphone.
    – Martine Aubry n’a jamais promis un Internet gratuit. Elle préconise un service qui, sans être gratuit, sera accessible à tous.

    Je ne suis pas viscéralement opposé au libéralisme. Si je dois choisir une voiture, à moi de comparer les offres des constructeurs, et que le meilleur gagne.
    Le libéralisme requiert, cependant, une demande solvable et des conditions de concurrence équitables.
    L’absence de ces conditions amène à une société inégalitaire, sans classes moyennes, composée d’une oligarchie de très riches et d’une majorité de très pauvres surexploités, privés non seulement de leur part de la richesse nationale mais de tout espoir de promotion sociale.
    Appliquez le libéralisme à l’éducation, à la santé, à la justice et en deux décennies notre pays entrera dans le groupe peu enviable des pays sous-développés.

    Entre le communisme dogmatique de l’URSS et le libéralisme sauvage de l’Amérique, l’Europe aurait pu trouver une voie plus solidaire, plus équilibrée.
    Je crains qu’elle ait raté le coche…

    • « la distribution d’une lettre chez vous reviendra plus cher que si vous habitez une grande ville. »

      Vous trouvez donc normal que ceux qui ont choisi de ne pas habiter à la montagne doivent payer ceux qui ont fait le choix contraire. De même, vous trouvez normal qu’une lettre envoyée à un kilomètre ait le même prix qu’une envoyée à 1000, ce qui revient à dire que le prix de la première est 1000 fois plus élevé pour un coût insignifiant.

      « L’absence de ces conditions amène à une société inégalitaire, sans classes moyennes, composée d’une oligarchie de très riches et d’une majorité de très pauvres surexploités »

      Qui des Etats-Unis ou de Cuba a perdu 20 % de sa population par fuite sur des bateaux de fortune et au péril de sa vie au cours du dernier demi siècle écoulé ?

    • Vous avez parfaitement raison lorsque vous nous affirmez que « le libéralisme requiert, cependant, une demande solvable et des conditions de concurrence équitables. » Absolument ! Pour solvabiliser la demande, pas d’autre solution que de libéraliser le travail (suppression du smic, des 35h, des taxes sur le travail, des seuils sociaux, etc.). Pour obtenir une concurrence équitable, il faut faire reculer l’interventionnisme étatique qui spolie les producteurs aux profits des insiders (oligarchie, fonctionnaires, retraités, assistés).

      « l’Europe aurait pu trouver une voie plus solidaire, plus équilibrée » : illusion de la troisième voie, mais illusion idéologique quand même ! La seule solidarité, c’est le travail. Le seul équilibre, c’est le marché libre et concurrentiel. « Appliquez le libéralisme à l’éducation, à la santé, à la justice et en deux décennies » le pays se développera avec une force et une rapidité qu’il n’a jamais connu dans son histoire.

      Il n’y a aucune alternative économiquement viable au libéralisme.

  • Les commentaires sont fermés.

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