Les donneurs de leçons

L’État s’endette pour s’assurer que les contribuables ne s’endettent pas

Par David Descôteaux, de Montréal, Québec

DettesNous, consommateurs, croulons sous une montagne de dettes. Jamais les cartes et marges de crédit des Québécois n’ont été aussi chargées. Et ça inquiète notre gouvernement. Il a donc annoncé une nouvelle loi pour vous obliger à mieux gérer votre crédit.

Le projet de loi contient 90 mesures. Malheureusement, nos fonctionnaires n’ont pas pensé appliquer aussi ces mesures au gouvernement. Lui aussi doit apprendre à contrôler ses dépenses. C’est en partie à cause de l’endettement impulsif de nos élus si la TVQ monte de 2%, si on subit de nouvelles taxes sur l’essence, des hausses des tarifs d’Hydro, la taxe santé et j’en passe. Des mesures qui ont le malheur de frapper durement les moins nantis.

J’ai décidé de prendre du temps cette fin de semaine pour compléter quelques mesures proposées par ce projet de loi. Voyons ce que ça donne.

La principale mesure veut faire passer de 2% à 5% votre paiement minimal sur vos cartes de crédit. De cette façon, vous payerez moins d’intérêt et rembourserez votre solde plus vite.

Bonne idée. Mémo au ministre des Finances :

Québec paye environ 7 milliards $ par année juste en paiement d’intérêts (c’est la moitié du budget de l’éducation). Notre gouvernement fait peut-être son paiement minimal de 2% sur ses cartes de crédit, mais il en rajoute près de 5% sur son solde chaque année. Bon an mal an, il s’endette d’environ 10 milliards $ supplémentaires. Faire un paiement minimum de 5% sur notre dette collective — sans en rajouter au solde — serait un premier pas responsable.

Surtout que les taux d’intérêt peuvent bondir à tout moment. C’est le ministre Jean-Marc Fournier lui-même qui l’a dit, en présentant le projet de loi : « la question n’est pas de savoir s’il y aura une hausse des taux d’intérêt, mais quand ». Exact.

Autre mesure : le gouvernement veut obliger le commerçant à vérifier votre capacité de payer avant de vous vendre ou louer une auto, par exemple. Si le commerçant omet de vérifier si vous êtes déjà trop endetté, on lui donnera une amende.

Ça, c’est dans le mille ! Mémo au ministre des Finances :

Obligez les syndicats, les entreprises, les promoteurs et les groupes de toute sorte à respecter notre capacité de payer à nous, contribuables, avant de vous demander des bonbons. S’ils ne le font pas, collez-leur une amende! Nous sommes déjà trop endettés. Pas question de payer de nouvelles taxes chaque année pour financer le train de vie des groupes d’intérêt.

Autre mesure du projet de loi : les jeunes devront dorénavant obtenir le consentement écrit d’un parent pour détenir une carte de crédit.

Mémo au ministre des Finances :

Bon, là vous me voyez venir… Un politicien qui dépense l’argent de vos impôts, c’est comme un enfant qui dépense l’argent de papa et maman. Dans les deux cas, c’est l’argent des autres. Comment obliger le politicien à obtenir notre consentement? Je vous laisse choisir. On instaure une limite à la dette publique? On impose une (vraie) loi anti déficit? On consulte les citoyens pour les grosses dépenses?

Le plus drôle, c’est que pour faire respecter ces nouvelles mesures, le ministre prévoit d’embaucher de nouveaux enquêteurs, qui travailleront pour l’Office de la protection du consommateur. Comme il n’a pas un sou, le gouvernement va embaucher ces nouveaux fonctionnaires… avec sa carte de crédit.

Il va s’endetter, pour s’assurer que nous, on ne s’endette pas.

On est vraiment sur la bonne voie.