Comment Thomas Piketty a manipulé ses chiffres

piketty, un artiste ! (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Thomas Piketty, un économiste bonimenteur qui fait des choix douteux

Par Aymeric Pontier (*)

Ces six derniers mois, il m’est arrivé à plusieurs reprises d’écrire et de me servir des travaux menés par les économistes Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez, sur le taux d’imposition global, dans le but de promouvoir la mise en place de l’impôt négatif et de l’allocation universelle. Voici le dernier exemple en date qui a eu un certain succès. Or, je viens de réaliser que la courbe publiée partout sur les blogs et les sites d’informations était complètement fausse !

En effet, la Fondation IFRAP est revenue sur les travaux des auteurs de la « Révolution Fiscale », et prouve que la courbe utilisée comme référence est délibérément trompeuse.

La courbe ci-dessus est erronée à plusieurs titres. Tout d’abord, elle ne concerne pas l’ensemble de la population, mais uniquement la population française âgée de 18 à 65 ans et travaillant à temps plein. C’est-à-dire même pas la moitié des adultes ! J’avais déjà repéré moi-même cette « bizarrerie » et je l’avais d’ailleurs mentionné dans mon billet de référence. Mais, lors de la toute première présentation de ses travaux pendant les Journées de l’Économie en Novembre 2010, Thomas Piketty avait assuré que la courbe resterait inchangée si on intégrait les étudiants, les chômeurs et les retraités. Je l’avais cru sur parole. Je n’aurais pas dû. Il a menti.

Le pire, c’est que l’économiste disposait bel et bien des chiffres pour l’ensemble des 50 millions d’adultes, ils sont disponibles dans ses travaux au tableau STI3 ! Donc, il aurait pu donner la bonne courbe s’il avait voulu. Il a simplement décidé de ne pas le faire. Grâce à la fondation IFRAP, on peut mesurer l’écart entre les deux courbes ci-dessous. La courbe 1 est celle de Piketty, la courbe 2 est la bonne. Et on comprend d’autant mieux pourquoi l’économiste « bonimenteur » a fait ce choix douteux. Avec la courbe 1, on a l’impression que les plus riches paient moins d’impôts que les plus pauvres. Alors que la courbe 2 dit l’inverse…

Mais la fondation IFRAP ne s’est pas arrêtée là, elle a poussé plus loin l’enquête. Si, au lieu de prendre comme référence les revenus bruts (hors RSA, minima sociaux…), on prend les revenus réels après redistribution en espèces, on obtient alors la Courbe 3 ! Une courbe que Thomas Piketty aurait pu utiliser lui aussi puisqu’il a donné lui-même les données dans son tableau STI7 qui permettent de la construire ! Mais il ne l’a pas fait, une fois de plus.

Mieux encore, les revenus des plus riches ont été artificiellement gonflés. Je cite la fondation :« Mais, pour arriver à démontrer que les très riches ne paient pas assez, ce n’était pas encore suffisant. Alors, Thomas Piketty a gonflé les revenus du patrimoine avec des revenus fictifs, en intégrant les bénéfices des entreprises non distribués. » En corrigeant cette distorsion, on parvient à la Courbe 4. Une courbe qui montre des prélèvements obligatoires progressifs !

Au final, d’après les propres chiffres de Thomas Piketty, les plus riches paient près de 40% de leurs revenus en prélèvements obligatoires, les plus pauvres 22%. Et j’insiste, ce sont là les chiffres que l’économiste a trouvé après des mois et des mois de recherche. Sauf que ces chiffes-là ne correspondaient à ce qu’il espérait ! Donc il a choisi de les présenter de façon tronquée pour leur faire dire l’inverse de la réalité, pour leur faire dire ce qu’il avait envie de leur faire dire. C’est une honte absolue.

piketty, un artiste !

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(*) Aymeric Pontier est blogueur, jeune diplômé en économie-gestion et spécialisé dans la mise en place des stratégies de développement durable.

Article original publié sur Singularité et Infosphère, repris avec l’aimable autorisation de l’auteur.