Un 10 mai à oublier

Le 10 mai est la fête paroissiale des socialistes. Que célèbrent-ils au juste

Le 10 mai est la fête paroissiale des socialistes. Que célèbrent-ils au juste ? Il y a trente ans, François Mitterrand fut élu au terme d’une campagne de dénigrement personnel contre Valéry Giscard d’Estaing et grâce à une communication publicitaire brillamment orchestrée par Jacques Seguela. Mais Mitterrand et ses compagnons, se crurent portés par une mission historique : parachever l’œuvre de la Révolution française. C’est en ces termes que j’ai notés à l’époque, que Mitterrand décrivait son projet lors des entretiens qu’il affectait avec les intellectuels.

(Dessin de presse : René Le Honzec)

Cette dérive mystique conduisit notre pays au bord de l’abîme : en deux ans, le gouvernement détruisit le capitalisme privé remplacé par le copinage d’État, fit flamber les prix, politisa les collectivités locales comme jamais elles ne l’avaient été, sauva le parti communiste de la disparition historique à laquelle il était destiné, dissuada le parti socialiste de se convertir enfin à la social-démocratie, faillit nous sortir de l’Europe, nous acoquina avec des guérillas d’Amérique latine au lieu d’y soutenir les démocrates. À cette même époque, le monde anglo-saxon et l’Allemagne réinventaient leur économie selon les principes du libre échange et du libre marché, leur conférant un avantage qu’ils ont conservé.

En 1983, l’État français se trouvait dans une situation voisine de la Grèce aujourd’hui. C’est alors que grâce à Jacques Delors et Laurent Fabius, Mitterrand fut ramené à la raison et interdit de lyrisme. De 1983 à 1995, il se contenta de régner sans gouverner, ce qui convenait au mieux à son génie.

Si les socialistes devaient célébrer un anniversaire, je suggère l’accession de Laurent Fabius au gouvernement, 17 juillet 1984 : l’aube de la social-démocratie, mais loin encore de son zénith.