Quel avenir pour votre facteur ?

Peu importe le scénario, de gros défis attendent votre facteur

Allez-vous toujours recevoir votre courrier au mois de mai ? Pas sûr. Les 71.000 employés de Postes Canada ont voté il y a quelques jours en faveur d’une grève si les négociations échouent avec leur employeur.

Les finances de Postes Canada commencent à inquiéter. Cette société de la Couronne livre de moins en moins de courrier. La raison : la popularité croissante du courriel et des nouvelles technologies. Et ses coûts de livraison — notamment le transport et la main-d’œuvre — augmentent plus vite que ses revenus.

C’est une tendance qu’on retrouve également aux États-Unis. L’américaine USPS, aussi un monopole public, prévoit perdre $6,4 milliards pendant l’année 2011.

Vos impôts à risque

En quoi les déboires de Postes Canada concernent-ils votre portefeuille ? Étant une société de la Couronne, Postes Canada se débrouille elle-même pour faire des profits et couvrir ses coûts. Elle ne reçoit pas de subventions pour compenser ses déficits. Mais elle peut emprunter des fonds au gouvernement — donc à vous.

Et des emprunts, elle va en faire beaucoup dans les années qui viennent. Ses infrastructures vieillissent, et nécessitent d’importants travaux d’entretien et de modernisation. Le gouvernement a permis à Postes Canada d’emprunter 2,5 milliards pendant les cinq prochaines années pour financer ses projets de modernisation. Postes Canada a aussi décidé de faire payer les consommateurs : elle va hausser le prix des timbres, qui passeront de 54 cents à 65 cents d’ici 2014.

(Dessin de presse : René Le Honzec)

Le hic, comme le souligne Michael Warren, ancien patron de Postes Canada dans les pages du Toronto Star, c’est qu’on demande aux Canadiens de garantir un projet de plusieurs milliards, alors que Postes Canada n’a toujours pas de plan d’affaire à long terme. Si on ne fait qu’augmenter la vitesse de livraison des lettres, alors que cette business n’a pas d’avenir, ces milliards seront gaspillés.

Trois scénarios

Côté négociation, les patrons de Postes Canada exigeraient des concessions sur le salaire et les avantages sociaux. Notamment l’imposition d’un régime de retraite à cotisation déterminée (vulnérable aux fluctuations de la bourse) pour les nouveaux employés. Les employés jouissent présentement d’un régime à prestations déterminées. Évidemment, le syndicat refuse.

Je suis loin d’être un expert de la livraison de courrier, mais je vois trois scénarios possibles pour Postes Canada. Le premier : le gouvernement vend (privatise) cette société, en partie ou en totalité. Pendant qu’elle vaut encore assez cher (notamment Purolator, sa filiale de messagerie aux entreprises, qui génère la majorité des profits de Postes Canada). Plusieurs pays d’Europe ont choisi cette voie. La vente permettrait d’ajouter des milliards aux coffres du gouvernement.

Deuxième scénario : Postes Canada demeure un monopole public, mais les employés acceptent des conditions qui reflètent le déclin de leur industrie. Postes Canada peut aussi essayer d’augmenter ses revenus avec des services innovateurs — mais sans utiliser son statut de monopole pour étouffer ses clients avec des hausses continuelles de prix. Notons que depuis 2009, Postes Canada a réussi à comprimer ses coûts de quelques centaines de millions par année. Elle a d’ailleurs annoncé il y a quelques jours le transfert des activités de centre d’appels à une entreprise externe pour économiser.

Troisième scénario : les employés et leurs syndicats font tout pour maintenir leurs conditions actuelles. Ils refilent la facture aux consommateurs en doublant le prix des timbres, ou aux contribuables en les forçant à les renflouer continuellement.

Peu importe le scénario, de gros défis attendent votre facteur.

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