Légalisez-le !

Nourrir la réflexion de tout un chacun sur l’épineux sujet de la légalisation des drogues douces

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Légalisez-le !

Publié le 11 avril 2011
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Une fois passée la surprise du titre – « nationalisons le cannabis ! » – et celle de lire Jérôme Leroy défendre avec tant de véhémence une proposition typiquement libérale, il ne me reste plus qu’une chose à dire : je suis tout à fait d’accord, il faut légaliser le commerce du cannabis. C’est donc une réponse en forme de soutien inconditionnel au texte (pas au titre) de l’article de Jérôme que je vous propose en y ajoutant quelques arguments qui sauront, je l’espère, nourrir la réflexion de tout un chacun sur l’épineux sujet de la légalisation des drogues douces.

Il convient, quand on aborde ce thème hautement conflictuel, de poser deux principes. L’argument premier de ceux qui s’opposent à la dépénalisation consiste en général à affirmer que « la drogue, c’est mauvais pour la santé ». Soyons tout à fait clair sur ce sujet : ils ont entièrement raison et il n’est pas question ici de remettre en cause cet état de fait qui ne fait d’ailleurs pas vraiment débat. Je ne suis pas un spécialiste du sujet et ne me risquerai donc pas à établir la moindre hiérarchie entre les différents produits nocifs et addictifs que nous injectons dans nos corps – alcool, tabac, cannabis et autres champignons hallucinogènes – et me contenterai d’affirmer d’un bloc que tous, à des degrés divers, sont mauvais pour notre santé. Ceci étant dit et dûment posé en préalable, il faut aussi poser un autre principe : ce n’est pas parce que quelque chose est mauvais pour notre santé que l’État peut légitimement nous interdire d’en faire usage. En d’autres termes, le rôle de la puissance publique est de garantir nos droits et de nous défendre contre les violences exercées par des tiers mais pas de nous défendre contre nous-mêmes. On m’opposera qu’un drogué ne dispose plus de son libre-arbitre ; ce à quoi je répondrai que c’est tout à fait possible dans certains cas mais que ça n’a rien de systématique ni d’universel. Au même titre que beaucoup de gens consomment de l’alcool ou fument du tabac tout en restant parfaitement lucides et capables de s’arrêter [1], c’est à vous de faire la preuve qu’un consommateur de cannabis ne dispose plus de son libre-arbitre avant de le priver de sa liberté. C’est là un principe qui dépasse très largement le sujet précis de l’usage de stupéfiants : priver un citoyen de sa liberté est un acte qui n’a rien d’anodin ni de normal, c’est une décision grave qui devrait toujours être dûment motivée.

Ce qui nous amène fort opportunément au sujet des arguments factuels et raisonnés qui pèsent en faveur d’une dépénalisation de l’usage et du commerce de produits cannabiques.

D’abord et surtout, la prohibition n’empêche pas les gens de consommer. C’est un point qui relève de l’évidence : le régime de criminalisation du commerce de stupéfiant a été un échec total ; jamais nos concitoyens n’ont autant consommé de cannabis que depuis que nos gouvernements successifs se sont mis en tête de le leur interdire. Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), « depuis le début des années 1990, l’expérimentation de cannabis a connu une hausse assez nette pour atteindre 25 % en 2000 puis 31 % en 2005 parmi les 15-64 ans » et une enquête de 2008[2] concluait qu’« un quart des adolescents de 17 ans déclarent avoir consommé du cannabis au cours du dernier mois ». Un bref coup d’œil à l’extérieur de nos frontières nous permet de constater que même dans des pays où le trafic de drogue est passible de la peine de mort, les consommateurs parviennent toujours à s’approvisionner et la consommation ne baisse pas. Le fait que la répression aggrave les choses n’est pas du tout, comme le pense Jérôme, paradoxal. C’est en fait parfaitement logique : plus l’État mène la vie dure aux dealers, moins ils se font concurrence entre eux, plus ils peuvent augmenter leurs prix et donc « investir » dans le développement de leurs activités. Ce qui nous amène à mon deuxième argument.

Le principal effet de la prohibition est qu’elle crée une source de revenus pour le crime organisé. Lorsque le crime organisé s’organise (justement) pour approvisionner nos concitoyens en cannabis, il ne le fait pas par grandeur d’âme ni pour rendre service à qui que ce soit : il le fait parce qu’il existe une demande solvable et que la prohibition réduit la concurrence ; c’est-à-dire qu’en somme, il y a des profits à faire. Il ne s’agit pas d’une « réponse spécifiquement ultralibérale » comme le dit Jérôme mais d’une réponse du marché ou, si vous préférez, c’est encore un coup de la « main invisible ». Que des gens fassent commerce du cannabis ne me gène pas mais que cette activité leur serve à enrichir des mafias et à remplacer l’État dans des quartiers entiers en y faisant régner leur loi me pose en revanche un sérieux problème.

Un autre effet particulièrement indésirable de la prohibition est qu’elle crée l’opacité de ce marché : en interdisant l’existence de points de vente ayant pignon sur rue – des « coffee shops » – elle empêche les consommateurs de se faire une idée de la qualité des produits qu’ils achètent et les prive de tout recours si la barrette de shit qu’on leur a vendu a été coupée avec Dieu sait quelle saloperie. Là aussi on pourrait croire à un paradoxe mais il n’en est rien : légaliser le commerce du cannabis, c’est aussi améliorer la transparence du marché et donc la qualité des produits. Ça ne rendrait évidemment pas le cannabis « bon pour la santé » mais ça contribuerait – c’est déjà ça – à le rendre moins mauvais. Étant entendu que, interdit ou pas, les gens veulent consommer ce produit et le consomment effectivement, faire en sorte qu’il soit le moins nocif possible me semble relever du bon sens.

D’autant plus que rien ne prouve qu’une dépénalisation incite les gens à consommer plus. L’expérience de nos voisins hollandais ne démontre – bien sûr – rien du tout mais le fait que la relative libéralisation du marché se soit accompagnée d’une baisse de la consommation montre au moins qu’il n’existe pas de lien systématique entre fin de la prohibition et augmentation de la consommation. Si, pour les raisons évoquées plus haut, il est plus que probable qu’une dépénalisation entraine une baisse des prix – sans parler de la facilité de se procurer les produits – il semble que la consommation de produits stupéfiants soit relativement « inélastique » aux prix. Par ailleurs, il est assez probable qu’une légalisation du cannabis diminue son attrait auprès de ses principaux consommateurs – les adolescents – dans la mesure où ces derniers apprécient justement le caractère transgressif des drogues.

Enfin, si la prohibition coûte cher au budget de l’Etat, une dépénalisation lui rapporterait au contraire de nouvelles ressources. Légaliser ce commerce c’est bien sûr récupérer de la TVA et de l’impôt sur les sociétés mais c’est aussi quelques chômeurs en moins – et notamment des dealers – et des « coffee shops » qui consomment de l’électricité et achètent des fournitures. On remplace la guerre des gangs par de paisibles boutiques fleuries en centre ville ; reconnaissez que c’est tout de même plus sympathique.

Je suis donc d’accord avec Jérôme sur tout, sauf son titre.

Notes :

[1] Je n’ai pas dit que c’était facile mais ça reste une question de volonté.
[2] Legleye, Spilka, Le Nezet, Laffiteau – « Les drogues à 17 ans. Résultats de l’enquête Escapad 2008 ».

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  • Le comité parisien du Mouvement des Libéraux de Gauche organise une rencontre-débat sur le thème « Vers la légalisation du cannabis? » ce mercredi 13 avril à partir de 19h.

    Nos invités seront Jean-Pierre Galland, écrivain militant, fondateur et ancien Président du CIRC (Centre d’Information et de recherche Cannabique) et Farid Ghehiouèche, Président du parti Cannabis Sans Frontière, dont il mena la liste en Ile-de-France lors des dernières élections europénnes.

    Inscriptions sur Facebook : http://www.facebook.com/event.php?eid=182972645082563

  • Article qui tombe donc à point 😉

    • L’exemple de la Prohibition semble pencher en votre faveur.Mais je commencerais par citer l’opinion de Xavier Rauffer qui raisonne froidement:
      http://fr.wikipedfroidementia.org/wiki/Xavier_Raufer#Contre_la_d.C3.A9p.C3.A9nalisation_du_cannabis.
      Je crois que en dehors de sa nocivité sanctionnée par les Californiens, elle un des symptômes des lâchetés de nos sociétés occidentales/:reculer pour mieux reculer. L’illusion de supprimer son trafic est irénique: les guerres de Colombie,c’est la coke, Le Mexique essentiellement aussi (légaliser aux US ne ferait que concentrer les efforts d’investissements sur les drogues dures, les amphéts, les chimiques new-look).L’Asie, les Talibans ou les Shans, c’est l’héroïne…L’un des enjeux de l’Afghanistan est d’intervenir sur cette chaîne de fabrication.
      Je vous avouerai mon faible pour le napalm comme désherbant, mais les esprits chagrins l’ont interdit.

  • Je me demande ce qu’en pense le Parti Libéral Démocrate français 🙂

  • Évidemment le raisonnement vaut pour les drogues « dures ».

  • J’imaginerais même un marché noir de la malbouffe aprés l’interdiction légale de snack, mc do, mais aussi alcool, tabac, téléphones portables (saletés d’ondes) ou voitures (ben vous savez, c’est mauvais pour la santé des piétons).
    Plus de responsabilité grâce à plus de liberté, ceux qui veulent se ruiner la santé le fasse en connaissance de cause.

  • Trés bon article!!
    il faudrait que pas mal de gens se renseigne un peu mieux avant d’affirmer des énormité du genre « le cannabis mène au drogues dures » ou  » légaliser pousse à la consommation et les dealers de hash vont se mettre à vendre de la coke et de l’héroïne »

    Déjà le cannabis mène pas au drogue dure, du moins pas plus que le lait pousse à l’alcool..

    légaliser ne pousse pas spécialement à la consommation voir le portugal, les pays bas.. quand je vois les gaulliste qui compare à la Tchécoslovaquie ou la Roumanie il n’y a pas de rapport étant donné la pauvreté de ces pays…

    Ensuite les dealers ne vont pas se mettre à vendre de la coke et de l’héroïne car les vendeurs sont déjà là ainsi que les consommateur de ces drogues.. les fumeurs de cannabis vont pas allé acheter de la coke à leur ancien dealers juste pour lui faire plaisir…

    Mais bon écoutons les bonne parole de la droite et continuons à faire l’autruche.. La répression actuel marche tellement bien que les gosses de 11ans arrive à acheter du shit coupé au plastique et mentent à leur parent qui se rendent compte de leur consommation 5 ans plus tard…on fonce droit dans un mur et dans quelques années on se retrouvera avec le même problème qu’en Colombie, Mexique et autre avec des gang armée jusqu’au dents, qui s’entretuent, font la guerre contre l’armée, gênent la vie des citoyens et corrompent tout le monde.. et tout ça pour rien car tout le monde pourra toujours choper sa came coupé qu’il consommera sans aucune règle et n’importe comment! Bravo

  • OBSERVATOIRE DES DROGUES/ OBSERVATOIRE DES JEUX

    JEAN MICHEL COSTES directeur de l’Observatoire des drogues vient d’être limogé

    Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin ( sociologue)

    Jean-Michel Costes , directeur de l’observatoire des drogues , qui a été nommé il y a un mois membre de l’Observatoire des jeux, « vient d’être limogé ». Cette affaire, sous de nombreux aspects, concerne directement le champ du gambling et la question du rapport entre l’autorité publique, le pouvoir politique et les Observatoires.
    —–

    L’information date de quelques jours, JM Costes directeur de l’observatoire des drogues et des toxicomanies ( OFDT) vient d’être limogé de l’OFDT par Etienne Apaire ( Président de la Mildt, la tutelle de l’observatoire des drogues.) JM Costes va pouvoir se consacrer entièrement à l’Observatoire des jeux vu qu’il cumulait deux fonctions… Cette éviction pose un problème commun, en matière de Politique des jeux et en matière de Politique de lutte contre la toxicomanie. Quel est le rôle d’un Observatoire ? Notre réponse : Observer objectivement de manière pluridisciplinaire ( faire des statistiques, des enquêtes etc…). Il ne doit donc en aucune manière gêner, orienter et encore moins décider d’une politique des jeux ou d’une politique de lutte contre la drogue, qui doit relever de l’autorité politique. C’est visiblement pour avoir oublié cette règle de base de la décision publique républicaine ( nonobstant la soumission légitime à la tutelle) que JM Costes a été remercié. Il s’est prononcé pour les « salles de shoot », alors qu’E. Apaire, le gouvernement et certainement une très grande majorité de Français, sont contre. A suivre. JM Costes va recevoir des soutiens de la gauche, d’une partie de la doxa des toxicologues et des médias ( le Monde et Libération en tête) qui mènent depuis des années un activisme (répétitif et lassant) en faveur des salles de shoot. Un curieux lobbying en réalité qui est loin d’être partagée par la totalité des spécialistes en toxicomanie. En aucune manière cela ne doit occulter les vraies questions : quel est le rôle d’un Observatoire en matière de drogue ou en matière de jeu ? La décision, l’orientation de l’action publique ne doit-elle pas forcément en final relever de l’autorité politique, garante de l’intérêt général, sous peine d’être systématiquement entravée par des opinions ou des intérêts privés qui en outre le plus souvent ne sont même pas représentatifs de l’opinion publique et de plus font débat au sein de la communauté scientifique du champ concerné.

    © jp Martignoni, lyon, France, 12 avril 2011

  • c’est comme le fait de faire pousser qques pieds chez soi, qui est plus fortement sanctionné que d’aller acheter une merde importée illégalement qui a enrichi tout un marché noir !
    chez moi en tous cas ça pousse, sans engrais, sans nuisance, sans emmerder personne, sans financer aucun traffic, et je vois pas pourquoi l’état devrait mettre son gros nez gluant là-dedans !

  • Tous vos arguments s’appliquent également aux drogues « dures ». Êtes-vous pour la légalisation des drogues « dures » ?

    Par ailleurs, l’écrasante majorité (pour ne pas dire tous) des consommateurs d’héroïne et de cocaïne ont consommer du cannabis auparavant.

    • oui et ils ont aussi consommé de l’eau, du poulet, des pommes de terre …

      quant à la légalisation des drogues dures ( l’alcool en est une ), je trouve, mais c’est très personnel, qu’elles entraînent une modification du comportement et une dépendance qui les rendent trop dangereuses pour être légalisées .

  • Je pense que si nous devions être totalement rationnel au vu des danger des drogues en ne parlant uniquement de cannabis tabac et alcool, nos fiers vignerons et autres buralistes aurait plus de raison de finir en taule que les dealers d’herbe.
    Je ne parlerai meme pas des médocs type amphétamines modifiées remboursés par la sécu pour permettre aux anorexiques de perdre 500 grammes.

  • Gambling France
    Arjel, autorité de régulation, jeux de hasard et d’argent sur internet , bilan, sociologie des joueurs en ligne, gambling virtuel, poker, paris hippiques et sportifs on line….

    LE SUCCES DES JEUX D’ARGENT SUR INTERNET : premier bilan, premiers indicateurs, premières typologies.

    Alors que « le pays du poker » – les Etats-Unis – vient d’effectuer une opération liberticide spectaculaire contre le poker en ligne (1), la France poursuit sa politique « d’ouverture maitrisée » en attendant la « clause de revoyure ». Si de nombreuses questions restent en suspend ( fiscalité, taux de retour au joueur, pari à handicap, libre jeu de la concurrence ou régulation économique du marché…) chacun s’accorde à reconnaître le travail accompli, notamment par l’Arjel. Par contre en ce qui concerne les études, la recherche sur le gambling , l’Observatoire des jeux, les pouvoirs publics doivent de notre point de vue revoir leur copie. Ils auront de plus en plus besoin d’analyses sociologiques et d’indicateurs objectifs pour « mener à bien leur Politique des jeux. Les soubresauts qui secouent actuellement l’Observatoire des drogues pourraient en être l’occasion.
    ——

    Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin ( sociologue)

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    • L’indicateur de supervision publié dernièrement (2) par l’autorité de régulation des jeux en ligne ( ARJEL) permet de dresser un premier bilan ( statistique et sociologique) pratiquement un an après l’adoption de la loi du 12 mai 2010. Certes ce bilan est inféodé aux quelques chiffres fournis par le régulateur et beaucoup de données manquent ou sont partielles, mais ce n’est pas le rôle de l’Arjel de faire une analyse exhaustive des données qu’elle possède. Ce sera l’une des missions de l’Observatoire des jeux, le jour il sera actif, disposera de moyens et sera pluridisciplinaire.
    ——-

    A un premier niveau ce bilan apparaît positif au regard des objectifs initiaux : permettre à ceux qui veulent parier sur internet de le faire dans la légalité, lutter contre les sites clandestins, ouvrir à la concurrence certains jeux d’argent en ligne dont seuls les deux opérateurs historiques avaient le monopole, autoriser de nouveaux jeux sur la toile ( poker notamment et une kyrielle de paris sportifs). Un grand nombre de « comptes joueurs » ont en effet été ouverts : 3,5 millions. Les jeux d’argent sur internet intéressent donc un certain nombre de français. Le gambling virtuel quoiqu’en disent certains actuellement, ça marche et ce n’est sans doute qu’un début. Le fait de savoir si tout ou partie des jeux en ligne illégaux ont été captés par cette libéralisation partielle ( 80 % d’après le Président de l’ARJEL) constitue un autre débat dont nous avons déjà parlé mais qui ne sera pas traité ici.

    • Le premier enseignement objectif et significatif que l’on peut tirer, renseigne sur le comportement des joueurs : tous les comptes ouverts ne sont pas « actifs ». 2,6 millions de Comptes Joueurs Actifs (CJA) depuis l’ouverture, soit 74% du total. Un nombre non négligeable de gamblers on line (26%) apparaît très volage. Ils ont fait la démarche d’ouvrir un compte mais ne l’utilisent pas ou peu. Cela pose de nombreuses questions dont celles de la satisfaction client, de la fidélisation ; problématiques cruciales pour les opérateurs. Vu le manque de recul il est difficile d’apprécier si le marché du gambling virtuel possède une variabilité saisonnière ou intra mensuel ( observable dans les casinos en dur) susceptible d’expliquer aussi cette volatilité. Une chose est certaine, pour les paris « sportifs », cette forte volatilité est à mettre en liaison avec les évènements du même nom et leur médiatisation. Il n’y a pas une coupe du monde de football tous les ans !

    • Deuxième enseignement : une hiérarchie s’est assez rapidement instaurée entre les trois familles de jeux autorisées, en fonction du choix et des préférences des joueurs. Le tiercé gagnant : poker, paris hippiques, paris sportifs.

    • Le succès du poker ( en cash game notamment) apparaît remarquable. Le poker s’est imposé rapidement comme le jeu en ligne favori des français, loin devant les paris hippiques et sportifs, si l’on exclut l’épiphénomène « effet coupe du monde ». Il y a bien en France depuis quelques années déjà un « phénomène poker », confirmé par ailleurs de multiples façons : casinos en dur, cercles, tournois, nombreuses émissions télé, peopolisation & bruelisation, revues dans les kiosques, nombreux sites dédiés, buzz permanent, associations spécifiques… Cet engouement pour le poker – en dur, en ligne et à la télé – ne relève pas d’une simple mode, même si « l’effet nouveauté » a pu jouer. Le poker renvoie à une histoire, une culture, un pays , mais il est désormais devenu un jeu mondial. Il possède une modernité qui s’inscrit dans différents registres : sémantique, symbolique, psychologique. Cette ambivalence – entre histoire et modernité – explique son succès, outre l’intérêt du jeu, ses logiques ludiques, agonistiques, démocratiques. Ce « cercle vertueux culturo-ludique du poker », commencé bien avant la loi, a contribué à préparer le terrain et a fortement profité au poker en ligne. L’évolution est spectaculaire depuis l’autorisation : +160%. 120 000 comptes joueurs actifs à l’ouverture , 312 853 actuellement. La progression est constante, même si une légère décrue apparaît depuis quelques mois. Un pic ayant semble-t-il été atteint en février 2011 , avec 329 529 CJA.

    • Loin derrière les paris hippiques arrivent en deuxième position avec 131 588 comptes actifs ( contre 99 205 à l’ouverture) : + 32 %. C’est un succès pour le monde des courses et la filière cheval. La progression du nombre de comptes joueurs actifs dessine une courbe ascendante, régulière et progressive. On reconnaît là, la constance du turfiste qui, quand il s’engage dans son « travail ludique » ( faire son papier, spectacle des courses, amour du cheval, parier…), le fait dans la durée. Même si un plus haut semble avoir été atteint en février 2011 ( 152 398 CJA) rien n’indique que la légère décroissance observable depuis perdurera. Habitué depuis des lustres à jouer par minitel, téléphone, télé interactive… , de nombreux turfistes ont trouvé naturellement le chemin de l’internet ludique, qui n’était pas tout a fait une nouveauté pour eux. La montée progressive de la courbe du nombre de compte joueurs actifs paris hippiques, soulignent la constance du comportement des turfistes et en final leur passion assumée pour le turf. Les courses, c’est sérieux. Il suffit d’ouvrir une fois Paris Turf, pour comprendre quel labyrinthe ludique elles constituent.

    • A contrario le succès des paris sportifs apparaît plus relatif, si l’on fait abstraction de « l’effet coupe du monde » qui apparaît rétroactivement comme un feu de paille qui n’a duré que quelques semaines. Une « flambée de la flambe » en quelque sorte, vite éteinte par les résultats et les frasques de l’équipe de France. 319 981 CJA à l’ouverture, chiffre tombé très rapidement à 94 888 pour remonter ensuite à 130 00 et atteindre un pic à 167 170 Comptes joueurs actifs en novembre 2011. Actuellement un trou d’air assez spectaculaire est observable pour ces paris : 73026 compte joueurs actifs en avril 2011, 117 864 en mars. Par ailleurs les mises ont baissé de 26,5% au premier 2011 par rapport au dernier trimestre 2010. Mais certains vont peut être un peu vite en besogne en enterrant les paris sportifs à cause de cette récente chute. Peut on comparer des trimestres situés à l’opposé du calendrier, rien n’est moins sur. En outre les paris sportifs avaient déjà connus un plus bas en décembre 2010 ( 84533 CJA), pour remonter spectaculairement fin janvier 2011 (143 201 CJA ) Par ailleurs pendant plusieurs mois, les paris sportifs ont fait mieux que les paris hippiques. Rien n’est joué et personne ne peut prévoir l’avenir. Néanmoins la sociologie des sujets joueurs qui parient sur les compétitions sportives apparaît pour l’instant beaucoup plus hétérogène que celle des deux autres populations. Un grand nombre d’indicateurs ( dont certains imprévisibles : résultat d’une équipe) semblent fortement influer le comportement des gamblers en ligne qui parient sur le sport.

    • Troisième enseignement : le montant des mises engagées par les joueurs. Leur hiérarchie est corrélée aux résultats obtenus en matière d’ouverture de comptes. C’est le poker qui rapporte le plus ( 5 526 millions d’euros en cash game, 683 millions pour les tournois), ensuite les paris hippiques ( 693 millions depuis l’ouverture) et en queue de peloton les paris sportifs (595 millions). Difficile d’en dire plus cependant car « le taux de recyclage » des dépôts en mises est très différent d’un jeu à l’autre. 1 à 3,2 pour les paris hippiques, 1 à 4 pour les paris sportifs, 1 à 8 pour les tournois de poker, 1 à 23 pour le poker cash game.
    ——-

    L’indicateur de supervision de l’ARJEL permet également de dresser une « typologie sociologique sommaire » des joueurs en ligne actifs, en fonction de leurs caractéristiques ( âge, genre) ou de leurs comportements

    1 = L’indicateur : âge

    Tranches d’âge Jeux de cercle, poker Paris hippiques Paris sportifs total
    18-24 25 9 41 100%
    25-34 43 17 29 100%
    35-54 28 47 26 100%
    55-64 3 18 3 100%
    65 ans et plus 1 9 1 100%
    total 100% 100% 100%

    La variable âge – objectivement représentative si les conditions de collecte de l’Arjel ne comportent pas de biais – caractérise fortement les trois populations observées. Elle apparaît fortement discriminante et caractérise également les jeux dont il est question.

    ➢ Première enseignement majeur : la population qui joue aux paris sportifs en ligne apparaît nettement plus jeune ( 70 % ont moins de 35 ans dont 41% de 18-20 ) que celles des turfistes ( 26 % seulement ont moins de 35 ans) . Il en va de même dans une moindre mesure pour les joueurs de poker : 68 % ont moins de 35 ans. A contrario en toute logique les turfistes sont essentiellement composée d’adultes matures (74% de 35 ans et plus) dont une population de 65 ans et plus non négligeable ( 9%)

    ➢ Deuxième enseignement significatif : le poids statistique des adultes de 35-54 ans qui jouent au poker ou aux paris sportifs, est pratiquement similaire ( respectivement 28 et 26 %).

    ➢ Le troisième enseignement – assez spectaculaire – souligne que les joueurs les plus âgés ( 55 ans et plus) qui s’adonnent au gambling sur internet, pèsent pour 27 % en matière de paris hippique, alors qu’ils relèvent de l’épiphénomène pour le poker et les paris sportifs : 4%, dont 1% seulement pour les plus de 65 ans.

    Mais ces premières statistiques officielles sur les gamblers en ligne caractérisent aussi indirectement les jeux dont il est question et l’image qu’ils ont aux yeux de l’opinion :

    ➢ Ainsi les paris sportifs apparaissent comme « des jeux jeunes qui attirent les jeunes » et principalement les « jeunes adultes » de 18-24 ans ( 41%). Populations qui s’intéressent aux sports , aux résultats et spectacles sportifs et pratiquent sans doute elle même majoritairement une activité sportive ( et notamment le sport de référence sur lequel elle parie par exemple le football qui représente 54% des mises des paris sportifs).

    ➢ Ainsi le poker apparait également comme une activité ludique – jeune, fun, nouvelle, fortement médiatisée – qui intéresse principalement » les adultes jeunes » et notamment les 25-34 ans (43%). Du coté des « jeunes adultes » – les 18-24 ans – ils s’intéressent également beaucoup au poker et aux tournois de poker ( 25 % de 18-24 ans), avec les risques que cela comporte, mais dans une proportion bien moindre que pour les paris sportifs ( 41% de 18-24 ans)

    ➢ A contrario les paris hippiques ( y compris quand ils s’exercent via le web) semblent conserver l’image d’un jeu réservé à une population mature, à des initiés qui ont accumulé expériences, connaissances et compétences en matière de turf au cours de leur « carrière » de joueurs, et notamment les 35-54 ans. (47%) Si elle possède un revers de médaille ( les jeunes adultes sont peu attirés par les paris hippiques y compris quand ils s’exercent en ligne : 9%), cette image a l’énorme avantage d’attirer également une forte population de seniors – les 55 ans et plus – qui ne semble pas effrayer par la modernité des paris hippiques sur internet, alors que cette même catégorie fuit pour l’instant d’une manière assez radicale le poker et les paris sportifs on line. Le fait que les populations turfistes soient plus âgées voire vieillissantes que les autres populations joueuses, ne signifie donc pas qu’elle soient rétrogrades en matière d’évolution technologique. En final les paris hippiques – un jeu qui a une longue histoire – semblent posséder une base économique, financière, culturelle plus solide que les paris sportifs, activité ludique relativement récente qui a connu de nombreux soubresauts quand la Française des jeux a commencé à les exploiter. Cette base structurelle bien ancrée dans la culture populaire, expliquerait « l’homogénéité progressive tranquille de la courbe des comptes joueurs actifs hippiques », alors que celle des paris sportife constitue une succession de montagnes russes… qui donne mal au cœur à certains opérateurs, au point que certains ont déjà jeté l’éponge.(TF1/Eurosportbet)

    2 = L’indicateur : genre

    genre homme femme total
    Jeux de cercle poker 91 9 100%
    Paris sportifs 92 8 100%
    Paris hippiques 81 19 100%

    ➢ Le genre apparaît comme une variable très discriminante pour les jeux en ligne. Les jeux d’argent en ligne sont très majoritairement pratiqués par les hommes (88%) La gente féminine participe très peu pour l’instant au gambling virtuel (12 %). Elle est nettement sous représentée, par rapport au poids qu’elle occupe dans la société française (51,4%).

    ➢ La tendance apparaît nette, générale même si elle est moins marquée pour les paris hippiques. Il faut donc croire ( même si les explications sont sans doute multiples) que ces jeux ( surtout paris sportifs et poker) renvoient une image particulièrement masculine. Le poker notamment, apparaît essentiellement comme « un jeu d’hommes, un monde d’hommes », un univers de virilité. Nous avions déjà observé fortement cette sur-représentation masculine dans les casinos, aussi bien pour les machines à sous vidéo poker que pour le poker en dur électronique ou non. Le fait que certaines égéries du poker aient été sur-médiatisées ( par exemple Isabelle Mercier, joueuse canadienne surnommée Isabelle « No Mercy ») souligne paradoxalement en réalité, le faible poids et la « minorité » que représentent les femmes dans la population ( nationale et mondiale) des joueurs de poker. Ce constant s’accentue fortement pour les paris sportifs. 31 016 joueurs actifs femmes pour le pari sportif, 64 414 pour le poker.

    ➢ Pour les paris hippiques la situation vis à vis du genre apparaît sensiblement différente. Même si la tendance globale est similaire (81% d’hommes) le « deuxième sexe » apparait largement représenté ( 19 % de femmes, soit 48 255 comptes joueurs actifs détenus par le « beau sexe »). Si le monde du cheval, la filière et pout tout dire le PMU ( qui bataille depuis des années sur ces deux questions : âge et genre) ne semble pas avoir complètement réussi à rajeunir sa clientèle, il semble par contre avoir réussi le pari de la féminiser davantage. Ces chiffres reflètent cette féminisation accrue, qui profite à l’ensemble des opérateurs hippiques et pas seulement au PMU. Traditionnellement associé au Bar PMU, univers masculin populaire de riches sociabilités interlopes mais aussi de fortes promiscuités longtemps enfumés et souvent alcoolisées, les paris hippiques à domicile sur internet ont visiblement attiré les femmes davantage en tout cas que le poker et les paris sportifs virtuels.

    Tri Croisé : age/genre
    N’ayant pas accès aux données brutes la seule donnée correspondant au tri croisé Age/genre correspond à l’information donnée par l’Arjel à savoir « que la population des joueurs en ligne est globalement plus jeune que celle des joueuses quelque soit le type de jeux ».

    3 : Distribution des mises : l’argent joué par les joueurs

    La dernière information donnée par l’indicateur de supervision publié par l’Arjel pour le premier trimestre 2011 est parcellaire. Elle concerne « l’argent du jeu », la distribution des mises engagées par joueur. Cette question sensible pourrait permettre ( si l’information n’était pas parcellaire et les chiffres bruts analysés) de dresser une typologie des joueurs internet selon les risques qu’ils prennent et l’argent qu’ils engagent. Savoir si les joueurs on line jouent beaucoup, peu, s’il y a des gros joueurs, des petits etc.. Et cela bien entendu nous informerait le cas échéant sur le jeu problématique , le nombre de joueurs en ligne potentiellement concerné par le jeu excessif.

    ➢ L’enseignement principal de ces données apparaît assez assez remarquable : 76 % des mises sont jouées par 10 % seulement des joueurs, aussi bien pour le poker que pour les paris sportifs. Plus spectaculaire encore : 1% des joueurs génèrent 51 % des mises pour ces deux types de jeu. Même réduite à cette dichotomie primaire et binaire fournie par le régulateur, l’information apparaît importante. Le marché des paris en ligne – au niveau de l’argent joué – apparaît extrêmement concentré. Une toute petite partie des joueurs apportant l’essentiel du volume d’affaire du gambling virtuel ; un pourcentage microscopique de très gros joueurs ( 1%) fournissant plus de la moitié de l’argent joué

    ➢ Un calcul secondaire effectué par l’Arjel permet de connaître la moyenne jouée « par trimestre » en prenant la base de « plus ou moins 1OO euros » pour les paris sportifs, hippiques et les tournois de poker, et de « plus ou moins 300 euros » pour le poker cash game. Si ce calcul comporte sa part de subjectivité, il permet néanmoins d’établir le tableau suivant ( voir ci dessous) qui sépare les gamblers en deux catégories :
    • une première catégorie de joueurs composée de deux populations. Une population majoritaire( entre 61 et 70 %) qui joue moins de 1OO euros par trimestre, une deuxième population non négligeable ( de 35 à 39 %) qui engagent 100 euros et plus dans les paris sportifs ou dans les tournois de poker
    • une deuxième catégorie qui à l’inverse est composée d’une population de turfistes en ligne qui jouent majoritairement (54%) plus de 100 euros par trimestre

    Type de jeux Pourcentage de joueurs misant moins de 100 euros par trimestre Pourcentage de joueurs misant plus de 100 euros total
    Paris sportifs 61 39 100%
    Paris hippiques 46 54 100%
    Poker ( tournois) 65 35 100%

    • De la même manière la catégorie des joueurs de poker cash game, est composée de deux populations : une – très majoritaire – qui engagent moins de 300 euros par trimestre, une secondaire non négligeable (30 %) qui joue plus

    Type de jeu % de joueurs qui misent moins de 300 euros par trimestre % de joueurs qui misent plus de 300 euros
    Poker cash game 70 30

    ——-
    Ces quelques éléments d’analyse, loin d’être exhaustifs, confirment qu’une sociologie du gambling virtuel est possible et nécessaire. Elle informerait objectivement les différents acteurs du champ et éviterait bien des instrumentalisations. Il convient une nouvelle fois de rappeler aux pouvoirs publics que seul un Observatoire des jeux (ODJ) pluridisciplinaire peut réaliser ce travail de recherche. Ce n’est pas le cas actuellement. C’est en travaillant de manière pluridisciplinaire qu’on arrivera le mieux : à connaître « les causes et conséquences » du gambling, à dessiner une typologie objective des joueurs et de leurs comportements, à mieux comprendre la question complexe du jeu excessif. Il convient également de rappeler à l’autorité publique que pour être opérationnel l’ODJ doit posséder des moyens aussi important que ceux par exemple de l’Observatoire des drogues (OFDT) dont le directeur – qui est également membre de l’Observatoire des jeux – vient d’être « remercié » par Etienne Apaire ( Président de la Mildt, la tutelle de l’observatoire des drogues.)

    Quelques mots sur cette actualité, en marge de l’industrie des jeux de hasard et d’argent, mais qui pose un problème commun, en matière de Politique des jeux, en matière de Politique de « lutte contre la toxicomanie ». Quel doit être le rôle d’un Observatoire ? Etienne Apaire vient de répondre en ce qui concerne l’OFDT : « l’Observatoire des drogues est au service des politiques « (3). Notre réponse en matière de jeux sera plus nuancée car la problématique pour l’Observatoire des jeux n’est pas « de lutter contre les jeux de hasard et d’argent ». Nous pensons que la mission première d’un Observatoire c’est…d’observer objectivement, faire des statistiques, des enquêtes de terrain quanti et quali … Sur le registre scientifique l’Observatoire doit donc disposer d’une liberté totale pour comparer, mener à bien ses investigations, établir des corrélations et des rapports de causalité, recouper les sources, émettre des hypothèses pour ensuite les confirmer ou les infirmer. Mais sur le fond nous rejoignons Etienne Apaire. En aucune manière un Observatoire ne doit orienter ( par exemple par des déclarations dans les médias) et encore moins décider d’une politique (des jeux ou des drogues) qui releve de l’autorité. C’est visiblement pour avoir oublié cette règle de base de la décision publique ( nonobstant la soumission légitime à la tutelle) que JM Costes a été remercié. Il s’est prononcé pour les « salles de shoot », alors qu’E. Apaire, le gouvernement – et certainement une très grande majorité de Français – sont contre.

    A suivre car JM Costes reçoit des soutiens de la gauche ( JM Leguen, C. Lemorton), d’associations, d’une partie de la doxa des toxicologues, des médias ( le Monde et Libération en tête) qui mènent depuis des années un curieux activisme en faveur des salles de shoot. Un singulier lobbying en réalité (qui mériterait enquête approfondie pour savoir à qui profite le crime) loin en outre d’être partagé par la totalité des spécialistes en toxicomanie. En aucune manière l’instrumentalisation et la personnalisation de cette affaire ne doit occulter la vraie question qui de notre point de vue est la suivante : la décision, l’orientation de l’action publique ( en matière de jeux et en matière lutte contre la drogue) ne doit-elle pas forcément en final relever de l’autorité politique, garante de l’intérêt général, sous peine d’être systématiquement entravée par des avis, des intérêts privés ou associatifs, qui en outre le plus souvent ne sont même pas représentatifs de l’opinion publique et de plus font débat au sein de la communauté scientifique du champ concerné ? Manifesta haud indigent probatione*

    * l’évidence n’a pas besoin de preuve

    © JP Martignoni , Lyon, France, avril 2011

    notes

    (1) « Opération coup de poing contre le poker en ligne aux Etats-Unis » ( Les Echos du 18 avril 2011)
    (2) « Indicateurs de supervision : données trimestrielles « ( Arjel, 11 avril 2011, 8 pages)
    (3) Maria Poblete : « L’Observatoire des drogues est au service des politiques « : entretien avec E. Apaire ( Président de la MILDT) ( http://www.rue89.com du 16 avril 2011)

  • Gambling France

    Jeux en ligne : trop de réglementation tue la réglementation
    ——

    Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)

    Après les 21 propositions ( dont certaines antinomiques) du rapport Lamour/Filippetti et en attendant celui – le plus attendu – du Sénateur Trucy qui ne manquera d’en contenir un grand nombre, l’Arjel vient de publier pas moins de 65 « recommandations » à l’adresse du gouvernement pour qu’il modifie (améliore ?) la règlementation en matière de jeux en ligne. Ca commence à faire beaucoup ! D’autant que le lobby des jeux on line – l’AFJEL – n’a pas manqué dans son Livre Blanc d’en faire également.

    Certes nous avons souligné dans plusieurs contributions – la France n’étant pas une République bananière – que les débats, rapports sénatoriaux, parlementaires sont indispensables pour aboutir à un consensus en matière de politique des jeux et afin de démentir le sous-titre du I° opus de François Trucy ( l’Etat Croupier le parlement croupion ?). Mais il est nécessaire de rappeler une évidence. Dans le secteur du gambling comme dans d’autres secteurs – trop de réglementation peut tuer la réglementation et même tuer le secteur censé être règlementé.

    Le problème c’est que le consensus obtenu en 2010 ne provenait pas de recherches (scientifiques) ni même d’expertises (technocratiques) objectives mais était avant tout le fruit « d’arbitrages » subjectifs souvent politiques (aussi bien vis à vis de l’opposition, de l’opinion qu’au sein même de la Majorité) – véritables quadratures de cercle improbables. Le concept « d’ouverture maitrisée » illustre la symbolique sémantique de cette contradiction générique, tant il est vrai que la loi sur les jeux en ligne a pu apparaître légitimement, sous de nombreux aspects, comme une « fermeture maitrisée ». Cette ambivalence frisait l’antinomie, d’ou l’activisme actuel pour modifier la loi avant la clause de revoyure.

    La fiscalité – un mal français ? – constitue sans doute la principale pierre d’achoppement du dossier qui, dès le départ, a fragilisé artificiellement la loi sur les jeux en ligne. Nonobstant les nombreuses contraintes techniques ( onéreuses et compliquées pour les opérateurs ) et alors que personne ne savait si le gambling virtuel constituait un nouvel eldorado ludique, on a vu la représentation nationale rivaliser pour fiscaliser joyeusement ce nouveau secteur. La gauche prohibitionniste, dans une belle contradiction démagogique dont elle a le secret, faisant naturellement de la surenchère en la matière. Noble volonté de l’esprit public de ne pas déshabiller Christophe et Philippe ( respectivement Christophe Blanchard Dignac PDG de la FDJ et Philippe Germond PDG du PMU) au profit de Stéphane ( Courbit) ou de Nicolas (Béraud) tout en déjouant la rumeur complotiste anti Nicolas (Sarkozy) des « amis du Fouquet’s ? Réflexe ancestral d’un Etat Croupier soucieux avant tout de remplir les caisses de Bercy quoi qu’il arrive et en oubliant la corrélation du couplet croissance/fiscalité ? Les raisons de ce fiscalisme préventiste sont nombreuses et n’ont pas été avouées franchement, outre le fait qu’il est toujours facile de se donner bonne conscience en taxant un secteur de l’économie du vice considéré comme une vache à lait. Résultat des courses, à force de traire la vache par anticipation et avant même que celle ci n’ait prouvé ses qualités de bonne laitière, après un an d’exploitation des jeux en ligne, cette boulimie fiscale a fait long feu. Toutes les recommandations actuelles visent à revoir fortement à la baisse la fiscalité des jeux en ligne. Pléthoriques, loin d’être homogènes, ces propositions risquent d’entrainer de longs débats d’apothicaires, outre le fait que certains ne manqueront pas d’accuser le gouvernement d’avoir cédé au lobby des opérateurs.

    La situation en matière de TRJ (taux de retour aux joueurs) est du même tonneau. Sans même s’interroger une fois sur le fait qu’après tout, dans une économie libérale, il n’aurait pas été absurde d’imaginer, d’expérimenter une totale liberté en matière de TRJ qui aurait permis une véritable concurrence, le développement du secteur, une lutte efficace contre les sites illégaux…. un TRJ maximal parfaitement subjectif, correspondant à l’idéologie d’une économie dirigiste, a été imposé arbitrairement ( 85%). On a même vu à l’époque l’ex Ministre du Budget ( E. Woerth) – pas plus spécialiste du gambling et de l’addiction qu’il ne l’était du prix d’un hippodrome (sic) , instrumentaliser la question du jeu pathologie maladie pour justifier ce TRJ particulièrement pingre. A l’époque nous avons vivement condamné cette intrumentalisation, pourtant repris pro domo par les responsables du dossier, les médias et agences de presse , la doxa du jeu pathologie maladie et certains opérateurs dont la FDJ. Pour redistribuer le moins possible aux joueurs le consensus était unanime. Scandaleux. Seul le sénateur Trucy ( c’est tout a son honneur car par ailleurs il est un chaud partisan du jeu responsable et la protection des joueurs) a mis un bémol à cette causalité improbable imposée par le soldat Woerth = TRJ élevé égal forcément addiction et addiction élevée. Bercy dans le même temps, mettant son véto pour empêcher les contrats de recherches susceptibles d’informer les pouvoirs publics et l’Arjel sur cette question et sur d’autres.

    Nous n’avons pris que ces deux exemples mais il y en aurait de nombreux autres qui sont liés, par exemple la base sur laquelle doivent être imposés les jeux en ligne. Les décideurs et régulateurs semblent aujourd’hui découvrir que c’est naturellement le PBJ qu’il faut taxer et non le volume d’affaire ( les mises}. Certes gouverner c’est prévoir et on pourrait facilement accuser les pouvoirs publics et les différents acteurs en charge du dossier d’être de très mauvais prospectivistes, de ne pas savoir. Nous n’aurons pas la naïveté d’accuser le gouvernement et les acteurs du champ d’incompétence. Ils savaient. Les choix effectués proviennent des trop fameux arbitrages déjà cités et non d’ignorances, même si l’absence de recherches, la difficulté de mettre en place en place le CCJ et l’observatoire des jeux ( la curieuse tentative de déstabilisation de F. Trucy), le fait que cet Observatoire ressemble pour l’instant plus à une Commission dominée par la doxa du jeu pathologie maladie et des associations familiales, qu’à un Observatoire scientifique des jeux, ont sans doute contribué à aveugler les décideurs du champ, sur de nombreux aspects du dossier (TRJ, fiscalité… ». De la même manière nous n’aurons pas l’outrecuidance d’accuser l’Arjel qui ne fait qu’appliquer avec zèle une régulation décidée par ailleurs. Nous poserons simplement différentes questions qui nous paraissent fondamentales, à l’ensemble des protagonistes du secteur :

    ➢ L’industrie des jeux de hasard et d’argent est elle compatible avec la notion de jeu responsable, de lutte contre le jeu excessif ? En voulant courir deux ou trois lièvres à la fois, le gouvernement n’a t il pas joué un double jeu un peu hypocrite ( que la FDJ a poussé à l’extrème dans une belle duplicité, incitation au jeu accrue financement de la doxa du jeu pathologie maladie pour mieux la controler) qui l’oblige aujourd’hui à revoir sérieusement sa copie ?

    ➢ N’est il pas grand temps que les pouvoirs publics mettent sérieusement de la recherche et de l’expertise dans leur politique des jeux afin de que le CCJ puissent émettre des propositions au gouvernement basées sur des faits objectifs et non des arbitrages subjectifs. Cette rupture permettra en outre de lutter contre les différents lobbys ( doxa du jeu pathologie, association, opérateur privés… et publics Française des jeux en tête !) qui confondent leur propres intérêts à l’intérêt général et afin de mettre en œuvre une politique des jeux nationale cohérente, ambitieuse, qui n’ait pas peur de son ombre, mais sache bien entendu étudier toutes les conséquences ( positives et négatives) du gambling en ligne et en dur et celles de la socialisation ludique contemporaine, avant de prendre des décisions ?

    ➢ N’est il pas grand temps de réintroduire les millions joueurs – acteurs principaux qui financent entièrement cette industrie qui sans eux n’existerait pas – dans la Politique des jeux de la France. Ils connaissent mieux les jeux que la plupart des membres de la doxa du jeu pathologie maladie

    ➢ Le dernier questionnement est sans doute le plus important : est ce véritablement le rôle de l’Etat et à fortiori le rôle du régulateur (cf les propositions de l’Arjel) de vouloir réguler économiquement le marché des jeux dans une économie de marché, en jouant notamment sur la fiscalité, le TRJ… ? Est-ce le rôle de l’Etat et à fortiori celle du régulateur de rendre « plus attractifs les jeux en ligne », comme viennent de l’affirmer certains responsables, ou celui des opérateurs ? N’est-il pas urgent que l’Etat redéfinisse les rôles, missions et compétences de chacun des acteurs du gambling, pour clarifier un dossier qui se complexifie sans cesse.

    ——
    Avant d’aller plus loin tête baissée, nous pensons nécessaire que les protagonistes et décideurs du secteur s’interrogent à nouveau fondamentalement sur ces différents questionnements, ( déjà soulevées par les sociologues et les économistes dans certains colloques) (1) et publications (2) par exemple à travers des Etats Généraux des jeux en dur et en ligne. Car en l’absence de débats de fond la pléthore des propositions et recommandations pour amender la réglementation sur les jeux en ligne apparaitront in fine forcément comme des « injonctions contradictoires » inachevées, susceptibles de mécontenter tout le monde et de ne rien régler sur le long terme.

    © JP G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 176. Septembre 2011

    (1) Martignoni, J.-P. (2010). » L’industrie des jeux de hasard et d’argent est-elle compatible avec les notions de jeu responsable et de développement durable? Intérêts, contradictions et enjeux. »(pp 226-232) Sophie Massin : l’ethique dans l’industrie du jeu : quels enjeux et quelle crédibilité ?(213-226)In C. Dunand, M. Rihs-Middel, & O. Simon (Eds.), Prévenir le jeu excessif dans une société addictive : D’une approche bio-pscho-sociale à la définition d’une politique de santé publique, Genève : Éditions Médecine & Hygiène., 2010
    (2) Martignoni, J-P (2011) , « De la révolution machines à sous à la politique jeu responsable en passant par la légalisation des jeux en ligne : une sociologie du gambling contemporain », Pouvoirs n° 139, Les jeux d’argent, 51-64, Editions du Seuil ( à paraître novembre 2011)

  • En partant du simple constat que la prohibition ne résout rien en terme de disponibilité des diverses drogues sur le marché, et donc que finalement le débat prohibition/légalisation n’a rien à voir avec le problème des drogués, il convient donc à mon sens de s’attacher davantage aux problèmes sociaux et sociétaux induits par ces deux opinions politiques.

    Je ne vois aucun avantage à la prohibition. Elle ne résout aucun problème. En revanche, elle en crée de nombreux, et notamment la prohibition des drogues dures.(délinquance, corruption, dealers dans les rues, à la sortie des écoles, etc…, expansion du trafic.

    La légalisation, elle, a un gros avantage : elle tue le trafic illicite (si tant est que les taxes ne sont pas abusives -Cf. tabac). Elle tue le trafic de rue et la délinquance et le crime par baisse du coût des drogues les plus addictives.

    L’addiction et le coût du cannabis étant moindres, par rapport aux drogues les plus dures, de fait, la légalisation du cannabis m’apparait moins cruciale que celle des drogues dures. Mais ce n’est en rien une raison pour continuer la prohibition sur ce produit, je le concède.

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