Cantonales, déni de démocratie

Dommage que le premier parti de France, l’abstention, n’ait pas le pouvoir de bloquer les conseils généraux

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Cantonales, déni de démocratie

Publié le 29 mars 2011
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Dimanche c’était la fête des pères. C’était aussi le second tour des cantonales. Personne ne sait vraiment à quoi ça sert. Et si ça vous intéresse aujourd’hui, de toute manière, c’est trop tard. Dans trois ans, nous aurons substitué à cette strate obscure les conseillers territoriaux.

Enfin après tout, ça vous servira quand même lorsque vous recevrez vos taxes locales (habitation, foncière) avec une partie « département » bien identifiable. Chaque département a un conseil général. Chaque conseiller général est élu lors du scrutin des cantonales, avec un roulement pour simplifier l’ensemble. Nous avons élu la moitié des 4.039 cantons (calcul en date de 2004). La carte des cantons ayant peu évolué au cours des derniers siècles, les disparités sont grandes d’un canton à l’autre. En Lozère, il y a 25 cantons pour 76.800 habitants (3.000 habitants par canton). Dans le nord, c’est l’inverse : 79 cantons pour 2.565.257 habitants (11 fois plus). Un gros conseil général gère entre €1,3 et €1,8 milliards chaque année. Autant dire que c’est du « big business » opaque, totalement inintéressant pour l’électeur moyen mais crucial pour les carrières de milliers d’élus, et pour celles des dizaines de milliers de personnes qui en vivent assez directement. Tous ces gens gèrent une fortune colossale dans votre dos, avec toujours l’idée d’en dépenser plus. À la veille des sénatoriales, ces grands électeurs vont aussi peser sur l’issue de cette élection importante et aussi mal connue du grand public qui se tiendra en septembre.

Mais dimanche, nous avons tous perdu quelques illusions supplémentaires concernant la légitimité de nos élus, et de notre démocratie dans son ensemble. Ceux qui en doutaient encore ont pu observer à quel point le système politique est solidement verrouillé par les grands partis. Dommage que le premier parti de France, l’abstention, n’ait pas le pouvoir de bloquer les conseils généraux avec 55% des inscrits. Ce moyen devrait pouvoir légitimement les empêcher de procéder à leurs gabegies sans fin. Quant au FN, avec un score moyen proche de 19,2% dans les 1.400 cantons où il se présentait, ce parti n’est parvenu à obtenir que deux sièges. Au contraire, des formations bien plus petites, et au discours tout aussi nauséabond, ont réussi à se goinfrer de sièges avec la complicité du PS. Clairement, la démocratie est au service de deux grands partis qui peuvent s’auto-amnistier quand ils sont pris trop largement la main dans le sac, s’octroyer des financements publics généreux, choisir des scrutins qui les avantagent et fixer la barre du remboursement assez haut pour rendre la vie des nouveaux entrants particulièrement difficile relativement à celle des sortants assurés de ne rien avoir à débourser de leur poche. Et si le pays est dans la panade, c’est bien à cause du PS et de l’UMP qui n’ont cessé, ces trente dernières années, de creuser notre dette, de renforcer les réglementations et la fiscalité qui étouffent la création de richesse et la créativité des Français.

Contrairement à la proportionnelle, le scrutin majoritaire uninominal à deux tours place la barre très haut. Pour emporter un siège, il faut être solidement implanté, passer les accords utiles et ratisser très large. Bref, il faut être généreux (en politique, la générosité est cette propension à dépenser l’argent des autres pour améliorer son propre quotidien) et appartenir au système. Les communistes, qu’ils soient mélenchonistes disposant de sortants, ou Verts, ont pu négocier avec le PS dans de nombreuses configurations. Le FN, lui, est encore coincé. Jusqu’ici, la droite savait qu’elle pouvait jouer avec sa survie. Dorénavant, c’est le FN qui va commencer à jouer avec la droite comme le chat joue avec la souris. Et les Français écoeurés risquent de compter les coups avec la satisfaction du spectateur à la recherche de spectacle sans prétention, « commercial » ; comme on dit dans le jargon du pouvoir : « démagogique ».

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