Une radicale républicaine, Marine Le Pen

La laïcité « à la française » fait partie de ces vaches sacrées pourtant obsolètes

Sous ses airs de pitbull, Marine le Pen a subtilement fait évoluer le discours de son père. S’il séduisait  beaucoup de Français (de manière inavouable) par son humour décapant, sa gouaille et son culot, elle est à l’opposé :  son nationalisme austère est glaçant. Elle est aussi plus ambitieuse et meilleure stratège que son père. Avec talent, elle applique à la politique les principes de l’aïkido : utiliser la force de l’adversaire, ou plutôt son agressivité et sa volonté de nuire. S’appuyant sur les valeurs républicaines de notre classe politique, sa stratégie est gagnante tant que celle-ci n’évolue pas. Résultat : elle ne cesse de monter dans les sondages.

La classe politique, formatée à l’ENA (ou à l’école RPR) pense toujours qu’il est de son devoir d’imposer  aux Français des limites, des normes à leur pensée, à leur parole, à leurs pratiques, à leur foi. Après tout, la république est née autoritaire, arbitraire. Ils ne font qu’en reprendre les principes fondamentaux. Dans l’Union européenne et dans un monde de plus en plus ouvert, ce mode de pensée ne tient plus la route. Les Français ont été naïfs en imaginant que l’espace de liberté qui se banalise à l’échelle du monde concernait aussi leur pays. Pas plus que dans le domaine économique, car ils subissent encore la hiérarchie des valeurs fixée par l’élite au pouvoir, élite qui a du mal à comprendre l’évolution du monde comme on l’a vu avec Hadopi.

La laïcité « à la française » fait partie de ces vaches sacrées pourtant obsolètes. Depuis l’affaire du voile à l’école, la classe politique, de droite comme de gauche, revient de plus en plus sur les pratiques religieuses, culturelles et les coutumes communautaires pour en interdire des aspects les plus provocants. Marine le Pen a bien saisi ce décalage, et a donc adroitement choisi de positionner son discours dans une pure logique républicaine. Il ne manquait plus que le débat sur l’identité nationale, qui a glissé sur la laïcité, pour déclencher son plan d’attaque ficelé au cordeau. Les Français découvrent une vision radicale du pacte républicain. Contrairement à son père qui faisait polémique sur ses bons mots au goût plus que douteux, elle mène le débat sur le fond, et personne ne peut contester le fondement de son raisonnement. Le piège se referme avec un sondage choc (et contesté) qui la place en première position à l’élection présidentielle.

La réponse républicaine, c’est l’État et les normes éducatives, sociales et culturelles qu’il fixe. Terminées les tergiversations semi-poujadistes de son père, elle propose le grand retour de l’État qui doit « retrouver son rôle régulateur en matière économique et se réapproprier le contrôle de certains secteurs stratégiques comme l’énergie, les transports et si nécessaire, les banques insensibles aux injonctions d’éthique ». Le ton est donné. Plus républicaine que le PS et l’UMP, les attend de pied ferme sur ce terrain miné. Elle est populiste comme Mélenchon, mais avec une ampleur populaire que lui n’a pas.

Il est temps de dénoncer les aspects obcurantistes du fameux « pacte républicain », et d’offrir un vision moderne et libérale de la société. C’est le choix du Parti libéral démocrate,  il est hélas probable que le centre resserré autour du Parti radical aura du mal à s’engager dans cette voie.