Si Zemmour et Galliano étaient américains

Les idèes plus fausses ne sauraient être censurées car elles participent du débat public

À la une de tous les médias américains ce jour, la décision de la Cour Suprême des États-Unis d’innocenter une eglise baptiste du Kansas (Westboro Baptist Church) accusée de profanation et discours haineux lors des obsèques du marine Matthew Snyder, tué au combat en Irak. Cette église avait saisi l’occasion de la cérémonie funéraire pour manifester contre l’intégration des homosexuels dans l’armée américaine. On put voir , il y a trois ans, à la télévision, des fidèles vociférants, brandissant des pancartes avec des slogans aussi élégants que « Merci mon Dieu pour avoir tué des soldats », « Les pédés ( fags ) damnent notre Nation ».

Le père de Matthew Snyder avait obtenu en première instance, une indemnité réparatrice de $5 millions. C’est ce jugement que la Cour Suprême a annulé, rappelant que le premier amendement à la constitution accordait aux Américains une liberté d’expression sans limite, fut-ce pour des propos haineux. Ce principe ne souffre aucune exception. « Un discours peut faire mal, rappelle le président Roberts, mais la constitution ne permet pas de réagir à ce mal en punissant l’auteur de ce discours ». « Les idèes plus fausses ne sauraient être censurées, a ajouté le juge Stephen Breyer, car elles participent du débat public sur lequel repose le pays. Un seul magistrat, le plus conservateur, Samuel Alito, aurait voulu sanctionner les baptistes pour atteinte aux valeurs de la nation : une posture de ce juge, sans fondement légal.

La France connait d’autres lois, variables dans le temps : Éric Zemmour est donc condamné pour racisme et John Galliano le sera sans doute, pour son antisémitisme. Devrait-on comparer les deux systèmes ? Deux histoires différentes et deux cultures distinctes ne se comparent pas. Le défaut majeur de la loi française est de conférer une audience excessive à des propos sans aucun intèrêt. Zemmour n’aime pas les Arabes et Galliano n’aime pas les Juifs : c’est leur problème . Malheureusement, on nous oblige à les partager.

Un entre-deux existe en Grande-Bretagne où la justice estime qu’être antisémite, c’est haïr les juifs au-delà de ce qui est tolérable. Galliano est-il plus antisémite que la norme ? Même question pour Zemmour. Je crains qu’ils ne se situent l’un et l’autre, dans la moyenne. Un peu au-dessus, je l’espère.