L’État n’est pas en grande forme

L’opacité, la connivence, le bloquage de l’ascenseur social et les bureaucraties sont de moins en moins bien tolérés

Quelle belle leçon de liberté de la part des peuples arabes et perses ! La Révolution du Jasmin tunisienne a déclenché un cyclone libéral autour d’elle. Du Maroc à l’Arabie Saoudite, en passant par l’Iran, la jeunesse se lève prête à mourir pour des droits dont les parents n’ont jamais eu la chance de bénéficier. Ils veulent travailler, gagner de l’argent sans se faire spolier par des gouvernements prédateurs. Ils ne cherchent pas des avantages, encore moins des cadeaux distribués avec condescendance, mais tout simplement le droit de prendre en main leur destin sans peser sur celui d’autrui. Les parents de cette jeunesse ans peur  avouent aujourd’hui leur fierté devant ce courage qu’ils n’avaient jamais imagniné, et ce sens des responsabilités de la nouvelle génération. Rappelez-vous les mouvements d’entraide, et le nettoyage de la place Tahrir au Caire. Beaucoup de ces jeunes veulent reconstruire leur pays dans un cadre ouvert et transparent. Accepteront-ils un État comme ceux des modèles passés, ou identique à celui que nous connaissons en France, omniprésent, paternaliste et économiquement oppressant ? Pas plus que les rescapés des régimes communistes après la chute du mur. En France, un certain nombre de nos lycéens avachis défilent en rêvant déjà de leur retraite précoce, de quoi motiver les autres à quitter le pays.

Nul ne sait où nous entrainera cette rupture historique avec des régimes moisis d’Afrique du Nord et du Golfe. Vagues migratoires sans précédent à court terme, implantation politique de la sensibilité islamiste et nationaliste ? La pression sociale va être difficile à retourner, et toutes ces populations n’ont pas les mêmes valeurs que les nôtres. Mais ce ne sera plus aux gouvernements de les leur imposer malgré elles. Cette jeunesse enthousiaste doit s’attendre à de la frustration lorsqu’elle se rendra compte que la réalité de son destin reste à construire. Les grèves pour augmenter les salaires qui ont suivi les révolutions  ne les mèneront pas loin. Les solutions pour permettre à tous de prendre des risques et de profiter pleinement de la croissance mondiale ont été mises en oeuvre partout dans le monde, de la Corée du Sud au Chili en passant par Singapour et le Brésil. Ce sont les mesures préconisées par les libéraux : ouverture des frontières, protection de la propriété privée, encouragement à l’épargne productive, règlementation du travail réduite ou nulle, fiscalité faible, bureaucratie limitée, État fort dans ses rares prérogatives.

Ces États qui tombent les uns après les autres ne doivent pas nous faire oublier qu’ailleurs aussi,  dans la partie du monde qui se proclame libre et démocratique, des États subissent aussi des assauts populaires. Les Tea Parties ont remis au goût du jour cette phobie bien ancrée du gouvernement central aux États-Unis. Après tout, il est largement responsable de la crise actuelle. En Belgique, c’est plus simple : il n’y a carrément plus de gouvernement depuis environ 250 jours. Et l’économie s’en porte plutôt bien. À l’autre bout du monde, même la Chine tremble. Les scandales comme celui de Wikileaks, le fait que les individus disposent d’une information de plus en plus complète de plus en plus rapidement ne les rend-il pas progressivement hostiles aux formes de gouvernements que nous avions connues jusqu’ici ?

L’autorité subie, même démocratique, l’opacité et la connivence, le bloquage de l’ascenseur social par des castes et les bureaucraties sont  de moins en moins bien tolérés. Pourquoi en irait-il autrement en France ? Bien que nous soyons historiquement souvent les derniers à réagir, le sursaut n’est pas impossible dans les années qui viennent. À l’occasion d’une banqueroute du pays par exemple.