Passer en deuxième vitesse

Dans un monde idéal, l’État se concentrerait sur ses missions essentielles, coûterait moins cher

Dans son prochain discours, Jean Charest veut faire table rase et donner de nouvelles orientations au gouvernement, en donnant priorité à l’économie. Le Québec est difficile à faire bouger. Et on sent que le débat gauche-droite prend de l’ampleur et radicalise les positions de certains, rendant difficiles les compromis. Mais existent-ils des « terrains neutres » sur lesquels Jean Charest peut travailler pour améliorer les finances publiques ? Des idées qui seraient, à un certain degré, acceptables autant pour la droite que pour la gauche ?

Développer l’énergie en respectant les citoyens

En ce moment, c’est le bordel. Que ce soit pour les mines, l’éolien, le pétrole ou le gaz de schiste, on se demande ce qui se passe, et qui décide. Le gouvernement ? Les promoteurs ? Les artistes ? Le développement économique n’est pas une finalité en soi. Sans respect des individus, de leurs droits et de leurs propriétés, la population n’en veut pas, avec raison. Personne ne veut voir une grue débarquer chez soi sans avoir son mot à dire.

Mais le Québec a besoin d’exploiter ses richesses s’il veut continuer de se payer ses programmes sociaux. Il faut donc trouver une façon de conjuguer développement de nos ressources et respect des parties prenantes. Comme l’explique Normand Mousseau dans un livre fort intéressant, La révolution des gaz de schiste, des modèles existent ailleurs, où les citoyens sont compensés et participent aux profits — jusqu’à 20% de la valeur du gaz à certains endroits. Des modèles où l’État soutire des redevances importantes, et où la population accepte et soutient l’exploitation des ressources fossiles. Un peu d’imagination, de leadership, et tous pourraient profiter de la manne énergétique.  

Éliminer l’évasion fiscale

Dans un monde idéal, l’État se concentrerait sur ses missions essentielles, coûterait moins cher et nous paierions tous moins d’impôts. Mais la réalité est toute autre. Notre État, assailli de toute part par les groupes d’intérêt, défonce année après année son budget. Dans ce contexte les contribuables, qui ramassent la facture, doivent passer à la caisse selon ce qui est prévu par la loi. C’est une simple question d’équité. Oui, les riches font leur part. Au Québec, moins de la moitié des citoyens paient de l’impôt. Mais avec 42 sous sur chaque dollar durement gagné qui partent en impôts ou en taxes, la classe moyenne est la première victime de l’évasion fiscale. Elle qui peut difficilement se payer des fiscalistes talentueux pour se soustraire au fisc.

Notons que le problème est aussi fédéral. La fiscaliste Brigitte Alepin racontait récemment dans nos pages que l’an dernier, $146 milliards ont été investis par des Canadiens dans des paradis fiscaux.

Réduire les subventions aux entreprises

Nous versons des milliards en subventions aux entreprises, dont plusieurs riches multinationales. (Officiellement $3,6 milliards par an, mais beaucoup plus si vous incluez les crédits d’impôt et les subventions indirectes comme l’électricité à rabais pour les alumineries.) C’est près du double de ce que verse l’Ontario, alors qu’on trouve là-bas plus d’entreprises. Pourquoi ne pas réduire ces subventions, disons, du tiers ? Ou en transformer une partie en baisses d’impôts pour toutes les entreprises — pas juste les chouchous des politiciens ? On pourrait utiliser les économies réalisées pour combler des besoins plus pressants.

Notre dette augmente de près de 10 milliards par année. Une poussée des taux d’intérêt, et le service de la dette explosera, forçant le gouvernement à couper à plusieurs endroits, incluant les programmes sociaux. Dans ce contexte, tous, à droite comme à gauche, gagneraient à ce que le gouvernement mette de l’ordre dans ses finances.

PS. J’ajouterais bien à cette (courte) liste : une enquête sur l’industrie de la construction. Mais faut pas rêver, quand même.