Keynes et la loi des débouchés de Say

L’une des plus grandes erreurs de Keynes a été sa mauvaise compréhension de Say

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Keynes et la loi des débouchés de Say

Publié le 26 janvier 2011
- A +

L’une des plus grandes erreurs de Keynes a été sa mauvaise compréhension de la loi des débouchés de Say. Il avait néanmoins besoin de réfuter Say pour établir sa Théorie Générale basée sur la demande agrégée.

L’économiste français Jean-Baptiste Say (1767-1832) a énoncé cette loi fondamentale pour le capitalisme dans son Traité d’économie politique de 1803 (livre I, chapitre XV). Voici sommairement que cette fameuse loi stipule :

– Nous vivons dans un monde où les ressources sont limitées, mais où les besoins sont illimités.
– Si un individu désire se procurer un bien, il doit soit le produire lui-même, soit produire quelque chose qu’il pourra échanger contre le bien désiré. Il faut évidemment que le bien produit soit désirable pour qu’il trouve preneur.
– La richesse est créée par la production, et non par la consommation. Ainsi, pour être un consommateur, nous devons d’abord être un producteur. Conséquemment, c’est la quantité produite qui détermine la quantité qui pourra être demandée car plus vous êtes productif, plus vous aurez de revenus pour consommer (autrement dit, l’offre crée sa propre demande).
– Comment savoir si ce que l’on produit est désirable ou non ? Cela est indiqué par le profit (ou la perte) que l’on réalise sur le marché. Le profit va diriger les producteurs vers les activités les plus désirables pour les consommateurs.
– La monnaie joue un rôle d’intermédiaire entre le bien produit et le bien consommé. Il arrive que nous ne dépensions pas tout notre revenu aussitôt que celui-ci est engrangé ; c’est ce qui crée de l’épargne. Cette épargne est canalisée par les marchés financiers et le système bancaire vers ceux qui désirent emprunter pour consommer davantage. Les taux d’intérêt agissent tel un mécanisme de coordination entre les épargnants et les emprunteurs et fait en sorte que la quantité consommée soit égale à la quantité produite.
– En intervenant sur la monnaie, les gouvernements et banques centrales peuvent dérégler le système. En raison de ce débalancement, certains biens seront produits en trop grandes quantités, ce qui générera éventuellement des pertes, des faillites et du chômage.
– La propriété privée est nécessaire car la libre-disposition du fruit de son travail est un incitatif à produire plus de richesse. En rendant la production moins profitable, l’impôt est fort nuisible à la prospérité et crée des distorsions sur les marchés en réduisant le capital disponible à la production et, par conséquent, la quantité de biens disponibles pour la société.

L’erreur principale de Keynes a été de négliger le rôle des taux d’intérêt comme mécanisme de coordination entre les emprunteurs et les épargnants. Keynes croyait qu’étant donné que les gens ont une certaine tendance à épargner, la demande serait inévitablement inférieure à la production, ce qui entraînerait automatiquement du chômage. Ce que Keynes ne réalisait pas,  c’est que l’épargne n’est pas conservée sous un matelas ; elle est investie contre un certain rendement. Les entrepreneurs vont réinjecter cette épargne dans l’économie en l’utilisant pour financer leurs investissements.

En prescrivant à l’État de créer de la monnaie pour faire baisser les taux d’intérêt, Keynes a mis en place des politiques économiques menant inévitablement à de violents cycles économiques : des boums durant lesquels l’offre peine à fournir à la demande, suivis de pénibles récessions durant lesquelles l’économie se réajuste.

Vous aurez compris que la loi des débouchés de Say est à la base de la théorie autrichienne des cycles économiques. Il est conséquemment dommage que les économistes soient si confus à son égard et la comprennent si mal. En fait, ce n’est pas Say lui-même qui a catalogué cette théorie sous la forme que l’on connaît, mais plutôt ses contemporains tels que James Mill, John Stuart Mill et David Ricardo. C’est peut-être la façon dont ceux-ci l’ont interprétée et formulée qui a généré la confusion et c’est d’ailleurs à ces formulations subséquentes que Keynes s’est attaqué (plus spécifiquement à celle de J.S. Mill).

Keynes décrivait la loi de Say comme étant : « l’offre crée sa propre demande », comme s’il suffisait de produire quelque chose pour que la demande pour ce bien se manifeste comme par magie. Say n’a jamais publié un tel énoncé ; l’interprétation de Keynes était donc très simpliste, voire même fallacieuse. Pour Keynes, tout repose sur la demande plutôt que sur la production. Il en découlait par conséquent que pour stimuler l’économie il fallait que l’État dépense pour faire augmenter la demande. Et c’est là-dessus que Keynes a basé sa Théorie Générale de 1936… une base très chancelante vous en conviendrez !

Voir les commentaires (2)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (2)
  • Pour ceux que ce sujet d’HPE intéresse, il faut lire l’ouvrage de Steven Kates « Say’s law and the Keynesian revolution ». Celui de Sowell (La loi de Say) passe à mon avis à côté d’élements importants.

  • Emmanuel Martin :

    Je suis en train de lire l’ouvrage de Steven Kates. Passionnant! A recommander largement.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Le 5 mai dernier, nous avons appris le décès de l’économiste Axel Leijonhufvud, né le 6 septembre 1933 à Stockholm. Il est catalogué comme faisant partie du courant néokeynésien, même si sa pensée était plus complexe que cette simple classification.

J'ai appris beaucoup sur la macro-économie ces (quasi) deux dernières années grâce à Axel Leijonhufvud, d'abord par l'intervalle de Steven Horwitz, George Selgin ou Michael Hoffman (et d'autres), puis en le lisant directement. Les travaux de Leijonhufvud restent cependant moins connus qu'il... Poursuivre la lecture

Par Mark Thornton.

Nous allons nous intéresser à ce qui se passe avec une augmentation de la masse monétaire, plutôt qu'une augmentation de l'épargne. Ceci est d'une importance capitale. L'idée mercantiliste selon laquelle l'augmentation de la masse monétaire accroît la prospérité a été dénoncée comme une erreur il y a des siècles par Richard Cantillon[1. Richard Cantillon, Essai sur la Nature du Commerce en Général, translated and edited by Henry Higgs (1755; London: Cass, 1931), chap. 1.].

L'orthodoxie monétaire contemporaine

... Poursuivre la lecture

L’assurance vie est le placement préféré des Français, avec près de 1900 milliards d’euros d’encours. Des millions de Français épargnent régulièrement sur leurs contrats d’assurance vie. Et pourtant, ils sont nombreux à mal connaître ce produit d’épargne et à ne pas savoir comment bien l’utiliser pour investir. Explications.

Rappels sur le fonctionnement de l’assurance vie

Avant tout, rappelons que l’assurance vie est un placement qui génère des intérêts et des plus-values (ou moins-values). Les épargnants détiennent une créance auprès... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles