Comprendre la politique et les affaires

Ignorez la politique et elle s’en ira, nous suggère Ayn Rand

Statue d’Atlas à New York.

Pour bon nombre d’entre vous, “tout a commencé avec Rand”. Pour moi aussi, mais de façon très différente. J’ai lu Atlas alors que j’étais en deuxième année à l’université. J’ai instantanément su que je ne pourrais jamais ête socialiste si j’acceptais le contenu de ce livre.

Ayant peu de connaissances politiques, économiques ou encore historiques – et expérimentant l’enivrant parfum de l’égalitarisme alors en vogue à l’université – je souhaitais au moins être liberal. Je n’étais pas raciste – alors que pouvais-je être d’autre ? Malgré tout, les graines étaient semées et c’est une décennie plus tard, après avoir travaillé au sein de l’agence pour la protection de l’environnement (US EPA) que je me suis converti.

Atlas a aidé Rand à comprendre parfaitement le monde des affaires, de la politique et les racines intellectuelles de l’étatisme, comme je le démontrerai ici. Mon propos est qu’Ayn Rand a su saisir avec finesse les risques d’un accroissement de l’économie mixte ; comment les politiciens pourraient corrompre et menacer le commerce et pourquoi cela doit être combattu. De surcroît, Atlas annonçait de nombreux débats devenus aujourd’hui d’actualité : la responsabilité sociale des entreprises, le principe de précaution, les mécanismes de volontés jouant sur le marché des idées et pouvant influencer les idées qui doivent s’appliquer au marché. Mais Rand n’a pas totalement évoqué ce débat ; elle a seulement esquissé ce que le monde des affaires se devrait de faire dans le monde moralement et intellectuellement brumeux d’aujourd’hui. Au premier coup de pinceau, elle semblait suggérer : ignorez la politique et elle s’en ira ! Mais Atlas nous suggérait aussi des idées sur la façon avec laquelle les entrepreneurs – les Hank Rearden du monde entier – et les intellectuels épris de liberté économique pourraient mener la bataille avec un esprit combattif. Le Competitive Enterprise Institute cherche ainsi à progresser dans cette direction.

Atlas sur les affaires et la politique

Atlas Shrugged s’ouvre sur cette question : Qui est John Galt ? et s’achève avec Galt traçant dans l’espace le sigle du dollar. Mais, dans les 1.166 pages séparant ces deux instants, nous pouvons approfondir une critique spectaculaire (et accélérée) de la théorie schumpetérienne : le capitalisme peut-il survivre ? avec une réponse plus heureuse que celle envisagée par ce dernier.

Rand examine la thèse de Schumpeter à travers une nouvelle épique : des individus libres créent de la richesse, la richesse rend possible l’émergence d’une classe moyenne (composée d’individus qui n’ont pas à travailler du lever au coucher du soleil). Un grand nombre d’entre eux prend simplement plaisir de ces bienfaits mais d’autres deviennent des entrepreneurs (des “praticiens”) et d’autres encore des intellectuels (des “penseurs”). Ceux deux cultures sont importantes, mais néanmoins très différentes. Les entrepreneurs créent de la richesse, permettant l’essor d’une classe moyenne encore plus large. Les intellectuels soulèvent des interrogations : pourquoi ? pourquoi la pauvreté existe t-elle ? et les guerres ? la pollution ? le racisme ou le sexisme ? Il est toujours utile d’avoir autour de soi des questions pertinentes ou enquiquinantes de ce genre.

Rand a honoré les penseurs originels, faisant d’eux des héros – mais ses avis sur la majorité des intellectuels n’étaient pas favorables. Conduits par l’envie – si nous sommes si intelligents et bons, pourquoi font-ils autant d’argent ? – de nombreux intellectuels sapent les fondements moraux de la liberté économique. Les entrepreneurs ne sont guère méritants ou héroïques, et les intellectuels préfèrent arguer du fait que les entepreneurs deviennent riches grâce à l’exploitation des femmes, des pauvres, des minorités, de la planète.

Les pleurs envieux de (n’aimez vous pas ces noms ?) Balch Eubank, de Bertram Scudder ou de Claude Slagenhup (chef de file des “Amis du progrès global”) remplissent les pages d’Atlas. Mais l’envie n’étant pas une qualité admirable, ces gens utilisent leurs talents pour remplir les publications et les ondes, les nouvelles et les pièces, même la musique , de pensées anti-commerciales et étatistes.

Inondée dans un monde de communiqués anti-commerciaux, la société est alors prête à accepter l’expansion de l’État – la création d’un vaste mandarinat aux allures orientales. Mais les mandarinats ont un grand besoin de mandarins grassement rémunérés et la classe intellectuelle, sans scrupules, se nomme alors elle-même. Aussi, comme Hayek l’a si bien noté, les intellectuels ne sont pas sans importance et leur abandon à l’étatisme a eu un impact considérable à la fois sur l’érosion constante de la liberté économique et la croissance de l’État. Atlas le démontre brillamment.

Et, dans Atlas, le créateur d’État se développe de la sorte. L’acte pour l’égalité des chances engendre des décrets afin de prévenir la concurrence abusive (anti dog eating dog Act), ouvrant la voie au totalitarisme de la directive 10-289. Chaque nouvel élargissement de l’État est justifié pour “résoudre” les problèmes créés par les précédentes restrictions.

Dans ce processus, Rand réalise que certains membres du monde des affaires collaborent et deviennent corrompus. Certains, comme Orren Boyle et Jim Taggart sont de simples rentiers, oeuvrant afin de paralyser leurs concurrents par des mécanismes de régulation ou de taxation et empocher des subventions. Mais Rand réalise que le capitalisme devra faire face à d’autres menaces. Les entrepreneurs ont des enfants qui méprisent leurs propres parents et qui – une fois au pouvoir – transformeront leur héritage afin d’affaiblir davantage leur image, ignorant leur devoir d’augmenter la richesse des actionnaires.

L’histoire terrible de la famille Starnes, qui a héritée de la Twentieth Century Motor Company esst particulièrement instructive. Les fils ont mis en place un système de management communautaire – de chacun en fonction de ses capacités, à chacun en fonction de ses besoins – entraînant la perte prévisible de la liberté individuelle, de la hiérarchie, de l’efficacité et – plus important encore – provoquant l’égalitarisme.

Un propriétaire de la firme, Eugene Lawson, a totalement internalisé cette croyance en la responsabilité sociale des entreprises, déclarant à Dagny ”Ne me méprisez pas. Je n’ai jamais fait de profit !“. Celle-ci lui répondra que c’est la “plus méprisable” des vantardises.

Notez néanmoins que cette histoire de la Twentieth Century Motors a aussi mené à la révolte du héros d’Atlas Shrugged. Rappelez-vous que John Galt, faisant un pas en avant lors de la réunion d’organisations de la famille Starnes, déclare “Je mettrai un terme à tout ça, pour de bon… Je stopperai le moteur du monde.“ Et, comme nous l’apprenons après, il y parvient !

Les Starnes étaient des précurseurs de la responsabilité sociale des entreprises, mais aujourd’hui de telles croyances dominent dans le Fortune 500. De telles croyances encouragent l’essor de personnes comme Jim Taggart ou Orren Boyles, qui reçoivent d’élogieuses attentions médiatiques. Les media adulent les projets immobiliers pour les pauvres de l’Associated Steel, les films éducatifs pour les lycées ou les certificats “d’efficacité” pour de nombreuses raisons (mais certainement pas pour la rentabilité). Naturellement, une telle adulation intellectuelle pour les vues étatistes conduit les plus grandes entreprises en Amérique du Nord et en Europe dans les bras de l’État.

Ce qui est encore plus tragique avec le concept de responsabilité sociale des entreprises est la façon dont ce concept a sapé et sous-tendu les croyances des hommes d’affaires eux-mêmes. Dan Conwy, de la Phoenix-Durango Railroad, par exemple, ne cherche pas à se battre pour sa survie, estimant qu’ils “ont le droit d’agir de la sorte“ !

Les entrepreneurs sont des praticiens, non pas des intellectuels – ils créent de la richesse parfois du cadre nécessaire pour expliquer la valeur morale de la création de richesse et de connaissances dans un monde qui reste désespérément pauvre et rétrograde. Assurément, les intellectuels gauchisants décrits par Rand n’étaient pas ceux capables de jouer les éducateurs et nous devons ainsi éveiller les Hank Rearden et Dagny Taggarts du monde entier.

Et certains hommes d’affaires – ou plutôt ces traîtres comme Wesley Mouch et Eugene Lawson – parviendront à leurs fins dans cet univers étatiste. Mais, comme Atlas le montre, ils n’y parviendront que s’ils sont supportés par la classe des entrepreneurs créateurs de richesse. Et, en effet, Hank Rearden porte une responsabilité toute particulière dans l’accroissement de l’État. Il supporte les Amis du progrès global et, tout comme Wesley Mouch, n’y voit aucune contradiction.

« Rearden n’aimait pas la politique. Il savait qu’il était nécessaire d’avoir à disposition quelqu’un en mesure de la protéger du pouvoir législatif ; tous les industriels se devaient d’employer de tels hommes. Mais il n’avait jamais accordé d’importance à cet aspect des affaires ; il ne parvenait pas à se convaincre que c’était réellement nécessaire. Une sorte de dégoût inexplicable, quelque part entre le sens des réalités et l’ennui, l’arrêtait à chaque fois qu’il tentait de considérer une telle question.

“Le problème est Paul” dit-il, pensant à haute voix ; “les hommes parmi lesquels l’on doit trouver quelqu’un pour ce travail sont tous des minables”. Rearden ne comprenait rien à ce genre de combats. Il laissait ainsi faire Mouch et son équipe. Il trouvait à peine le temps de signer les chèques dont Mouch avait besoin pour cette bataille. »

Mais Hank a signé ces chèques, abandonnant la politique à Mouch. Il n’aime pas Washington, s’en méfie et voudrait simplement être laissé tranquille. Mais la nouvelle montre qu’il n’en est rien. Hank travaille pour ses adversaires, prenant ainsi part au désastre.

Dagny dénigre l’entregent washingtonien de son frère, sa facilité à obtenir des faveurs du pouvoir législatif. Elle remarque aussi qu’elle ne connaît rien à la politique. Elle réalise qu’il existe de nombreuses sortes de mécanismes d’influence, néanmoins nécessaires. Mais ni elle ni Hank Rearden ne passent du temps à superviser ces moyens d’influence envers le monde politique et négligent les événements mondains.

Quelqu’un pourrait-il imaginer le moindre héros randien se montrer dédaigneux envers un employé responsable de la conduite d’une locomotive ou entretenant un haut fourneau ? Mais, au fur et à mesure que le livre avance, l’État détruit bien plus de locomotives et de hauts fourneaux que ne le pourrait le plus incapable des employés.

La plupart des PDG sont aujourd’hui des Hanks ou des Dagnys. Ils ne prennent pas la politique au sérieux et le montrent. Notre défi est de toucher ces entrepreneurs présents dans les affaires et de les aider à établir la charte d’une nouvelle moralité dans l’économie mixte que nous vivons actuellement. Les Hank Reardens ne dirigent pas de maisons closes [comme il le répond à sa mère dans la nouvelle] mais, compte tenu de la situation actuelle, ils vivent aujourd’hui à l’intérieur même de celles-ci ! Pour en trouver la sortie, ils doivent considérer la politique aussi sérieusement qu’ils envisagent leurs affaires. Ils doivent réaliser que la profitabilité dépend de la manière dont ils opèrent dans les deux mondes – le monde privé compétitif et le monde politique, quelquefois destructeur de richesses, qui nécessite des alliés parmi les intellectuels afin de réduire leur vulnérabilité politique et préparer leur plan de fuite.

Le rôle des politiciens

Les politiciens sont peu à leur avantage dans Atlas – comme ceux qui dirigent l’État, ils ne sont pour la plupart que des costumes vides, manipulateurs et manipulés, sans buts et sans principes. Ils ont, toutefois, un vice pour le pouvoir et, dans leur quête pour celui-ci, sont aidés et abêtis par l’alliance malsaine d’une classe d’intellectuels verbeux et d’hommes d’affaires à la recherche de rentes. Rand comprit parfaitement la corruption des politiciens (sans doute un peu surprenante compte tenu de son travail à Hollywood et de ses origines russes). Elle comprit aisément que les règles édictées par le gouvernement étaient coercitives, que le problème des limites de la connaissance (soulevé par Hayek et d’autres) rendrait les plans gouvernementaux incohérents et inconsistants, que le traitement spécial, que les faveurs et les chantages implicites étiaent alors inévitables – autant de réalités qui sont des thèmes clés dans Atlas.

Les commentaires de Rearden au Dr. Ferris illustrent le risque de l’économie mixte : “Mais j’ai violé une de vos lois“. Et au Dr Ferris de répondre : “Eh bien, pour quoi pensez-vous qu’elles existent ?” parvient à imager parfaitement cette idée.

Et Rand était prophétique dans sa compréhension de l’insanité que de telles interventions étatistes ne manqueront pas de créer. En discutant la mise en oeuvre de la Loi de partage égal – visant à égaliser la demande réduite d’un marché déséquilibré – Rearden combat pour trouver quelle quantité de métal il est en mesure de produire. Son concurrent principal, Associated Steel, dispose d’une plus grande quantité mais d’un produit de qualité inférieure. Le défi est donc de savoir si la quantité produite ou les ventes serait le dénominateur le plus approprié.

Sans doute Rand se serait beaucoup amusée à renouveler son exercice au débat sur le réchauffement climatique et sur les bons d’émissions d’énergie.

Business, politique et technologie

La compréhension d’Ayn Rand de l’impact de l’intervention du gouvernement à travers une politique scientifique était prophétique. Le Dr Robert Stadler est une personne brillante et maintenant un mandarin honoré par l’état. Stadler a poussé à la création de l’Institut National des Sciences [The State Science Institute, “ou Institut SS pour un grand nombre d’entre nous !“]. Comme beaucoup d’intellectuels, il opère une distinction artificielle ente la pureté de la “science” et l’aspect sordide de la “technologie”.

“Concevoir un moteur“ : “… un génie… un grand scientifique, qui fait le choix de devenir un ingénieur commercial ? … Pourquoi voudrait-il perdre son esprit à de telles applications pratiques ?”

“Peut-être parce qu’il aime à vivre sur cette planète” lui répond Dagny (p. 356).

Ici, Rand préfigure le travail de Joel Mokyr et d’autres qui ont remarqué que c’est exactement le chassé-croisé entre recherche et développement qui a rendu possible la Révolution industrielle. La science, après tout, approvisionne l’expansion du savoir. Il y a toujours eu des personnes brillantes émergeant de temps à autres, dont la motivation était étrangère aux mécanismes du marché. Mais la science conduite par le progrès n’est qu’intermittente et tend à périr peu à peu. C’est le développement ou la technologie qui est le nouvel élément – apparaissant par la révolution industrielle. La technologie agit comme la demande pour le savoir. Ce dernier est conduit par la recherche continuelle de nouveaux moyens par des entrepreneurs pour mieux s’adapter à la demande de l’être humain.

Cette poussée de la demande permet de nourrir de nouvelles recherches qui, à son tour, guide et encourage de nouvelles vagues de progrès scientifique. C’est ce processus qui, selon Mokyr, est à l’origine de la croissance rapide et durable des deux derniers siècles.

Mais aujourd’hui, secteur après secteur, l’opinion selon laquelle le marché (la commercialisation) est à la fois illégitime et avilissante gagne en influence. Des groupes d’experts se réunissant en panels, recevant des soutiens de la part du monde de l’entreprise ; des universitaires dont les papiers académiques sont influencés par la défense des intérêts commerciaux sont tous perçus comme des citoyens de seconde zone dans la bataille des idées. Et en effet, une prochaine nouvelle randienne pourrait bel et bien mettre en scène un témoin interrogé par un juge ou un législateur : “êtes-vous ou avez-vous été associé au secteur entrepreneurial et créateur de richesses ?” et, de la sorte, voir son témoignage totalement discrédité.

La science politisée, Rand le réalisa parfaitement, était de l’anti-science. Sa discussion sur la manière dont Orren Boyle parvient à apeurer l’opinion publique sur Rearden Metal est brillante : “menace à la sécurité publique”, “les enfants peuvent être mis en danger “, “nous sommes dans l’incertitude de risques potentiels”. Aujourd’hui, cette approche est possible par le principe de précaution : à moins que vous ne soyez en mesure de démontrer que votre innovation est sans risque, elle doit être bannie ! La façon par laquelle les doutes sont levés rend impossible de répondre aux exigences requises :

Dans la nouvelle, un rapport du SSI estime qu’ “il peut-être envisagé qu’après une longue période d’usage intensif, une fissure soudaine apparaisse. Néanmoins, la durée de cette période ne peut-être prédite… La probabilité d’une réaction moléculaire, aujourd’hui inconnue, ne peut-être entièrement écartée… bien que la solidité du métal peut-être aisément démontrée, certaines interrogations demeurent quant à sa réaction sous tension inhabituelle. Bien qu’il n’y ait aucune preuve permettant d’affirmer que l’usage de ce métal doit être prohibée, une étude ultérieure de ces propriétés serait de la plus grande utilité”.

“On ne peut y répondre, dit Eddie lentement… ils n’ont rien dit qui puisse être réfuté et les embarasser professionnellement. C’est un travail de lâches. On s’attendrait à la même chose de la part d’un escroc ou d’un maître chanteur. Mais Dagny ! c’est l’Institut national des Sciences.”

Et, bien sûr, ce type de rapport gouvernemental est aujourd’hui un moyen accepté pour supprimer les innovations et les efforts industriels, des produits industriels à la biotechnologie en passant par l’énergie. La manière dont les media traitent le réchauffement climatique en est un excellent exemple contemporain.

La solution préconisée par Rand

Rand, comme Schumpeter, a bien conscience des éléments autodestruceurs inhérents au capitalisme, de la façon dont les intellectuels pourraient – et voudraient – détruire le marché libre. Sa solution face à une telle situation serait de voir les talents créatifs – pour permettre aux Atlas du monde entier de se révolter. Mais, ce dispositif radical, utilie pour rendre la nouvelle réussie, reste peu probable (…).

Rand, néanmoins, n’évacue pas une position militante. Dans de nombreux passages de son ouvrage, elle dénigre les affaires publiques et les efforts pour influencer l’opinion publique (”que le public soit damné”) ; pourtant, elle passa une partie de sa vie à écrire cette nouvelle stimulante qui fut “populaire”. Elle ne sembla pas offensée pour ce simple fait. Vous noterez aussi que ses héros aiment les panneaux d’affichages – moyens pour toucher le grand public : Rearden mettait un point d’honneur à s’assurer que le consommateur potentiel connaissait les vertus de Rearden Metal. Aussi, tous les héros randiens nommèrent leurs entreprises par leurs propres noms – et ainsi n’hésitent pas à faire leur promotion personnelle. Et à la fin, John Galt parvient à toucher la nation entière – cela dit, sans doute aurais-je suggéré que faire retentir une sirène pendant trois heures est un peu exagéré, si j’avais pû être son conseiller en communication.

Mais il n’est pas étonnant que Rand n’ait pas tenter de fixer en détail un agenda pour résoudre les problèles posés par la confusion de la politique et des affaires. Après tout, Schumpeter n’a pas non plus tenté de les résoudre. Dans une large mesure, l’émergence du mouvement moderne en faveur du libéralisme économique est une partie de la réponse. Tous les intellectuels ne succombent pas à l’étatisme. Une partie d’entre nous créent des instituts et peuvent – quelquefois avec succès – contrer les non-sens d’une classe intellectuelle verbeuse. Mais nous avons bien entendu besoin davantage. Nous autres, dans la communauté politique, devons être bien plus actifs pour toucher les forces entrepreneuriales du monde des affaires, les Hank Reardens et Dagny Taggarts.

Nous devons demander que les business schools abandonnent la responsabilité sociale des entreprises, qu’elles reconnaissent les problèmes causés par la création de services d’affaires publiques ou gouvernementales au sein de celles-ci, que ces maux doivent attirer la même attention que celle accordée à des problèmes plus traditionnels de supervisation de hauts fourneaux ou de locomotives.

Ces tâches, néanmoins, sont pour le futur. Rand nous a donné des réponses et la motivation pour combattre la croissance de l’État. Qu’elle ne soit pas parvenue à tout résoudre ne devrait pas nous distraire sur ce qu’elle est parvenue à réaliser. Sa motivation prenait évidemment des allures dramatiques, inspirantes, et en effet un peu terrifiantes. Elle évoque ainsi une vision très apocalyptique de la fin de l’étatisme :

« [Revenant en avion de la Nouvelle-Angleterre et regardant en bas une ville s’écroulant … les dernières lignes ferroviaires avaient été coupées, New-York devant compter sur ses propres ressources … ils peuvent voir les dernières convulsions : les phares des voitures se précipitant à travers les rues, comme des animaux piégés dans un labyrinthe… les ponts encombrés de voitures… des goulots d’étranglement arrêtant tout mouvement… les hurlements désespérés des sirènes… les hommes désertant leurs postes, essayant, en panique, d’abandonner New-York… recherchant un échappatoire là où les routes avaient été coupées et où la moindre fuite était devenue impossible… Ensuite les lumières s’éteignirent, et New-York disparut.] »

Nous luttons pour la civilisation – et Rand le savait. Mais elle ne conclut pas sa nouvelle sur une note aussi apocalyptique. Atlas Shrugged nous fait revenir au repaire de John Galt dans le Colorado. Dans les dernières lignes de l’ouvrage, Galt déclare : “nous sommes de retour au monde !”. Nous, dans le monde des politiques publiques, n’avons pas quitté ce monde mais nous pouvons apprendre beaucoup sur la façonde mener nos batailles, et sur la manière de formuler nos messages en lisant (et relisant) cet ouvrage fondamental, qui ouvre la voie de la liberté.