Prendre aux pauvres pour donner aux riches

Qu’a-t-on réglé depuis deux ans en renflouant les banques

Avez-vous l’impression, comme moi, qu’on assiste au plus grand détournement de fonds de l’histoire ?

Si l’Europe se précipite au chevet de l’Irlande au moment où vous lisez ces lignes, ce n’est pas pour sauver le peuple irlandais.

C’est parce que les grandes banques européennes ont prêté beaucoup d’argent à l’Irlande et à ses banques. Plus de €500 milliards. Les banques anglaises (e139 milliards), allemandes (€128 milliards) et américaines (€71 milliards) sont les plus exposées. Ce sont ces prêteurs – la plupart très riches – que les politiciens européens veulent sauver, pas le peuple irlandais.

Mais le peuple, lui, va payer. Réduction de salaire pour infirmières et professeurs, baisse du salaire minimum, hausses de taxes…

En février, la Grèce frôlait la faillite. Les pays d’Europe ont endetté leurs citoyens pour la sauver. Mais sauver qui ? La veuve et l’orphelin grecs ? Non. Les mêmes banques, françaises et allemandes, qui détiennent des centaines de milliards de dettes grecques.

Faudrait pas que le PDG d’une de ces banques soit pris pour vendre sa Maserati. Allez contribuables, videz vos poches !

À quand notre tour ?

La même chose se passe aux États-Unis. Malgré ses beaux discours, Obama fait tout depuis deux ans pour sauver les fesses des banquiers.

Son administration a officialisé la politique du « too big to fail » : quoi qu’il arrive, les contribuables américains vont renflouer les grandes banques. Obama permet aussi aux banques, depuis 2009, de cacher les prêts toxiques qui pourrissent dans leur bilan. Afin qu’elles affichent de beaux résultats en bourse.

La banque centrale (la Fed) a dépensé environ $1.400 milliards depuis deux ans pour acheter aux banques leurs dettes les plus « toxiques ». Cette même Fed continue à leur prêter des milliards presque sans intérêt. Les banques s’en servent pour continuer à jouer au casino, et faire un profit facile en prêtant cet argent au gouvernement.

Tout ça sur le bras du contribuable américain. Pendant que le champagne coule à flot à flots sur Wall Street, et que les financiers se payent des milliards en bonus.

Au Canada, une bulle immobilière apparaît à plusieurs endroits au pays. Les Canadiens croulent sous les dettes. Si la bulle éclate et nous replonge en crise, des milliers seront incapables de payer leur hypothèque. Nos politiciens vont faire quoi, vous pensez ? Accepterez-vous de puiser dans vos poches pour sauver nos banquiers ?

On court à notre perte

Partout, les politiciens pigent dans le portefeuille des citoyens, et versent l’argent aux grandes banques et à leurs actionnaires. On redistribue la richesse des pauvres vers les riches.

Partout ? Non. Vous vous souvenez de l’Islande ? Ses banques croulaient sous les dettes il y a deux ans. Le gouvernement a voulu les sauver, mais le peuple islandais est sorti dans la rue. Il a dit : NON ! Aujourd’hui l’Islande s’en tire beaucoup mieux que l’Irlande. Cette dernière frôle la faillite justement parce qu’elle a « sauvé » ses banques et leurs actionnaires.

Et dites-moi : qu’a-t-on réglé depuis deux ans en renflouant les banques ? Le chômage atteint des sommets aux États-Unis. Le prix des maisons replonge. L’économie est sur un respirateur artificiel, et les soupes populaires n’ont jamais été aussi populaires – 43 millions d’Américains dépendent de bons alimentaires pour se nourrir. Deux fois plus qu’en 2008.

Pire : en pelletant les dettes du privé sur le dos des contribuables, on a aggravé la situation. C’est maintenant nous (les États et les citoyens) qui, lourdement endettés, marchons fatalement vers la faillite. Mais nous, qui va nous sauver ?

Tant qu’on refuse de laisser les grandes banques accepter leurs pertes et manger leurs bas, on retarde la véritable reprise économique. Tant qu’on refile la facture aux citoyens, on empire le problème. Et on sème les graines d’une crise bien plus violente à venir.