Un plan trop loin

Le sauvetage des banques irlandaise va coûter beaucoup plus cher que prévu. La faillite générale est au bout.

Comme on pouvait le pressentir déjà vaguement ou moins depuis quelques jours, et notamment depuis que l’Irlande hurlait à qui voulait l’entendre qu’elle n’avait besoin de personne, patatras, cela n’a pas loupé : tout le monde se presse à son chevet. Et il semble que la maladie soit déjà bien avancée.

La situation est résumée en quelques mots lapidaires : l’Irlande est percluse de dettes.

L’Europe, grâce au fonds monté à la hâte le 9 mai dernier en violant sauvagement la BCE dans une tournante à 16 sur la table du Conseil, va bien évidemment lui venir en aide : un gros Airbus A380 rempli de 90 milliards d’euros en petites coupures va survoler le pays en larguant les billets fraîchement imprimés, des leprechauns facétieux vont les ramasser et les redistribuer généreusement, et – hop ! – le petit bobo irlandais sera terminé.

Moui bon certes, la procédure réelle n’impliquera pas de gros avion et des palettes d’oseille, mais le résultat sera très globalement le même : on va cramer une somme assez considérable pour tenter, une fois encore, de stabiliser les marchés, la monnaie unique, et renflouer à nouveau un petit paquet de banques qui ont, très clairement, merdé dans les grandes largeurs.

Evidemment, à ce point de la catastrophe en cours, on observe très globalement deux réactions.

D’un côté, les socialistes, altercomprenants et autres économistes de cuisine partent de la constatation que les gouvernants vont sauver les banques pour en déduire que tout ça est la faute au vilain capitalisme et au méchant libéralisme. Libéralisme qui prône justement la non-intervention strict de l’état dans ce genre de cas, renvoyant les dites banques à leurs responsabilités, ce que ne veulent donc absolument pas entendre les fameux socialistes qui réclament, eux, plus d’intervention pour réguler le bazar, tout en blâmant celle-ci lorsqu’elle arrive avec ses gros impôts qui fouettent. La cohérence de l’ensemble ne vous échappera pas.

De l’autre, nous trouvons les keynésiens (qui peuvent être et sont d’ailleurs souvent des socialistes) qui, eux, assument totalement l’interventionnite aiguë des gouvernements et applaudissent des deux mains aux milliards d’euros jetés dans la fournaise des dettes publiques : pour eux, rien ne vaut une bonne grosse dépense histoire de relancer la croissance par la consommation. Et avec tous ces milliards, c’est certain qu’il va y avoir de la consommation de malade. Oui bon certes, ce n’est pas la première fois qu’on brûle des milliards et que cela finit essentiellement par un gros nuage de fumée âcre, mais il ne faut pas oublier l’aspect ludique : les keynésiens et les socialistes ont su rester de grands enfants ; ils aiment le bruit et la fureur.

Et paf Challenger

Manque de pot, les marchés ne semblent pas gober tout ça aussi bien que prévu : eh oui, à force de sauver des banques lorsqu’on n’en a pas les moyens, on a simplement aggravé la situation.

Non.

Sans blague ?

On en vient donc à se dire, finalement, que ce sauvetage pourrait être de trop : en partant du principe, le 9 mai dernier, qu’on pouvait et qu’on devait sauver la Grèce, tout en visant les banques des autres états membres, on a en réalité fait un plan trop loin et on a repoussé à plus tard le nécessaire apurement des montagnes de dettes contractées par des sociales-démocraties boîteuses.

Il est maintenant particulièrement piquant de lire dans certains articles, jusque dans la presse nationale franchouille traditionnellement à la ramasse question économie, les souhaits des libéraux (les vrais, pas ceux de pacotille encartés UMP) qui disaient au sujet des banques, depuis le départ, « The hell with’em » et n’attendaient rien tant qu’une prise de conscience générale : il faut rembourser les dettes, et les banques qui ont joué et fait n’importe quoi doivent faire faillite. Oui, la prise de conscience avance : on fonce toujours dans le mur, mais on a arrêté de klaxonner.

Seulement voilà : la pilule qui paraissait déjà fort amère à l’époque apparaît maintenant vomitive, gluante, et pleine de bactéries. Et on ne voudra surtout pas en arriver là si un peu d’impressions monétaire en continu, avec de nouvelles ramettes toutes fraîches, permettent d’endormir la souffrance et faire passer la gangrène pour une petite éraflure.

Alors pendant que l’Irlande s’agite et que les gouvernants se rassemblent pour trouver des ronds, les marchés rentrent en fibrillation. Et, pendant que nos journaleux français se focalisent sur les dérapages verbaux d’un Sarkozy complètement à l’ouest sur la question, pendant qu’on occupe le terrain avec les exégèses pénibles du Pape sur le préservatif par des folliculaires toujours aussi cons, … l’Espagne tremble. Mais ne vous inquiétez pas pour la France et son AAA : avant elle, il y aura l’Italie.

Tout comme Troie qui ne verra jamais la guerre, l’Europe ne verra jamais de faillite souveraine.
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