Centres de soins psychologiques à Kaboul

Une initiative privée

La situation de violence extrême que subit le peuple Afghan ne date pas seulement de l’intervention de l’ISAF suite aux attentats du 11 septembre, mais dure depuis plus de 30 ans : guerre entre les moudjahiddines et l’URSS de 1979 à 1989, puis guerre civile aboutissant à la prise du pouvoir par les Talibans jusqu’au renversement de ceux-ci en octobre 2001. Cette permanence de la violence a des conséquences bien sûr très graves en termes de vie humaines, blessures et mutilations, destructions d’infrastructures, etc. mais aussi, et on a tendance à l’oublier, en termes de santé mentale.

Le dimanche 10 octobre 2010 s’est déroulée la Journée mondiale de la santé mentale sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé. A Kaboul, la ministre par intérim de la Santé Suraya Dalil a déclaré à cette occasion « Plus de 60% des Afghans souffrent de troubles liés au stress et de problèmes mentaux » et le représentant de l’OMS Peter Graaf « Il n’y a que 200 lits dans les services psychiatriques du pays, et seulement deux psychiatres ». La situation de la santé mentale en Afghanistan semble donc extrêmement préoccupante.

Pourtant, loin des caméras et des cocktails organisés par les gouvernements et instances mondiales, des initiatives privées en la matière existent : en 2008, la psychologue Inge Missmahl a fondé Project Kabul, pour le compte de la Fondation Caritas in Deutschland. L’objectif de ce projet était de former des spécialistes Afghans, capables de prendre en charge psychologiquement les malades de leur pays. Inge Missmahl a contribué à former 30 spécialistes répartis dans 15 centres à Kaboul,qui ont réussi jusqu’à aujourd’hui à traiter environ 12 000 patients, dont 70% ont vu leur santé mentale s’améliorer considérablement.

Lors d’une conférence donnée pour le compte de l’association à but non lucratif TED, Inge Missmahl revient sur la genèse de son initiative, et sur les progrès apportés par celle-ci (voir également la retranscription écrite). Elle y explique comment les outils de la psychologie, issus pour la plupart d’Occident, ont été adaptés au contexte culturel local et comment ils peuvent contribuer à casser le cercle vicieux de la violence sociale, au sein de la famille (femmes et enfants battus, mariages forcés de très jeunes filles, etc.)

Depuis, elle a été recrutée par l’Union Européenne pour conseiller le ministère de la Santé Afghan dans le développement d’infrastructures psycho-sociales.

Pour aller plus loin sur la vie quotidienne des Afghans, telle que les media la montrent rarement, voici quatre albums photos de la revue Foreign Policy :