La BPI investit lourdement dans ses frais de fonctionnement

Publié Par h16, le dans Édito

Le 31 décembre 2012, Ayrault créait la BPI, la Banque Publique d’Investissement, énième avatar des ateliers nationaux. Le 20 février 2013, Ségolène Royal en était nommée vice-présidente et porte-parole. Le 21 février, elle loupait son train pour son premier conseil d’administration. L’histoire de la BPI commençait fort.

Elle a d’ailleurs continué de même.

On se rappelle en effet que, dans les mois qui suivirent, la BPI fut immédiatement sollicitée pour aider l’une ou l’autre entreprise en difficultés. Venant du privé, son directeur, un certain Nicolas Dufourcq, avait assez bêtement imaginé que la Banque Publique d’Investissement aurait pour but d’aider des projets porteurs d’avenir sans comprendre que par « projet d’avenir », les hautes instances gouvernementales désignaient aussi les entreprises publiques ou médiatiques dans la panade qu’il conviendrait de refinancer afin d’éviter la mauvaise presse.

montebourg aime dépenser - photo CCBYSA Benjamin LemaireLorsque Florange capota, lorsque Pétroplus battit de l’aile, on expliqua doctement en haut lieu que la BPI interviendrait. Par « on », j’entends ici la princesse Royal, alors nommée porte-parlote de la BPI, suite à l’enfilade d’échecs électoraux et politiques que la Dame Aux Caméras venait de subir. Jouyet justifiait alors son parachutage dans la hiérarchie de la BPI par la féminitude de la candidate et ses capacités naturelles de communication ; après tout, quoi de mieux pour une structure d’arrosage qu’une cruche communicante ?

Malheureusement, pour Dufourcq, sauver l’aciérie de Florange n’aurait pas été un bon business, on y aurait même perdu beaucoup d’argent, et l’étude du cas Pétroplus révélait qu’il n’entrait pas dans la définition de la France de 2030 qu’entendait façonner la BPI.

Le directeur de la BPI ne faisait là que reprendre l’idée maîtresse de Jean-Pierre Jouyet lorsque le projet de la Banque n’était encore qu’à son début : « Nous financerons les bons projets, pas les canards boiteux », ce qui avait immédiatement déclenché une tempête ministérielle et un frétillement de niveau 9 sur l’échelle ouverte de Montebourg, la seule mesure scientifique de l’excitation chez les endives frisées.

Le museau claqué et le caquet rabattu, Dufourcq avait donc cédé. La BPI, fer de lance de l’investissement de demain dans des idées innovantes et des entreprises qui envoient du steak se transforma donc, suite à la nouvelle impulsion gouvernementale, en banque publique d’interruption volontaire de faillite. La promotion Voltaire put y trouver un dépotoir confortable à ses rejetons qui purent tranquillement envahir son conseil d’administration, et grenouiller paisiblement les années suivantes.

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Quatre années ont passé, ainsi que la Cour des Comptes.

Elle a regardé sous les tapis. Elle a audité les comptes. Elle a épluché les frais de fonctionnement. Surprise totale : le résultat n’est pas joli joli.

Les salaires, par exemple, sont dodus. Obèses, même, si l’on doit tenir compte des résultats (en 2015, le FSI affichait des pertes de 10%) de l’institution qui affiche surtout une capacité remarquable à rémunérer des contre-performances : 28 cadres dirigeants de BPI Investissement, l’une des deux entités du groupe public, ont tout de même bénéficié d’une heureuse augmentation de salaire de 15% en 2014 et de 23% en 2015 (« contestables », selon la Cour), avec un salaire moyen de 245.000 par an. On parle en euros, hein, pas en Francs. Pour BPI Financement, la rémunération de 42 cadres supérieurs est passée de 107.000 à 149.000 euros en quatre ans. Youpi.

À ces jolis salaires, on doit ajouter des frais de fonctionnement assez conséquents : 64.000 euros de frais de taxi pour 10 directeurs, 6,6 millions d’euros d’investissement pour les voitures de fonction de 604 salariés, voilà qui donne une bonne mesure de ce qui est fait des deniers publics dans cette institution.

On pourra objecter (et la BPI le fera) que ces montants sont, finalement, raisonnables lorsqu’ils sont rapportés par tête de pipe et lissés au mois le mois. Ce n’est pas faux. Mais le problème reste, plus fondamentalement, de savoir pourquoi les contribuables se retrouvent à payer une structure bancaire d’investissement, nonobstant les résultats médiocres qu’elle dégage.

Ces frais, ces salaires et les totaux qui y sont attachés sont l’illustration parfaite de la raison pour laquelle l’État ne doit pas, jamais, intervenir directement dans l’économie, l’investissement ou la finance. Dans le meilleur des cas, qu’il n’atteint malheureusement jamais, il fera aussi bien que les structures privées déjà existantes et le contribuable devra malgré tout éponger les frais de fonctionnement. Dans le monde réel (et donc, loin du meilleur des cas), « l’agilité » de la structure étatique ne lui permet pas d’atteindre, même de loin, la rentabilité et l’efficacité des structures privées, et, au pire, enregistre même des pertes… Auxquelles il faudra, de toute façon, toujours ajouter ces fameux frais de fonctionnement qui se parent, en toute logique, des défauts de ces structures où la connivence joue à fond.

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Dès la création de ce nouveau mouroir à finances publiques, dès les premiers jours de son fonctionnement erratique, dès les premiers mois de prises de participations et de saupoudrages d’interventions sur des cas pourtant désespérés, j’avais expliqué que le résultat serait finalement mauvais. Tous les ingrédients étaient en place : népotisme d’un président qui place une ex à une position indue (sans d’ailleurs déclencher la moindre vague de protestation d’une presse pudibonde lorsqu’il s’agissait de Sarkozy et son fils), interventionnisme tous azimuts, consanguinité des intervenants tous issus des mêmes formations, de la même génération, des mêmes institutions et du même moule de pensée (formation Voltaire powa !), robinet à finances grand ouvert sous couvert d’innovation… Rien ne manquait à la panoplie du petit chimiste des finances publiques en roue libre.

Début 2013, je soupçonnais de grands moments de finance créative pour cet organisme. En 2014, cela commençait déjà à sentir le pâté fermenté. Nous sommes en 2016, l’institution démontre suivre avec application le chemin médiocre qu’elle s’est consciencieusement tracé, dans la discrétion, et avec votre argent.

Tout se déroule comme prévu.

nuclear spider - what could possibly go wrong
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Sur le web

  1. En septembre 2014, j’avais entendu à la radio le patron de la BPI annoncer qu’il avait réussi à augmenter considérablement les prêts, sur fonds publics, attribués à des PME qui souvent, n’ont rien demandé. « Elles ont été démarchées par nous » disait-il fièrement. Avec le discours : «Il ne faut pas attendre que le carnet de commandes se remplisse pour investir et ces prêts sont sans garanties ». Ou comment l’État socialiste essaie de convertir les chefs d’entreprise à son irresponsabilité budgétaire… C’est pas cher, c’est…

  2. en gros comme en petit la BPI est un rejeton du credit lyonnais à la recherche de son Bernard et n’ayant trouvé qu’une Marianne pour en croquer …le socialisme en perdition , plus que des ‘mange-petit’ , un capitaine de pédalo n’est pas un aussi bon guide qu’un FM qui lui savait naviguer en eaux troubles !

  3. La BPI, l’alpha at l’omega de la relance de la croissance en France.

    Enfin, c’est ce que disaient Hollande pendant sa campagne, et les « économistes » socialistes qui paradaient tous les soirs dans l’émission de Calvi sur la 5, chaine publique.

    Avec la BPI, les socialistes prouvent une fois de plus qu’ils ne comprennent rien à l’économie, ils en sont encore et toujours sous le dogme communiste, où des fonctionnaires prétendent savoir ce qu’est le travail et l’économie, sans les avoir jamais pratiqués.

    1. Bien au contraire, non?
      C’est pourtant bien expliqué: tous ont bien bouffé ces derniers temps.
      Et si l’auteur, vous, moi, et une misérable minorité connait la triste histoire de la BPI, la vaste majorité s’en fout, cautionne, et votera a nouveau pour cette royale infamie bouffie de cynisme qui ne peut exister que dans notre merveilleuse dictature bureaucratique ou personne n’est responsable de rien et peut ainsi passer d’échecs successifs a naufrage a accident industriel sans la moindre difficulté.
      En fin de compte, c’est nous qui ne comprenons rien a l’économie réelle de la France, et qui nous nous énervons au nom d’une majorité qui n’en vaut pas la peine, qui est si bien représentée par les immondices de la promotion Voltaire, entre autres, et qui en redemande, surtout.

      1. ça dépend de a grille de lecture si on estime que ce machin a bout but d’apporte un plus à la croissance ( et pourquoi d’ailleurs) , il y a problème mais si on estime que le but est l’affichage de ces buts c’est une réussite …

  4. Le plus extraordinaire est autre chose. Le gouvernement actuel (notons qu’on est tellement désolé de répéter qu’il est nul qu’on ne peut s’empêcher, dans une sorte de résignation, de préciser que le précédent n’était pas non plus bien brillant…) a tellement grippé le financement des entreprises par une politique fiscale digne des Marx Brothers que le private equity, fonctionnement « normal » du financement des entreprises, s’est tari.
    Pour compenser ses propres bétises et montrer que « j’aime l’entreprise » et qu’il a bien compris ses problèmes, etc, etc. , il crée la BPI, une sorte de « public equity », qui, outre que ses membre aiment un peu trop le luxe mais c’est pas cher car c’est l’Etat qui paie, fait plutôt du bon boulot et est encensée par pas mal d’entreprises. Admettons que l’on ne pose pas la question de base de savoir si c’est bien le rôle de l’Etat de faire du « public equity » à la place du private equity »…
    Mais, et c’est là que c’est surréaliste : nous sommes en pleine schizophrénie, et les entreprises les premières. Un voyou nous explose les tibias à coup de batte de base-ball, ce même voyou nous fournit une paire de béquilles et on le remercie chaleureusement de son aide et d’avoir tellement bien compris notre problème.
    Pas beau la vie ?

    1. Les Marx Brothers connaissaient le fonctionnement d’une entreprise et en ont fait profiter leur carrière.

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